Économie

Électrifier, mécaniser… : l’Algérie accélère la modernisation de son agriculture

Par Djamel Belaid7 min de lecture
Électrifier, mécaniser… : l’Algérie accélère la modernisation de son agriculture
Résumé IA

Le Conseil des ministres a abordé l’accélération de la modernisation de l’agriculture via l’électrification et l’importation d’équipements, avec l’annonce du raccordement de 100 432 exploitations à l’électricité et des projets stratégiques menés avec Baladna, Cevital et Bonifiche Ferraresi (BF). BF prévoit 36 000 hectares de blé dur à Timimoun et a obtenu l’autorisation de forage de 160 puits; l’agriculture saharienne dépend de l’eau souterraine pomptée par des pompes électriques, ce qui accroît la consommation d’énergie lorsque la nappe est profonde (jusqu’à 70 mètres à Adrar). Le président a ordonné l’importation immédiate de moissonneuses et de matériel de semis, y compris des machines de moins de cinq ans pour le maïs et les oléagineux, et a demandé la préparation d’un nouveau projet de loi d’orientation agricole pour structurer le secteur avec l’aide d’experts, afin de faire face au réchauffement climatique et à d’autres défis.

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Lors du Conseil des ministres de ce 2 nombre, parmi les sujets à l’ordre du jour, l’agriculture a été évoquée notamment à propos d’électrification, de matériel agricole et d’une prochaine loi d’orientation.

Selon le communiqué publié par la Présidence de la République, le ministre de l’Énergie et des Énergies renouvelables, a fait état du raccordement de « 100.432 exploitations agricoles à l’électricité et l’alimentation en électricité et en gaz des projets d’investissement stratégiques menés avec des partenaires de l’Algérie, tels que les projets du qatari Baladna, de Cevital et de l’Italien BF ».

En août 2024, le wali de Timimoun indiquait que le groupe italien Bonifiche Feraressi (BF), qui prévoit la production de blé dur sur 36 000 hectares, a « obtenu l’autorisation de forage de 160 puits ».

L’agriculture saharienne utilise uniquement l’eau souterraine prélevée grâce à des pompes alimentées en électricité. À Adrar, le niveau de la nappe se situe parfois à 70 mètres de profondeur. Or, plus cette profondeur est élevée, plus la consommation en énergie est forte.

Importation de moissonneuses et de matériels de semis

Le communiqué du Conseil des ministres indique également que le président Tebboune « a instruit le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche de coordonner avec le ministre du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations pour procéder immédiatement à l’importation de moissonneuses et de matériels de semis, avec la possibilité d’importer des machines de moins de cinq ans destinées à la récolte du maïs et des graines oléagineuses, y compris le tournesol ».

La question de l’importation de matériel agricole de moins de cinq ans redevient d’actualité. Si la production locale de tracteurs et de matériel agricole progresse, la diversité des matériels nécessaires aux agriculteurs est grande. Entre blé et maïs, les types de semoirs sont différents. Au sein même des semoirs à blé, la diversité est grande.

Le défi actuel est de semer le maximum de blé, de légumes secs, d’oléagineux et de fourrages sur les 7 millions d’hectares de terres céréalières.

C’est dire l’importance de disposer des semoirs les plus adaptés. Or, 40 % de ces surfaces restent en jachère, c’est-à dire non-cultivées.

Disposer de semoirs modernes permettrait aux agriculteurs de semer vite, à moindre coût et en s’adaptant au risque de sécheresse. L’enjeu est considérable.

Certains semoirs permettent aux plantes de résister jusqu’à 4 semaines sans pluie. Disposer, comme c’est le cas des éleveurs néo-zélandais qui ont conçu un semoir spécifique, d’engins pour semer à moindre coût les jachères pâturées permettrait de tripler la production de fourrages et donc de réduire la tension des prix sur le marché des moutons.

Quant aux engins de récolte, leur disponibilité s’est améliorée avec la production locale de moissonneuses-batteuses sous licence Sampo.

Le mode de récolte en vrac a considérablement accéléré le rythme des récoltes et réduit leur pénibilité. Dès 2023, l’ajout à ces engins d’une barre de coupe verticale, voire d’une rallonge à la barre de coupe principale, a permis de réduire les pertes de grains lors de la récolte du colza.

Cependant, ce matériel ne dispose pas d’un broyeur de paille intégré, un usage inconnu en Algérie. Aussi l’importation, malgré son coût, peut permettre de diversifier les usages.

Dans la wilaya d’El Tarf et de Guelma, les producteurs disposant de machines de récolte de tomate industrielle se félicitent de la réduction des coûts de main-d’œuvre.

L’arrachage des pommes de terre est aujourd’hui majoritairement mécanisé. Ce n’est cependant pas le cas de leur ramassage qui reste manuel.

Les artisans ne sont pas en reste et innovent. C’est le cas avec des machines pour le paillage et repiquage de plants de pastèques.

Une nouvelle loi d’orientation agricole

Le communiqué souligne également que le chef de l’Etat a instruit le ministre de l’Agriculture, du Développement rural et de la Pêche afin de « préparer un nouveau projet de loi d’orientation agricole pour une organisation définitive du secteur selon une vision prospective associant des spécialistes. »

Dès 1980, l’universitaire Dominique Badillo, a lancé une étude (1) prospective sur la stratégie agro-alimentaire de l’Algérie à l’horizon 2000.

La demande formulée lors du conseil des ministres intervient après la récente conférence nationale sur la modernisation de l’agriculture et la désignation d’un Conseil scientifique pour la sécurité alimentaire. C’est à ce conseil que la mission de l’étude d’une loi d’orientation pourrait être confiée.

Parmi les défis, le réchauffement climatique, l’augmentation de la population, la gouvernance en agriculture et le mode de consommation alimentaire ne sont pas des moindres.

Une telle loi se devrait d’envisager des pistes pour améliorer la disponibilité en eau, notamment à travers la recharge artificielle des nappes d’eau souterraines.

En matière de foncier agricole, la question des concessions agricoles fait l’objet de l’attention des services agricoles. Cependant, contrairement à de nombreux pays étrangers, il n’existe pas de statut du fermage précisant sa durée ainsi que les droits et devoirs entre propriétaire et fermier.

Dès 2916, dans les colonnes d’El-Watan l’agro-économiste s’interrogeait : « Qu’attend l’Etat pour définir les règles de la location des terres et encadrer le marché des droits de location des terres alors que depuis 1987 ce marché est actif et fonctionne au détriment des producteurs de richesses ? »

De son côté, la même année, Ali Daoudi de l’ENSA d’El Harrach, alertait sur les dysfonctionnements du « crédit fournisseur » des exploitants maraîchers de la région de Biskra en évoquant « le surprofit prélevé par les firmes d’agrofourniture, voire aussi les grainetiers. »

Concernant les cultures stratégiques, un programme de relance de la production nationale de légumes secs a vu le jour à partir de 2023.

Une production stratégique pour sa richesse en protéines. Cependant, alors que les innovations sont nombreuses à l’étranger en matière de Footech, le secteur agro-alimentaire reste très en retard concernant la diversification de l’utilisation de ces protéines végétales.

Electrification, matériel agricole et loi d’orientation des sujets manifestement d’actualité.

1 Stratégie agro-alimentaire pour l’Algérie : prospective 2000. Dominique Badillo. Édisud, 1980.

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