Culture

Le souk des troubadours / Issa l’Andalou

Par Chahreddine Berriah•5 min de lecture
Brifa
Le souk des troubadours / Issa l’Andalou
Résumé IA

Issa, un pauvre berger du Sahel, trahit sa tribu pour rejoindre les guerriers Beni Kelboune après avoir survécu à une tentative de lynchage qui lui coûte un œil.

Il prend le nom de « Jihad l'Andalou » pour feindre une ascendance ibérique et intègre le groupe terroriste d'Abou Nidal qui enrôle des jeunes désespérés.

Son passé misérable — père inconnu, famille indigente, rejeté par sa bien-aimée — le pousse vers la radicalisation et la violence.

Le chef manipule ses recrues en les forçant à commettre des atrocités, les enfermant dans un cycle de terreur sans retour.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

Par Chahredine Berriah

Issa se glorifiait d’avoir perdu son œil droit dans une bataille dont il se gardait de nommer. En vérité, le borgne avait échappé miraculeusement à un lynchage de sa propre tribu dans le nord du Sahel. Une peuplade de modestes éleveurs de caprins. Car au moment où cette dernière se défendait courageusement pour s’extraire des mains des Beni Kelboune, une ethnie guerrière,  lui négociait sa survie en prêtant son allégeance à l’ennemi. Trahie et vexée par cet affront, sa famille  décréta dans l’urgence d’en finir avec le transfuge. Il s’en était sorti avec un oeil crevé et l’orgueil  affecté, mais sans remords.

Il était cueilleur d’olives, coupeur d’arbres et gardien de troupeaux pour des exploitants qui le rémunéraient avec du lait de chèvre, du blé et de légumes, rarement avec de l’argent.
Il rêvait de pouvoir payer un guide pour prendre une pirogue et s’échouer sur les côtes des îles Canaries. Comme l’avait fait Mamadou le veinard, fils d’éleveurs, qui avait bravé la Méditerranée moyennant une forte somme d’argent. Mais, l’argent manquait à Issa.

D’une famille indigente, composée d’une mère sans descendance particulière, d’un père inconnu et d’une sœur quinquagénaire et vieille fille, Issa n’entrevoyait aucune amélioration de son sort. Aussi cherchait-il un prétexte pour fuir une société pour laquelle il ne comptait pas. Malheureux, il pensait, d’abord, trouver sa consolation dans un isolement orgueilleux, mais il y avait rencontré plus de chagrin et  davantage de désespoir. N’y tenant plus, Il avait fini par fuir la plus pénible des existences, l’indifférence méprisante. 
Au fond, il était nourri par un esprit vindicatif à l’égard d’une tribu qui était la sienne, mais qui le classait au bas de l’échelle.

Une fois chez l’assaillant, le traître s’affubla du sobriquet «Jihad l’Andalou». Une identité qu’il s’attribua pour afficher une prétendue ascendance ibérique et une prédisposition au combat. 
 La présentation  suscita immédiatement le sarcasme.
Les Béni Kelboune appartenaient à un groupe de coupeurs de routes guidés par le mystique Abou Nidal. Ses armes étaient sa rhétorique et sa cruauté. Il se fabriquait des mobiles pour commettre ses exactions et s’adjuger une notoriété dans la région.

Aveuglé par ses tueries impunies et surtout ses idées utopiques, ce sinistre hors déclarait dans ses prêches épisodiques dans les souks, la guerre aux impies de la planète en leur promettant l’enfer terrestre. Ses fidèles, crédules, buvaient ses paroles comme un élixir enivrant.
Il avait constitué sa cellule armée en recrutant de jeunes laissés-pour-compte de la société, ceux dont l’horizon se bornaient aux limites de leurs bidonvilles.

Pour les impliquer et les compromettre davantage dans son entreprise meurtrière, il les piégeait dans des crimes abominables. 

Terrorisés par ce fou ou fascinés par son verbe, les enrôlés, qui venaient de basculer de la misère au banditisme, ne pouvaient faire marche arrière. Un fait accompli qui allait faire d’eux les instruments de la mort.

Issa, alias Jihad l’Andalou, n’était pas de ceux-là, mais en se jetant dans la gueule du loup, il avait mis son destin entre les mains du diable en personne. Le pauvre Issa, lui qui pendant son baptême, sa famille n’avait pas sacrifié une brebis, comme le veut la coutume, il avait été circoncis, et là encore, aucune poule n’avait été égorgée en son honneur.   Il appartenait à un village où le nom ne garantit pas une identité, mais une indication. Il s’était baptisé Jihad sans pour autant savoir exactement ce que cela signifiait. Même Zineb, la fille du métayer ne voulait pas de lui. Elle trouvait qu’il n’avait pas assez de bras pour devenir bûcheron. Pourtant, il coupait le bois pendant tous les hivers et en ramenait des fagots tous les soirs.
«Tu sais couper du bois, alors tu n’auras aucune difficulté de couper les têtes désormais…», lui apprit le chef des B’ni Kelboun. Issa s’évanouit.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source