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10 millions de tonnes de gravats mêlés à des restes de corps ensevelis déplacés vers des sites gardés secrets : Une enquête montre comment Israël efface les preuves de son génocide

Par Salima Tlemçani16 min de lecture
10 millions de tonnes de gravats mêlés à des restes de corps ensevelis déplacés vers des sites gardés secrets : Une enquête montre comment Israël efface les preuves de son génocide
Résumé IA

Une enquête de l'ONG Euro-Med Human Rights Monitor révèle qu'Israël mène une opération massive et systématique d'évacuation et de concassage d'au moins dix millions de tonnes de décombres à Gaza, mélangés à des restes humains, vers des sites tenus secrets en Israël et en Cisjordanie occupée.

Quatre cents engins lourds opérés par des entreprises civiles sous protection militaire démolissent les structures restantes et chargent quotidiennement près de cent camions sans aucune transparence sur les quantités, les itinéraires ni les destinations, empêchant tout contrôle indépendant.

Ce déblaiement efface irrémédiablement les preuves médico-légales d'exécutions sommaires, de bombardements de familles entières et de charniers potentiels, tout en mettant en péril les dépouilles d'environ 8 500 disparus recensés par la Défense civile de Gaza.

L'ONG souligne que ces opérations violent le Protocole du Minnesota sur l'enquête pour décès illégaux et peuvent constituer un pillage interdit par la Quatrième Convention de Genève et le Statut de Rome.

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Une enquête glaçante vient de révéler au monde comment Israël est en train d’effacer méthodiquement les preuves de son génocide à Ghaza.

Menée par l’ONG internationale de défense des droits de l’homme Euro-Med Human Right Monitor, et publiée mardi dernier, l’enquête a levé le voile sur une opération criminelle massive, systématique et organisée de dissipation et d’effacement de preuves, menée par Israël, sous les yeux du monde entier et avec sa complicité. Selon le rapport d’enquête, «les forces israéliennes, accompagnées d’entrepreneurs civils israéliens, mènent une vaste opération organisée pour traiter et déblayer les décombres des quartiers et des installations qu’elles ont détruits» à Ghaza et «les déplacer des zones sous leur contrôle militaire vers l’extérieur de l’enclave». Pour l’ONG, ces opérations «ne s’inscrivent pas dans le cadre d’efforts humanitaires organisés visant à secourir les disparus, à rouvrir les routes ou à préparer la reconstruction».

Israël a-t-elle agi unilatéralement dans des zones fermées sous son contrôle militaire, en démolissant les bâtiments restants, puis en concassant, mélangeant et transportant les décombres avant que les équipes médico-légales, les experts en preuves et les spécialistes en munitions non explosées puissent examiner, documenter et préserver les sites, ainsi que les preuves et les restes humains. L’enquête a indiqué qu’au moins 10 millions de tonnes de décombres ont été enlevées, concassées ou déplacées de leurs emplacements d’origine dans les zones sous contrôle militaire illégal israélien, qui représentent environ 66% de la bande de Ghaza. Réalisée conjointement par la Banque mondiale, l’Union européenne et les Nations unies, l’évaluation des dommages de la guerre, publiée au mois d’avril dernier, se basant sur des rapports d’octobre 2025 avait avancé un volume de 68 millions de tonnes de décombres disséminées à Ghaza.

Les experts jugeaient ces chiffres bien en deçà de la réalité, du fait, qu’ils ne tenaient pas compte des dommages causés par les opérations de démolition et de destruction ultérieures. D’après ses premières données de terrain, Euro-Med Human Rights Monitor a affirmé qu’«environ 400 engins de terrassement, de démolition, de concassage et de transport, utilisés par des entreprises civiles israéliennes sous protection militaire, sont en activité dans l’est et le sud de Ghaza» et «démolissent les structures restantes, concassent les décombres des quartiers détruits et chargent les débris sur des camions pour les transporter loin des sites d’origine».

Ces dernières semaines, a-t-elle précisé, elle a recensé «près de 100 camions israéliens qui quittent quotidiennement la bande de Ghaza avec des débris et des gravas» à destination de «sites non divulgués en Israël et plus au sud de la Cisjordanie occupée», en soulignant que les autorités israéliennes «n’ont fourni aucun détail sur les quantités transportées, les itinéraires empruntés, les sites de destination ni l’utilisation qui en est faite» et n’ont autorisé «aucun contrôle indépendant des opérations de tri, de pesage ou de transport». Pour l’ONG, «ce manque de transparence rend extrêmement difficile le traçage des matériaux transportés, l’identification de preuves ou la récupération d’éventuels restes humains». Elle a expliqué en outre que le déblaiement systématique des décombres à ce rythme «dissimule les preuves des crimes abominables commis par Israël à Ghaza, notamment ceux liés au génocide, tels que les exécutions sommaires et le meurtre de civils non armés». Ces sites, a-t-elle ajouté, «nécessitent un examen minutieux et une enquête criminelle approfondie avant toute intervention susceptible d’en modifier ou d’en effacer les caractéristiques».

Déraciner les Palestiniens, effacer la trace de leur présence…

Les débris éparpillés dans toute la bande de Ghaza, a indiqué l’enquête, «comprennent des lieux possibles d’exécutions extrajudiciaires et de bombardements ayant ciblé des familles entières, ainsi que des sites soupçonnés de contenir des charniers ou des corps enterrés dans des maisons, des hôpitaux, des abris et des installations civiles détruits». Ces sites, lit-on dans le rapport, «recèlent des preuves essentielles pour identifier l’arme, le déroulement de l’attaque, les positions de la victime et de l’agresseur, les zones de tir, la cause et les circonstances du décès, ainsi que des fragments, des projectiles, des douilles usagées, des traces biologiques et des effets personnels».

De ce fait, le concassage, le mélange et le transport des décombres peuvent effacer les preuves, les détails de localisation et les liens entre les éléments de la scène de crime. Ils perturbent également, est-il expliqué, la chaîne de possession des preuves, rendant potentiellement impossible de retracer leur lieu de collecte ou de les relier à un incident ou une victime en particulier. «Ces dommages sont irréversibles, même par le biais de photographies aériennes ou de témoignages ultérieurs, car les enquêtes sur les crimes internationaux exigent également des preuves matérielles pouvant être examinées, comparées et vérifiées juridiquement», a révélé l’enquête de l’ONG. Elle a averti sur le fait que ces opérations «font peser un risque direct sur les dépouilles de milliers de personnes disparues», estimées, en juillet dernier, par la Défense civile de Ghaza, à environ 8500. «L’utilisation de concasseurs et d’engins lourds sans études médico-légales et humanitaires préalables pourrait écraser ou disperser les restes, les mélanger aux décombres et les séparer de leurs effets personnels et des documents essentiels à leur identification. Ce processus pourrait également entraîner le transport des dépouilles vers des lieux inconnus, potentiellement inaccessibles par la suite», lit-on dans le rapport d’enquête.

Ce comportement, «porte atteinte au droit des familles de connaître le sort de leurs proches disparus, de récupérer leurs dépouilles, de les inhumer dans la dignité», de même qu’il «contrevient aux normes internationales qui exigent la recherche des personnes décédées, la collecte et la protection des informations les concernant, ainsi que leur identification et leur enregistrement». L’ONG a indiqué aussi que «le fait de déplacer des matériaux avant l’enquête contrevient aux directives énoncées dans le Protocole du Minnesota relatif aux enquêtes sur les décès potentiellement illégaux». Ce protocole, a-t-elle rappelé, «insiste sur la nécessité de sécuriser et de documenter les lieux, de recueillir les preuves, tout en préservant la chaîne de possession, et de récupérer et d’examiner les dépouilles selon des méthodes scientifiques respectueuses de la dignité des victimes et des droits de leurs familles».

Un schéma de démantèlement de sites soupçonnés d’abriter des charniers

Par ailleurs, le rapport d’enquête a indiqué que les débris dans la bande de Ghaza ne se limitent pas aux gravats. «Ils comprennent des biens privés et publics, des matériaux de construction essentiels, comme l’acier, la pierre et le béton qui peuvent être recyclés et réutilisés, ainsi que d’autres biens précieux nécessaires aux Palestiniens pour reconstruire leurs maisons, leurs routes et leurs infrastructures (…) et peuvent également contenir des titres de propriété, des documents officiels et des effets personnels qui font partie intégrante des droits et de la mémoire des individus et des familles.»

Le prélèvement de décombres dans l’enclave et leur exploitation commerciale sans le consentement ni l’indemnisation des propriétaires peuvent, selon les circonstances et l’intention de la saisie, a mis en garde l’ ONG, «constituer une confiscation illégale ou un pillage (…) interdits par le droit international humanitaire, notamment par l’article 33 de la Quatrième Convention de Genève et les dispositions pertinentes du Statut de Rome».

Pour les auteurs de l’enquête, ces actions s’inscrivent dans un «schéma plus large comprenant le démantèlement de sites soupçonnés d’abriter des charniers, la prise d’assaut et la destruction d’hôpitaux et d’établissements médicaux soupçonnés d’être le théâtre de crimes graves, la démolition continue de bâtiments dans les zones contrôlées par l’armée et le ciblage de journalistes palestiniens» dans un contexte où les enquêteurs internationaux et les médias indépendants se voient refuser l’accès aux zones les plus dévastées.

L’ONG a rappelé que cette destruction délibérée des preuves intervient, alors que la Cour pénale internationale (CPI), poursuit ses enquêtes sur des crimes commis en Palestine, parallèlement à d’autres affaires relevant de la compétence universelle devant les tribunaux nationaux. «La destruction de scènes de crime avant la fin des enquêtes entrave l’obligation de rendre des comptes et complique le travail des enquêteurs et procureurs internationaux pour établir les faits, car des preuves cruciales risquent d’être perdues une fois retirées de la bande de Ghaza», a-t-elle averti. Elle a aussi rappelé l’article 70 du Statut de Rome, qui considère la destruction, l’altération ou l’entrave au recueil de preuves comme des actes criminels qui, lorsqu’ils sont commis délibérément, entravent la mission de justice de la CPI.

Elle estime que le procureur de cette juridiction menacée dans son existence même par l’administration Trump, en raison de ses enquêtes sur le génocide israélien à Ghaza, devrait ouvrir une enquête «sur ces actes comme des entraves délibérées au recueil de preuves dans le cadre de l’enquête en cours sur la situation dans l’Etat de Palestine, ce qui inclut également la destruction, la saisie ou le pillage illicites de biens». Elle a expliqué que le concassage et l’enlèvement à grande échelle des décombres «détruisent non seulement les preuves, mais effacent également les limites des terrains, les fondations des maisons, le réseau routier et les caractéristiques des quartiers (…) et privent les Palestiniens des marqueurs physiques de leur propriété et de leur lien à la terre, rendant plus difficile leur retour et la reconstruction de leurs communautés, telles qu’elles étaient autrefois».

Elle a également averti que le fait de «transformer des villes et des quartiers palestiniens vidés de leurs habitants en espaces nivelés et ouverts sous contrôle israélien» constitue «un acte concret qui aggrave les déplacements forcés et le nettoyage ethnique». Ce processus est, selon elle, «indissociable du colonialisme de peuplement israélien, qui consiste à déraciner les Palestiniens, à effacer toute trace de leur présence et à redéfinir le territoire en leur absence». Il prépare le terrain, a-t-elle poursuivi, aux efforts d’Israël pour «rétablir des colonies à Ghaza et déplacer les résidents palestiniens, marquant ainsi une nouvelle phase de colonisation et le déni persistant du droit à la terre et au retour».

L’urgente préservation des preuves matérielles du génocide à Ghaza

Devant tous ces faits accablants, l’ ONG a appelé la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité de l’Onu, l’Assemblée générale des Nations unies, les Etats parties au Statut de Rome, à «intervenir d’urgence pour mettre un terme au déblaiement et au transport systématiques des décombres de la bande de Ghaza et plaider pour que des équipes internationales indépendantes d’enquête médico-légale et criminelle soient autorisées à évaluer et documenter les sites de destruction avant tout nouveau déblaiement ou transport, afin de préserver les preuves matérielles et de traduire en justice les responsables de génocide».

Elle l’a exhortée aussi à «faire pression» sur Israël pour qu’il «cesse immédiatement et totalement toute activité de déblaiement et de transport de décombres», ajoutant : «Cela implique d’exiger la divulgation détaillée des matériaux transportés, les registres de pesée, les itinéraires des camions, les destinations finales, les noms des entreprises et des sous-traitants, les bénéficiaires, les informations relatives aux paiements, les numéros d’immatriculation des engins et des camions, ainsi que les données de suivi.»

L’ONG a insisté sur la «transparence concernant toute vente, tout recyclage ou toute utilisation commerciale des matériaux extraits de Ghaza», tout en indiquant que «l’enlèvement de décombres ou de matériaux recyclables de la bande de Ghaza devrait être interdit jusqu’à la mise en place d’un système palestinien et international transparent de gestion de ces matériaux». Pour elle, ce système devrait garantir que «tout matériau transporté illégalement soit restitué ou que sa valeur soit intégralement indemnisée à ses propriétaires et que les décombres réutilisables devraient être affectés à des projets de reconstruction locaux bénéficiant à la population palestinienne et respectant les droits de propriété individuels et collectifs».

L’ONG a appelé les Etats où sont établis les entreprises ou les fabricants de machines impliqués à «imposer l’arrêt de toute action susceptible d’entraîner la démolition de biens, la destruction de preuves ou la saisie de décombres, préserver tous les contrats, la correspondance et les données opérationnelles pertinents, et à mener des enquêtes indépendantes sur la responsabilité de leurs dirigeants et employés». Euro-Med Human Rigth Monitor a plaidé pour des mesures «ciblées contre les personnes physiques et morales reconnues coupables d’avoir eu connaissance de ces activités illégales et d’y avoir participé, telles que l’exclusion des marchés publics, le gel des avoirs et des poursuites pénales» et de faire en sorte que «tout effort de déblaiement ou de reconstruction dans la bande de Ghaza soit mené par les Palestiniens, avec la participation des résidents locaux, des propriétaires fonciers et des familles des disparus».

Ces initiatives, a-t-elle souligné, doivent «garantir la protection des preuves, la récupération des dépouilles, le déminage, le tri des matières dangereuses, la réutilisation locale des décombres, la préservation des plans cadastraux et du tissu urbain, et empêcher que la reconstruction ne serve à consolider le contrôle ou à modifier la configuration géographique ou démographique de l’enclave».

En conclusion, Euro-Med Human Right Monitor a mis en garde sur le fait qu’un cessez-le-feu et des accords politiques «n’effacent ni les crimes ni leurs preuves», tout en indiquant que la reconstruction et le déblaiement des décombres «doivent s’accompagner de la préservation des preuves, de la recherche des personnes disparues, de la récupération des biens, de la traduction en justice des auteurs de ces crimes et de la garantie des droits des victimes à la vérité, à la justice et à la réparation».

Ce rapport accablant montre comment le bourreau efface ses propres crimes pendant que le monde regarde ailleurs et le laisse achever sa besogne, qui consiste à commettre des crimes, de les dissiper et de faire oublier qu’ils ont été commis. Salima Tlemçani

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