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Six vies fauchées dans un drame routier à Constantine : L’hécatombe routière interroge : à quand la fin de la fatalité ?

Par Yousra Salem8 min de lecture
Six vies fauchées dans un drame routier à Constantine : L’hécatombe routière interroge : à quand la fin de la fatalité ?
Résumé IA

Un autobus transportant des travailleurs a basculé dans un ravin sur la route nationale 79 près d'Ibn Ziad (Constantine) jeudi 6 août, faisant six morts et 24 blessés âgés de 19 à 65 ans.

La Protection civile a mobilisé dix ambulances, deux camions d'incendie et quarante agents pour secourir les victimes, évacuées vers l'hôpital El Bir et le CHU Dr Benbadis où huit patients critiques ont été opérés.

Une cellule de soutien psychologique a été déployée pour les blessés et leurs familles, tandis que le wali Kamel-Eddine Kerbouche s'est rendu deux fois au chevet des hospitalisés.

La délégation wilayale à la sécurité routière a ouvert une enquête sur les causes du dérapage, ravivant le débat sur la vétusté des bus, le contrôle technique défaillant et la fatigue des chauffeurs.

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En l’espace d’une semaine, la route a de nouveau plongé plusieurs familles algériennes dans le deuil.

Ces sinistres à répétition, impliquant en particulier des bus de transport collectif, continuent de faucher des vies innocentes de citoyens dont le seul tort fut de monter à bord d’un véhicule vétuste ou confié à un conducteur défaillant. Un constat qui interpelle et qui ravive une interrogation lancinante au sein de l’opinion publique : les leçons des tragédies passées ont-elles été véritablement tirées, ou la wilaya de Constantine, comme tant d’autres régions du pays, demeure-t-elle prisonnière d’un cycle de négligences répétées ?

C’est aux premières heures du jeudi 6 août que le drame s’est noué à la sortie de la commune d’Ibn Ziad, dans la wilaya de Constantine. Un autobus assurant le transport de travailleurs d’une entreprise privée a quitté sa trajectoire de manière incontrôlée sur le tronçon de la route nationale n° 79, avant de basculer dans un ravin et d’achever sa course dans le lit d’un oued. L’alerte a été donnée à la Protection civile à 5h19. Selon la cellule de communication de la direction de la wilaya, les premiers secours dépêchés sur place ont dressé un bilan provisoire de quatre décès et 17 blessés.

Ce bilan s’est hélas alourdi au fil de la journée pour atteindre six morts, hommes et femmes confondus, et 24 blessés, âgés de 19 à 65 ans, présentant des traumatismes de gravité variable. Les rescapés ont reçu des soins d’urgence directement sur le site du sinistre avant d’être orientés, aux alentours de 5h30, vers l’hôpital de la cité El Bir pour deux d’entre eux, et vers le CHU Constantine Dr Benbadis pour les autres.

Les corps des victimes décédées ont, quant à eux, été transférés dès les premières heures vers la morgue de l’établissement hospitalo-universitaire. Afin d’assurer le déroulement optimal de cette intervention, les services de la Protection civile ont déployé un dispositif logistique et humain conséquent. Ils ont mobilisé pour cette opération «dix ambulances, dont deux unités médicalisées, deux camions d’incendie, un véhicule de liaison ainsi que quarante agents de tous rangs».

D’importants moyens humains et matériels ont été mobilisés par toutes les autorités dans la foulée pour encadrer la prise en charge des blessés.

Sidération dans les couloirs des urgences

Sur le terrain, les récits recueillis auprès des rescapés donnent la mesure de la violence du choc : plusieurs témoins évoquent un véhicule qui semblait s’être littéralement soulevé dans les airs avant de s’abattre dans le lit de l’oued. Dans les services d’urgence du CHU Dr Benbadis, mobilisés en effectifs renforcés, radiographies et examens scanographiques se sont succédé pour évaluer l’étendue des blessures. Des victimes ont eu des fractures des membres inférieurs et supérieurs, traumatismes multiples, plongeant nombre de patients dans un état de choc manifeste. Cette onde de choc a également gagné les familles, massées en nombre dans l’enceinte de l’hôpital. Face à l’ampleur du traumatisme, une cellule de soutien psychologique a été déployée en force sur place pour accompagner tant les proches que les blessés eux-mêmes.

Les parents, premier soutien moral des victimes qui étaient sous le choc, ont été les premiers pris en charge par les psychologues avant que ces derniers s’orientent vers les malades. Le Dr Souad Terkhouche, psychologue et coordinatrice de la cellule de psychologie du CHU, a indiqué que «cet accompagnement ne se limitera pas au jour de l’accident, mais se poursuivra dans la durée». Le wali de Constantine, Kamel-Eddine Kerbouche, s’est rendu à deux reprises au chevet des blessés (dans la matinée, puis dans l’après-midi, après l’inhumation des défunts), afin de s’enquérir personnellement de l’état de santé des personnes hospitalisées. Le professeur Youcef Khenchoul, directeur des activités médicales et paramédicales (DAPM) du CHU, a souligné que la mobilisation était totale, en particulier au sein du personnel médical et paramédical. Le Pr Khenchoul a également affirmé que les éléments en congé ont été rappelés en renfort pour épauler leurs collègues.

La sécurité routière sur le terrain : entre constat et responsabilité

Notre interlocuteur a fait également état de huit patients admis dans un état critique, ayant nécessité une intervention chirurgicale, notamment au niveau crânien et osseux. Heureusement, aucun décès supplémentaire n’a été à déplorer à ce stade. «Il reste des malades en cours d’exploration», a-t-il déclaré.
Dès l’annonce du drame, la délégation de wilaya à la sécurité routière de Constantine a engagé une série de démarches sur le terrain pour s’enquérir des circonstances du drame. Conduite par le délégué de wilaya, Rachid Akkouche, accompagné de deux inspecteurs, la délégation s’est rendue sans délai sur les lieux du sinistre afin «d’examiner les circonstances exactes du dérapage et de recueillir les premiers éléments d’appréciation».

La délégation a ensuite poursuivi sa mission en direction de l’hôpital de la cité El Bir, puis du CHU Dr Benbadis, où elle a rendu visite aux blessés. Reçue par la directrice de la santé de la wilaya, elle a pris connaissance d’un exposé détaillé sur l’état de santé des patients et sur les dispositifs médicaux déployés. C’est dans le sillage de la prière d’El Asr de jeudi (jour de l’accident) que la commune d’Ibn Ziad a basculé dans le recueillement. Au cimetière central de la ville, une foule dense s’est massée pour accompagner les six défunts à leur dernière demeure. Sur les visages, la douleur se lisait : des familles effondrées, soutenues par des proches eux-mêmes submergés par l’émotion. Chaque cercueil porté à bout de bras ravivait une vague de désolation collective, comme si la peine de chaque famille se propageait à l’ensemble de l’assistance. Cette solidarité, exprimée par une population venue en nombre exceptionnel, a traduit un sentiment d’unité communautaire face à l’épreuve, mais aussi, en filigrane, une colère sourde et une lassitude devant la récurrence de tels drames.

Au-delà de l’émotion, cette nouvelle tragédie routière repose avec acuité la question de la sécurité des transports collectifs en Algérie. Les accidents impliquant des bus de travailleurs ou des autocars de voyageurs se succèdent sans que les causes structurelles – vétusté du parc roulant, défaut d’entretien mécanique, absence de contrôle technique rigoureux, fatigue ou défaillance humaine des chauffeurs, non-respect des limitations de vitesse sur les axes accidentogènes – ne semblent trouver de réponse durable.

Plusieurs pistes de mesures fermes méritent d’être posées sur la table des décideurs, dont un durcissement des sanctions à l’encontre des propriétaires des bus privés qui persistent à faire circuler des véhicules hors d’âge sur les routes. Les questions qui taraudent aujourd’hui la population de Constantine se reposeront, immanquablement, ailleurs, demain.

Constantine
De notre bureau Yousra Salem

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