Suppression de la philosophie pour les classes scientifiques en terminale : La polémique enfle et Saâdaoui défend sa décision

Le ministre de l'Éducation Mohamed Seghir Saâdaoui a annoncé le 30 juin la suppression de la philosophie au baccalauréat pour les filières scientifiques, mathématiques et techniques, déclenchant une vive polémique.
Des enseignants, intellectuels et l'ancien inspecteur Hamidi Oubellil dénoncent un choix de civilisation qui affaiblit la pensée critique et réduit la philosophie à une matière secondaire sans évaluation.
Le ministre défend sa réforme en affirmant que la philosophie reste enseignée en deuxième année secondaire avec son coefficient d'origine et que les matières essentielles sont renforcées dans toutes les filières.
L'Association algérienne des études philosophiques, par son président Omar Boussaha, réplique que l'absence d'examen entraînera un désintérêt des élèves et rappelle que la philosophie irrigue toutes les sciences.
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La suppression de la philosophie dans le programme des classes scientifique, mathématiques et techniques en terminale continue de susciter la polémique. Annoncée jeudi 30 juin, par le ministre de l’Education nationale, en la présentant comme étant une recommandation de la commission nationale des réformes, la mesure ne passe pas.
Des enseignants, des académiciens et des intellectuels continuent d’exprimer leur incompréhension face à cette décision qui exclut la «philo» des épreuves du Bac pour les classes concernées et sa programmation seulement en deuxième année secondaire. Rappelant que «la philosophie est la mère des sciences», ces derniers dénoncent cette mesure qui «fera d’elle une matière secondaire» et «sans intérêt» pour une catégorie d’élèves. En effet, plusieurs lettres ont été adressées, sur les réseaux sociaux, au ministre de l’Education, Mohamed Seghir Saâdaoui.
«La philosophie n’est pas une matière scolaire comme les autres, mais le domaine dans lequel l’école apprend à réfléchir sur elle-même et à former l’être humain avant de former le spécialiste. Par conséquent, toute modification touchant à la place de la philosophie au sein du système éducatif ne doit pas être considérée comme un simple ajustement technique dans la répartition des heures de cours, mais comme un choix de civilisation qui révèle la nature de l’être humain que l’école souhaite former», écrit Hamidi Oubellil, ancien inspecteur de l’éducation à la retraite. Selon lui, «la décision d’enseigner la philosophie en deuxième année secondaire dans certaines filières, tout en la supprimant des épreuves du baccalauréat, soulève une série de questions pédagogiques et épistémologiques qui méritent un large débat national, car elles concernent l’avenir de l’école algérienne à l’ère des transformations numériques et de l’intelligence artificielle». L’ancien syndicaliste de l’éducation Nouar Larbi a également exprimé ses inquiétudes face à cette «réforme».
Il estime, dans un post sur Facebook, que la suppression des mathématiques pour les filières littéraires et de la philosophie pour les scientifiques «portera atteinte à la formation de l’élève en ce qui concerne la pensée critique, notamment sa capacité d’analyse et de synthèse». «Je considère que cette mesure vise à augmenter les taux de réussite au baccalauréat au détriment de la formation de base de l’élève sur le plan intellectuel, et qu’elle favorise le principe de l’apprentissage par cœur et de la restitution, largement privilégié actuellement dans les examens officiels, au détriment du développement de l’intelligence de l’élève dans des domaines plus vastes, se contentant d’une spécialisation partielle au sein de sa filière».
L’écrivain et universitaire Karim Djoudi affirme, pour sa part, que «la suppression de la philosophie, c’est la proclamation de la mort de la raison en Algérie». «Car une nation qui craint la question, étouffe la réflexion et exclut la philosophie affaiblit sa capacité à construire l’avenir…», explique-t-il. Son intervention a suscité une réaction du ministre, qui est sorti de sa réserve, mardi dernier, pour tenter de défendre sa décision. Mohamed Seghir Saâdaoui s’est dit, d’abord, «étonné de voir des enseignants entrer dans un débat avant de lire ce que propose exactement le ministère de l’Education». «Le ministère est très conscient, et c’est de sa responsabilité, de l’importance de la mission qui est la sienne pour faire avancer le système éducatif dans l’intérêt du pays et de l’avenir des générations», écrit-il. Et d’ajouter : «Nous sommes conscients de l’importance de la philosophie en tant que matière d’enseignement et en tant que savoir dans la cadre de la restructuration de l’enseignement dans les différentes filières.» Il affirme : «Nous avons renforcé les matières essentielles dans toutes les filières et la philosophie dans les filières littéraires en élevant son coefficient en troisième année secondaire.
Cette matière sera bien enseignée en deuxième année secondaire (pour les scientifiques) avec le coefficient qui existait par le passé. Est-ce que la philosophie est supprimée ?» Mais sa réponse n’a pas convaincu l’Association algérienne des études philosophiques et son président, Omar Boussaha. «Quelle est donc la différence, monsieur le ministre, entre réduire le nombre d’heures consacrées à une matière, la ramener aux premières années, supprimer toute évaluation et minimiser son importance dans les programmes et auprès des élèves ?» s’interroge ce dernier. Et de rappeler : «Votre excellence ne sait-il pas que les élèves délaissent même certaines matières inscrites dans les programmes depuis des décennies, alors imaginez celles pour lesquelles il n’y a ni examen ni évaluation… N’est-ce pas là une forme d’exclusion déguisée ?»
Poursuivant, Omar Boussaha affirme que «c’est une grave erreur de croire que la philosophie est étroitement liée aux filières littéraires et qu’elle n’a aucun rapport avec les autres sciences», précisant qu’«en réalité, chaque science comporte sa propre philosophie». «Vous connaissez peut-être, par exemple, la philosophie des sciences, la philosophie des mathématiques, la philosophie du droit, la philosophie politique, la biotique, les arts, les sciences humaines et bien d’autres encore», enchaîne-t-il.
Madjid Makedhi
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