Quand les bassins remplacent la mer à Constantine : Du littoral étouffant à l’oasis urbaine

Par Yousra Salem•11 min de lecture
Brifa
Quand les bassins remplacent la mer à Constantine : Du littoral étouffant à l’oasis urbaine
Résumé IA

Les familles constantinoises délaissent progressivement les plages au profit des piscines, rebutées par les embouteillages et la perte de temps que représentent les trajets vers le littoral.

Les parcs aquatiques privés comme celui d'Ali Mendjeli attirent malgré des tarifs jugés exorbitants, une journée familiale dépassant souvent 10 000 dinars avec la restauration sur place imposée.

La direction de la jeunesse et des sports propose une alternative accessible avec sept piscines publiques opérationnelles où un abonnement mensuel coûte moins qu'une entrée unique dans le privé, bien que des dysfonctionnements persistent.

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La plage n’exerce plus aujourd’hui la même fascination hégémonique auprès de nombreuses familles constantinoises. Les tracas liés à la circulation automobile, combinés à la perspective de perdre une journée entière sur les routes menant vers le littoral maritime, incitent désormais une large frange de la population à privilégier la proximité des piscines. Selon de nombreuses familles interrogées, ces installations aquatiques occupent une place fondamentalement ambivalente dans le cadre de vie contemporain.

Elles sont perçues à la fois comme un équipement de loisirs indispensable, un espace de bien-être personnel et un marqueur d’agrément résidentiel, tout en soulevant des interrogations d’ordre social, urbain et environnemental.

Dans l’imaginaire collectif actuel, la piscine a largement dépassé le statut de simple bassin d’eau : elle s’est imposée comme un haut lieu de détente, de sociabilité et de revalorisation de l’espace habité.

Un levier d’apaisement social et un havre thérapeutique

Sur le plan du cadre de vie et au rythme du développement global, la perception de la population évolue de manière significative, la présence d’une piscine suffisant parfois à renforcer l’attractivité d’un quartier ou d’une habitation. Elle améliore la qualité perçue de l’environnement domestique en offrant un espace de repos, de divertissement et de convivialité, parfaitement intégré au quotidien familial. Dans l’espace public, selon certains entraineurs, «les piscines publiques ou privées jouent un rôle déterminant dans la cohésion sociale en favorisant le brassage de la jeunesse, les activités partagées et l’accès à des pratiques sportives démocratisées qui contribuent à résorber la violence urbaine».

Ces infrastructures permettent ainsi d’aménager de véritables espaces de respiration au cœur de milieux urbains souvent marqués par la densité, la fatigue quotidienne et le stress. «Sur le plan psychique, les effets observés s’avèrent particulièrement favorables, la natation et l’immersion aquatique étant associées à une baisse mesurable du stress», selon diverses études scientifiques.

L’eau produit une sensation de légèreté et de relâchement musculaire qui agit directement sur l’esprit, aidant à apaiser les tensions accumulées. La répétition des mouvements, la respiration rythmée et le contact physique avec l’élément liquide favorisent un état proche de la méditation, propice au recentrage intérieur et à l’amélioration du cadre de vie citoyen. Ces bienfaits sont d’ailleurs largement confirmés sur le terrain : comme le soulignent certaines de nos interlocutrices, «la pratique de la natation est désormais recommandée par des médecins pour réduire l’anxiété et améliorer l’humeur». Une femme interrogée témoigne ainsi de cet apaisement précieux qu’offre le bassin après des journées particulièrement éprouvantes.

Ces espaces aquatiques jouent ainsi un rôle de premier plan pour des catégories spécifiques de la population, notamment les enfants, les personnes âgées ainsi que les individus en situation de fatigue psychologique. La piscine leur offre un cadre de socialisation, de réassurance corporelle et de maintien de l’autonomie, tout en atténuant le sentiment d’isolement. Ses vertus sur le mental restent toutefois plus probantes lorsqu’elle est fréquentée de manière régulière, encadrée et équilibrée, sans être réduite à un simple symbole de confort. Cette culture s’est progressivement ancrée dans les mœurs : pour certains parents, emmener les enfants à la piscine est devenu un rituel obligatoire chaque week-end, tout au long de l’année et plus particulièrement durant la saison estivale.

C’est précisément la recherche de flexibilité horaire qui pousse de nombreuses familles à s’orienter vers les structures privées. Malheureusement, ce niveau de confort et cette accessibilité à tout moment nécessitent de débourser des sommes considérables. Situé à la circonscription administrative de Ali Mendjeli, le plus grand parc aquatique de la région demeure parmi les destinations les plus convoitées et les plus fréquentées par les Constantinois comme par les habitants des wilayas limitrophes. Des visites y sont régulièrement organisées par des clubs ou des associations de l’est du pays, proposant des formules incluant le transport pour un tarif de 3500 DA pour les adultes et de 2500 DA pour les enfants de moins de 14 ans dont la taille ne dépasse pas 80 cm.

Ce complexe met à disposition des familles plusieurs bassins, dont deux grandes piscines à vagues artificielles et une trentaine de toboggans aquatiques, les tarifs pouvant varier selon l’organisme ou l’agence de voyages prestataire. De nombreuses familles se déplacent ainsi de Guelma, de Khenchela, de Mila et d’autres régions d’Algérie à la recherche de sécurité et de tranquillité. Le site accueille même des excursions d’étrangers, notamment des touristes tunisiens.

De la prestation sur mesure au coût exorbitant du luxe

Pour les déplacements organisés les moins chers, selon nos consultations, les prix ne descendent pas en deçà de 3300 DA pour les adultes et 2300 DA pour les enfants. Quant aux usagers qui s’y rendent à titre personnel, sans l’intermédiaire d’une agence ou d’une association, le droit d’entrée s’élève à 2500 DA pour les adultes et 1500 DA pour les enfants. Le complexe offre une gamme étendue de bassins adaptés à toutes les tranches d’âge, agrémentés de jeux et de toboggans géants, garantissant une journée tout simplement magnifique sur le plan des loisirs. Cependant, ces grilles tarifaires font l’objet de vives discussions au sein des familles, qui les jugent exorbitantes, d’autant plus qu’il est strictement interdit d’introduire de la nourriture sur les lieux. Les visiteurs se voient contraints de consommer les produits vendus à l’intérieur du parc. Pour ceux qui recherchent un environnement sécurisé où ils ne seront pas dérangés, particulièrement les jeunes femmes, la dépense est consentie ; en revanche, pour les familles nombreuses, la plage demeure l’unique alternative envisageable. Pour un foyer de quatre personnes adultes, selon les témoignages recueillis, «la journée au parc aquatique dépasse rapidement les 10 000 DA, en comptant la restauration et les dépenses annexes». Il s’agit d’un luxe que les familles au revenu moyen ne peuvent manifestement pas se permettre.

L’alternative publique de la DJS face au défi tarifaire

Dans ce contexte, la Direction de la jeunesse et des sports de la wilaya de Constantine (DJS) apparaît comme l’alternative la plus abordable. Certaines familles affirment d’ailleurs «ne s’être rendues à la mer qu’une ou deux fois durant toute la saison tant l’offre publique locale répond à leurs besoins». Selon le premier responsable du secteur le DJS LahcèneLadjadj, pas moins de sept piscines publiques sont ainsi opérationnelles à travers la wilaya,accessibles aux adultes, aux jeunes enfants, aux hommes et aux femmes, permettant à chacun de trouver son compte durant l’été.

Les tarifs y sont nettement inférieurs à ceux pratiqués dans le privé, selon certains témoignages, la somme de 2500 DA, qui ne couvre qu’une seule journée dans un aquapark privé, permet de payer un abonnement mensuel entier dans une piscine publique. Parmi les bassins en activité dans la wilaya de Constantine, on recense la piscine d’El Khroub inaugurée le 5 juillet dernier,la piscine de Ali Mendjeli, celle d’El Guerrah, la piscine d’Aïn Abid,la piscine de l’institut CREPS ainsi que celle du 17 Juin. De nombreux enfants des deux sexes y ont accès sous l’accompagnement de leurs parents. L’exemple de la piscine d’El Khroub illustre parfaitement cette dynamique et cette effervescence populaire marquée par une forte affluence d’enfants, tandis que des clubs et des associations y organisent également des séances encadrées.

Pourtant, le tableau des initiatives publiques présente parfois des défaillances. Le lancement du programme Plage de Constantine au complexe de Sidi M’Cid, initié en juin et destiné à accueillir près de 6000 enfants pour des activités de baignade, des jeux aquatiques et des ateliers récréatifs, a connu une sérieuse contrariété. Lors d’une visite de terrain effectuée sur place le mardi 28 juillet, le constat était sans appel : les lieux étaient complètement désertés et aucune activité n’était visible. L’accès s’est heurté à des portails fermés et à une absence totale d’agents ou d’encadrants sur le site.

La feuille de route estivale et le bilan attendu du secteur

Pour dresser les grandes lignes de la feuille de route de la saison estivale dans le secteur de la jeunesse et des sports, Lahcène Ladjadj, détaille les nombreuses actions programmées en matière «d’animation, de loisirs, de sensibilisation et d’encadrement de la jeunesse. Il est ainsi prévu d’organiser des soirées artistiques dans les espaces publics, à l’exemple du jardin du Bardo, ainsi que des tournois sportifs à caractère récréatif. Des campagnes et des caravanes de sensibilisation sont également déployées autour de thématiques majeures telles que la prévention des intoxications alimentaires, la lutte contre les incendies de forêt et la prévention contre les stupéfiants».

Dans le domaine des loisirs, le programme Plan Bleu est déployé au profit des jeunes de la wilaya : «Cette opération, qui se poursuivra jusqu’à la fin de la saison estivale, prévoit l’organisation de202 excursions réparties sur une période de deux mois.» Par ailleurs, la wilaya participe au programme national des colonies de vacances initié par le ministère de la Jeunesse et des Sports au bénéfice de 250 enfants constantinois. Les piscines restent ouvertes aux jeunes tout au long de l’été, tandis que des sessions de formation, des activités sportives et des actions de sensibilisation sont régulièrement dispensées.

Enfin, ajoute notre interlocuteur, des espaces dédiés aux activités récréatives ont été aménagés au sein des établissements scolaires et des maisons de jeunes, proposant diverses disciplines et ateliers, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle. Concernant la tranche d’âge ciblée par ces dispositifs publics, elle s’étend de 6 à 40 ans. S’il demeure prématuré d’arrêter un bilan définitif avant la clôture de la saison estivale, les responsables rappellent que l’année précédente avait enregistré entre 15 000 et 20 000 participants, un chiffre que les autorités espèrent égaler voire dépasser pour cet exercice.

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