Culture

Nazim Lemnouar. Musicien : «Ma passion, apporter une autre sensibilité au genre malouf»

Par Farouk Baba Hadji•7 min de lecture
Brifa
Nazim Lemnouar. Musicien : «Ma passion, apporter une autre sensibilité au genre malouf»
Résumé IA

Le musicien constantinois Nazim Lemnouar, bercé dès l'enfance dans le malouf, a fait ses classes à l'association Maqam dès 1995 sous la tutelle de maîtres comme Lotfi Amirech et Rabeh Khettat.

Installé à Alger depuis 2004, il a cofondé l'association Bel art et excelle tant dans le chant que le violon, se réclamant de l'héritage de Hadj Mohamed Tahar Fergani.

Son ambition est de préserver et transmettre ce patrimoine arabo-andalou aux jeunes générations, notamment en créant une structure dédiée au malouf dans la capitale.

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Bercé dès sa prime enfance par les airs du répertoire de la musique andalouse, et propulsé par des parents attachés aux sources du malouf, notamment, Nazim Lemnouar fait ses premières classes d’initiation au sein de l’association Maqam, à Constantine, où il acquiert les fondements de la lecture musicale et la rigueur rythmique.

Au fil des ans, il gagne en maturité et gravit les échelons grâce à l’enseignement dispensé par une pléiade de maitres affirmés, aussi bien dans le chant que dans le jeu d’instrument à cordes, particulièrement le violon. Il se prête avec courtoisie au jeu des questions-réponses et livre en diagonale pour le lecteur un pan de son parcours artistique et sa sensibilité aiguisée pour le malouf, un genre auquel il tient à imprimer une note de contemporanéité, tout en restant fidèle à la quintessence du patrimoine musical classique.
Suivons-le.

Propos recueillis par Farouk Baba-Hadji

Vous êtes issu d’une famille de mélomanes, nourrie aux sources musicales du malouf. Parlez-nous du giron dans lequel vous avez évolué dans vos tout débuts à Constantine…

J’ai grandi à Constantine dans un véritable giron musical, au sein d’une famille profondément attachée au malouf et au tarab. Mes parents étaient mélomanes et avaient une très belle vocalise. A la maison, la musique faisait partie du quotidien et il y avait tout le temps une ambiance chaleureuse et vivante.
Dès mes premières années, j’ai été bercé par ces mélodies et au fil des ans, la musique est devenue pour moi une source de réconfort et d’équilibre.

C’est ce qui vous a inspiré à faire votre apprentissage ?

Oui, c’est dans cet environnement que mon oreille musicale s’est naturellement aiguisée, avec un lien fort et instinctif pour le patrimoine musical constantinois. En 1995, avec la création de l’association Maqam, mes parents nous ont encouragés, ma sœur et moi, à y rejoindre les premiers ateliers afin de faire notre apprentissage musical. Au début, comme tout enfant face à un nouvel environnement, il y avait une certaine réserve de notre part, mais au fil du cursus, cela a laissé place à l’enthousiasme et à la passion. Cette étape a été déterminante dans mon début de parcours artistique.

Peut-on connaitre vos mentors ou les cheikhs du malouf qui vous ont encadré  ?

Mon parcours dans le malouf a été enrichi par l’encadrement de plusieurs enseignants et maîtres dès la classe d’initiation, où nous étions répartis en ateliers selon les instruments : violon, mandoline, luth, etc. Mon premier maître de violon a été Lotfi Amirech, qui m’avait appris les bases techniques de l’instrument et de l’interprétation. En solfège, j’ai été formé par Reda Arfa, qui m’a transmis les fondements de la lecture musicale et la rigueur rythmique.

L’explication des textes et du répertoire était assurée par Hacen Bentalha, qui m’avait permis de développer une sensibilité poétique du malouf. Par la suite, en classe supérieure, j’ai poursuivi ma formation avec le maitre du malouf, Rabeh Khettat, un excellent pédagogue qui avait contribué grandement, grâce à sa rigueur technique, à améliorer mon niveau.

Vous avez intégré l’association Bel art. Qu’est-ce qui vous a conduit à opter pour l’école d’Alger ou le genre çan’a ?

Mon orientation vers l’école d’Alger s’est imposée naturellement, comme un prolongement de mon parcours musical. Installé à Alger depuis 2004, j’ai poursuivi mon bonhomme de chemin dans cette ville. L’association Bel art dont je suis, soit dit en passant, membre fondateur, m’a permis non seulement de ne pas m’éloigner de l’univers artistique dans lequel j’évolue depuis ma prime enfance, mais de me frotter de plus près à l’école çan’a et d’apprendre encore plus.

D’aucuns ne tarissent pas d’éloges à votre égard, affirmant que vous excellez aussi bien dans le chant que le jeu d’instrument. C’est quoi le secret ?

Je pense que le secret réside avant tout dans l’amour profond que je porte à cette musique, que l’on appelle ‘’laghram’’. C’est cette passion qui me donne de l’énergie et me pousse à continuer avec fermeté. A cela s’ajoute un travail constant et rigoureux. En résumé, je dirais que la passion couplée à la persévérance à me permettent d’évoluer et de m’illustrer aussi bien dans le chant que dans le jeu instrumental. Cela dit, je ne dois pas tomber dans le piège du biais de confiance excessive ou du sentiment de suffisance. Chaque jour que Dieu fait, on apprend.

Vous considérez-vous dans la pure lignée de vos prédécesseurs comme El Hadj Fergani ou Benani ou vous avez votre propre style ?

Je considère Hadj Mohamed Tahar Fergani comme un maître spirituel. Bien qu’il ne soit pas mon formateur, son œuvre, ses enregistrements et son interprétation du malouf ont profondément marqué mon jeune apprentissage et imprégné mon identité musicale. Bien que je demeure fidèle aux fondements de cette musique, cela ne m’empêche pas d’évoluer, en apportant une couleur, une fraîcheur, voire une sensibilité différente au malouf.

Voulez-vous dire que vous êtes à la recherche de votre propre style…

Je dirai que le style se construit de lui-même, à travers la personnalité de l’artiste et son parcours, sans qu’il y ait bien sûr, rupture avec l’essence de ce patrimoine musical ancestral.

C’est quoi votre ambition ? Ce qui vous tient à cœur…

Ce qui me tient particulièrement à cœur, c’est la préservation et la transmission du malouf en particulier, et du patrimoine arabo-andalou en général aux jeunes générations.

Mon ambition est de contribuer aussi à la création d’une association dédiée au malouf à Alger, afin de renforcer sa présence et sa pratique dans l’espace culturel de la capitale. Il ne faut pas oublier qu’il y a, à Alger, de nombreuses familles, très attachées à ce patrimoine, et je pense qu’elles seraient sensibles et réceptives à pareille initiative.

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