L’École algérienne a besoin de toutes ses langues

L'Algérie doit réconcilier ses langues nationales (arabe, tamazight) avec le français et l'anglais, complémentaires et non concurrents, pour bâtir une école multilingue sereine.
Le français, langue de la Proclamation de 1954 et outil diplomatique des moudjahidine, appartient à l'histoire algérienne ; l'anglais ouvre aux sciences et à l'économie mondiale.
Les modèles singapourien, finlandais et japonais prouvent que le multilinguisme renforce l'identité nationale, et l'école publique doit rester une institution pédagogique, non un champ de bataille idéologique.
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El Watan
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L’Algérie a les moyens intellectuels, humains et historiques de réconcilier ses langues nationales avec ses langues étrangères. Et l’on ne peut que se réjouir de voir les institutions de la République algérienne porter aujourd’hui la volonté politique d’assumer pleinement, une fois pour toutes, le progrès d’avant-garde du multilinguisme.
Pendant que Singapour, la Finlande ou le Japon bâtissent des systèmes éducatifs où le multilinguisme est une force tranquille, l’Ecole algérienne mérite d’être préservée des affrontements idéologiques et accompagnée vers cette même sérénité linguistique. Les complexes hérités et les querelles stériles ont trop longtemps entravé notre réflexion sur l’école. Le socle est limpide (l’arabe et tamazight), langues nationales et constitutionnelles, méritent un enseignement rigoureux dès le primaire.
Ce n’est pas un point de départ discutable, c’est le fondement identitaire sur lequel tout le reste doit s’appuyer. Mais ce socle national n’est en rien contradictoire avec l’apprentissage solide, dès le plus jeune âge, du français et de l’anglais. Ces langues ne sont pas concurrentes ; elles sont complémentaires, et notre Ecole a tout intérêt à les traiter comme telles plutôt que de les opposer dans des débats aussi vains qu’épuisants. Le français, en particulier, gagne à être enseigné avec sérénité et assurance.
Cette langue n’appartient pas à la France ; elle appartient à ceux qui l’ont conquise par l’usage, l’histoire et la lutte. Dès les années 1920, les militants de l’Etoile nord-africaine l’ont maniée pour affronter politiquement le colonialisme sur son propre terrain. En novembre 1954, les chefs historiques ont rédigé en français la Proclamation du déclenchement de la lutte armée. Nos moudjahidine n’ont jamais éprouvé la moindre gêne à utiliser cette langue comme un instrument politique et diplomatique au service de la cause nationale. Leurs héritiers ont tout intérêt à s’en inspirer, tant cet héritage démontre qu’une langue peut être pleinement mise au service de la souveraineté et de l’émancipation.
L’anglais, langue de l’universalité scientifique et économique contemporaine, mérite d’être renforcé, non pas au détriment du français, mais en complémentarité avec lui. Il ne s’agit pas de substituer une langue étrangère à une autre, mais d’outiller nos élèves de deux instruments linguistiques puissants, ouvrant des portes différentes et complémentaires vers la recherche, l’entreprise et la diplomatie internationale. Opposer français et anglais est une fausse dichotomie qui appauvrirait nos enfants au lieu de les enrichir.
Les faits parlent d’eux-mêmes. Des milliers d’Algériennes et d’Algériens ont brillé à l’international (dans la recherche, la médecine, l’ingénierie, la diplomatie) grâce à leur maîtrise du français et de l’anglais. Ces mêmes compétences constituent aujourd’hui l’ossature de nos institutions, de nos hôpitaux, de nos universités et de notre administration. C’est là une réalité que les pouvoirs publics ont su assumer, et qu’il convient de consolider par une politique éducative ambitieuse et cohérente. L’Ecole publique algérienne n’a pas vocation à être le théâtre d’un affrontement idéologique entre arabisants, francophones et anglophones. Elle a vocation à être ce qu’elle a toujours aspiré à être : une institution scientifique et pédagogique au service de l’intérêt général de nos enfants et des générations futures.
Les modèles scandinave, singapourien ou japonais le démontrent avec éclat : le multilinguisme qualitatif n’affaiblit aucune identité nationale, il la renforce en armant sa jeunesse pour affronter le monde. C’est dans cette direction que l’Algérie, forte de sa mémoire et de ses ambitions, a toutes les raisons d’avancer avec confiance.
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