CABBA : L’accession au goût amer de l’ingratitude

Le CA Bordj Bou-Arréridj a décroché l'accession après deux saisons de reconstruction sous la présidence de Hamza Mebarkia, mais ce dernier a démissionné dénonçant l'indifférence des autorités locales.
Mebarkia affirme avoir investi son argent personnel et voulu rompre avec des pratiques de gestion qu'il jugeait opaques, sans obtenir le moindre accompagnement institutionnel.
La démission, annoncée un mois avant l'assemblée générale du 4 août, intervient paradoxalement au moment où le club retrouve enfin le chemin de la réussite sportive.
L'ancien président s'interroge sur l'appartenance réelle du club, contrastant sa présence dans les moments sombres avec l'apparition soudaine de nouveaux prétendants.
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El Watan
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L’histoire récente du CA Bordj Bou-Arréridj est décidément faite de paradoxes. Alors que le club phare des Bibans vient de réussir, au terme d’un parcours héroïque, une accession qui devrait susciter fierté, reconnaissance et encouragements, c’est plutôt un sentiment d’amertume qui domine aujourd’hui dans son entourage.
Une situation pour le moins surprenante, au moment où le club de Bordj Bou-Arréridj aurait plutôt besoin de sérénité et de mobilisation autour de son projet. Après plusieurs descentes vertigineuses ayant fait passer le CABBA, autrefois capable de tenir tête aux grosses cylindrées de l’élite, par les paliers les plus bas de la pyramide du football national jusqu’à évoluer dans le championnat régional de Batna, le club avait enfin retrouvé un peu de lumière.
En deux saisons seulement, 2024-2025 et 2025-2026, sous la conduite du jeune président Hamza Mebarkia, âgé de 45 ans, et de ses collaborateurs, le CABBA a réussi à se reconstruire et surtout à retrouver le goût de l’ambition. Mais cette accession, réalisée avec la manière et au terme d’un parcours digne d’un véritable champion, n’a manifestement pas eu l’écho que ses dirigeants espéraient auprès de l’environnement institutionnel du club. «Personne n’a même pris son téléphone juste pour me féliciter ou me dire au moins courage et continuez votre chemin», déplore Hamza Mebarkia, particulièrement marqué par ce qu’il considère comme une indifférence devenue «ostensible et pesante» de la part des autorités locales. Pour le président démissionnaire, ce manque de reconnaissance constitue aujourd’hui l’une des principales raisons de son découragement.
Car au-delà de l’accession sportive, Mebarkia estime avoir engagé, avec son équipe, un véritable travail de reconstruction du CABBA. Première priorité : renouer le contact avec les milliers de supporters et redonner au club une identité et une visibilité grâce à une politique de communication confiée notamment à de jeunes compétences. Deuxième axe : remettre progressivement la machine sportive sur les rails et reconquérir, étape après étape, la place que le CABBA estime être la sienne dans la hiérarchie du football algérien. Le pari semblait pourtant prendre forme.
Rompre avec certaines pratiques
Mais derrière cette réussite sportive se cachait une autre réalité, beaucoup moins reluisante : celle d’un club qui, selon son président, a dû fonctionner avec des moyens extrêmement limités et sans véritable accompagnement institutionnel. «Nous avons trouvé les portes fermées à tous les niveaux, même quand nous avons tapé à toutes les portes de qui de droit pour pouvoir apporter aide et assistance à ce club populaire qu’est l’historique CABBA», affirme-t-il.
Mebarkia va plus loin en dénonçant également l’attitude de certaines personnes se présentant comme des supporters du club et qui, selon lui, favoriseraient aujourd’hui l’option d’un directoire. Le président démissionnaire estime que ces positions doivent surtout être replacées dans le contexte de la gestion du club et de ses intérêts. Il affirme notamment avoir voulu rompre avec certaines pratiques qu’il jugeait incompatibles avec une gestion rigoureuse, notamment en matière de déplacements, d’hébergement et de restauration, jusque-là, selon lui, assumés par le club dans des conditions qu’il ne souhaitait plus reconduire. Mais elles traduisent surtout le climat délétère dans lequel le CABBA semble évoluer depuis quelque temps.
La démission de Mebarkia et de son équipe dirigeante avait d’ailleurs été annoncée plus d’un mois avant la tenue de l’assemblée générale ordinaire, finalement organisée le 4 août. De manière surtout à donner du temps à ceux qui voudraient prendre la présidence du CABBA. Laquelle démission qui intervient au moment même où le club venait de réussir l’une des plus importantes étapes de sa reconstruction. Le paradoxe est donc saisissant : au moment où le CABBA retrouve enfin le chemin de l’accession, ceux qui ont porté ce projet quittent la scène avec le sentiment de ne pas avoir été accompagnés à la hauteur des efforts consentis. «Rien ne suffisait pour faire survivre un club de la dimension du CABBA avec ses innombrables besoins. Ni mon argent versé de ma poche, au détriment de ma famille, ni celui de mes soutiens qui ne peuvent plus le faire devant les nouvelles et futures exigences», confie encore Mebarkia, qui ne cache ni sa fatigue ni son désenchantement.
En ajoutant : «Ma famille a été reléguée au second plan après le CABBA.» Le président démissionnaire pose ainsi une question qui dépasse sa propre personne : à qui appartient réellement le CABBA ? A ceux qui apparaissent lorsque le club retrouve des couleurs ou à ceux qui étaient là lorsqu’il traversait les moments les plus sombres ? «On nous dit aujourd’hui de laisser le club à ses enfants. Mais où étaient ses enfants lorsque le CABBA se morfondait dans les divisions les plus basses ?», s’interroge-t-il. La question mérite d’être posée. Salim Oussaci
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