Économie

L’Algérie dans la bataille de L’IA : Ouadah souligne le potentiel de la diaspora scientifique

Par Kamel Benelkadi6 min de lecture
L’Algérie dans la bataille de L’IA : Ouadah souligne le potentiel de la diaspora scientifique
Résumé IA

L’Algérie structure sa stratégie d’intelligence artificielle en s’appuyant sur son écosystème de start-up et sa diaspora scientifique, sous l’impulsion du ministre Noureddine Ouadah.

L’objectif est de concevoir des modèles adaptés aux contextes algériens et africains tout en garantissant la souveraineté des données, considérées comme nouvelles matières premières stratégiques.

Des initiatives comme la plateforme éducative «Aiphabet» d’Ansaf Salleb-Aouissi et des programmes de formation avec le ministère de la Jeunesse et l’ambassade des États-Unis visent à faire de la jeunesse un acteur de la révolution IA.

L’IA irrigue déjà l’agriculture, la santé, l’industrie, le tourisme, la finance et l’administration, mais la réussite repose sur la formation du capital humain et la coopération universités-start-up pour éviter une dépendance technologique risquée.

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L’intelligence artificielle a définitivement basculé du statut de promesse technologique à celui de pilier fondamental de la compétitivité mondiale. Pour les économies émergentes, s’approprier ces technologies n’est plus une option, mais «un impératif de souveraineté».

Dans cette course mondiale, l’Algérie structure par petites touches sa stratégie en misant sur un double levier : «son écosystème dynamique de start-up et le potentiel de sa diaspora scientifique».

Sous l’impulsion du ministère de l’Economie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, une dynamique nouvelle s’installe. Lors d’une rencontre abritée par Algeria Venture, le ministre Noureddine Ouadah a réuni entrepreneurs, porteurs de projets et figures de la recherche internationale, à l’instar d’Ansaf Salleb-Aouissi, professeure à l’université Columbia.

L’objectif affiché est double : «dépasser la simple adoption de solutions exogènes pour concevoir des modèles adaptés aux contextes culturels, linguistiques et historiques algériens et africains, tout en garantissant la sécurité et la gouvernance des données, érigées en nouvelles matières premières stratégiques face à la concentration des géants technologiques mondiaux».

A l’instar des ressources énergétiques, la maîtrise, le stockage et le traitement local des flux d’informations constituent le socle de l’indépendance numérique de demain.

Plusieurs start-up algériennes ont d’ores et déjà fait leurs preuves sur les marchés extérieurs, illustrant la maturité technique de l’écosystème national. Le défi actuel réside dans le basculement de ces compétences vers le marché national afin d’accélérer la transformation numérique de l’administration publique, du tissu des entreprises et des collectivités territoriales. Ce pont entre l’ambition locale et l’excellence mondiale trouve un appui naturel dans les talents de la diaspora, dont l’implication permet de réduire les courbes d’apprentissage, d’accélérer les transferts technologiques et d’insérer l’Algérie dans les réseaux mondiaux de R&D. L’inclusion et la transmission des compétences restent au cœur de la vision portée par Ansaf Salleb-Aouissi. A travers son initiative éducative «Aiphabet», une plateforme d’apprentissage de l’IA présente dans plus d’une centaine de pays et forte de près de 20 000 utilisateurs, l’universitaire illustre la capacité de la diaspora à porter des initiatives à fort impact sociétal.
L’IA dans l’économie réelle 
Complétées par des cycles de formation menés en partenariat avec le ministère de la Jeunesse et l’ambassade des Etats-Unis, ces actions visent à doter la jeunesse algérienne des clés analytiques nécessaires pour devenir «actrice, et non simple consommatrice, de la révolution de l’intelligence artificielle».
L’intégration de l’IA dans l’économie réelle ne se limite pas à la filière tech ; elle irrigue l’ensemble des moteurs de croissance du pays. Dans l’agriculture, elle permet l’optimisation de l’irrigation et l’analyse prédictive des sols pour assurer la sécurité alimentaire. Dans la santé, elle favorise l’aide au diagnostic et la gestion intelligente des infrastructures. L’industrie bénéficie de la maintenance prédictive et de l’automatisation du contrôle qualité, tandis que le tourisme profite de l’analyse des flux de visiteurs et de la personnalisation des services. Les services financiers, le commerce électronique et les administrations publiques figurent également parmi les secteurs clés pour gagner en efficacité et réduire les coûts opérationnels. Si les infrastructures et les investissements financiers sont indispensables, la réussite de cette transition repose avant tout sur la formation du capital humain.

Ingénieurs, chercheurs, entrepreneurs et décideurs publics doivent évoluer dans un écosystème décloisonné où universités et start-up coopèrent étroitement. En pariant sur l’intelligence de ses talents, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières, l’Algérie se dote des moyens de transformer sa transition numérique en un véritable levier de croissance inclusive et de souveraineté technologique durable. Cette démarche, encouragée par le ministre lui-même, a une portée technologique mais aussi éminemment politique. 

L’erreur la plus commune face à l’intelligence artificielle est de croire qu’elle se résume à l’achat de licences logicielles ou à l’importation d’infrastructures de calcul. En cas de tension géopolitique ou de modification des conditions de licence, c’est l’ensemble de la souveraineté opérationnelle (administrative, industrielle ou militaire) qui se retrouve fragilisée. L’intelligence artificielle n’est pas neutre ; elle est le reflet des données, des biais et des choix philosophiques de ceux qui la conçoivent.

Pour un pays comme l’Algérie, l’éthique ne relève pas d’une simple posture philosophique, mais d’une exigence de sécurité nationale et d’intégrité culturelle. Traiter des flux de données nationaux (santé, géolocalisation, comportements économiques, administration) sur des serveurs distants ou via des IA opaques expose le pays à des risques majeurs d’espionnage industriel, de manipulation de l’opinion et de perte de contrôle sur le secret des affaires publiques et privées.
Kamel Benelkadi 

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