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Moyen-Orient : un multilatéralisme qui ébranle Washington

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé un pacte de défense mutuelle prévoyant qu'une attaque contre l'un des trois pays vaudrait attaque contre tous.

L'accord traduit un désaveu saoudien envers Washington, Riyad ayant expérimenté les limites d'un partenariat sécuritaire américain jamais formalisé par un traité contraignant.

La solidité réelle de la clause reste toutefois incertaine : le pacte bilatéral saoudo-pakistanais de septembre 2025 n'a pas entraîné d'intervention militaire d'Islamabad lorsque des bases américaines en Arabie ont été visées.

Le Pakistan se retrouve face à un dilemme de neutralité, assurant un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran tout en se liant militairement à deux capitales perçues comme hostiles par l'Iran.

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El Watan

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L’Arabie Saoudite, la Turquie et le Pakistan ont signé vendredi un pacte de défense mutuelle stipulant qu’une attaque contre l’un des trois pays vaudrait attaque contre tous. L’annonce, faite en présence de Mohammed ben Salmane, Recep Tayyip Erdogan et Shehbaz Sharif, rapproche trois puissances aux atouts complémentaires : la deuxième armée de l’OTAN, une puissance nucléaire et le premier exportateur mondial de pétrole.

Mais au-delà de la portée symbolique, cet accord appelle trois lectures. La première tient à ce qu’il révèle du désaveu saoudien envers Washington. Depuis les frappes de 2019 contre Abqaiq jusqu’à l’agression menée depuis février par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran (laquelle a exposé le Royaume à des ripostes et perturbé le trafic dans le détroit d’Ormuz), l’Arabie Saoudite a expérimenté les limites d’un partenariat sécuritaire américain jamais formalisé par un traité contraignant. En s’associant, Ankara, Islamabad et Riyad ne rompent pas avec Washington (le communiqué conjoint insiste sur le fait que l’accord ne vise aucun pays en particulier et ne se substitue à aucun engagement bilatéral existant), mais ils se dotent d’une alternative moins dépendante du bon vouloir d’un allié perçu comme peu fiable et qui a créé un désordre au Moyen-Orient.

La deuxième lecture, plus incisive, interroge la solidité réelle de la clause de défense mutuelle. Un précédent immédiat invite à la prudence : le pacte bilatéral saoudo-pakistanais de septembre 2025 prévoyait déjà qu’une agression contre l’un des deux pays engagerait l’autre. Or, lorsque des bases américaines en sol saoudien ont été visées en riposte aux attaques menées depuis ce même territoire, Islamabad n’est pas intervenu militairement. Rien n’indique que l’élargissement à la Turquie changera cette donne. L’accord de La Mecque pourrait ainsi demeurer, pour l’essentiel, un instrument de dissuasion déclaratoire (un signal adressé à Téhéran et, en creux, à Washington) plutôt qu’un mécanisme d’engagement automatique. La distinction est cruciale : elle détermine si l’on assiste à la naissance d’une architecture de sécurité régionale opérationnelle, ou à un acte diplomatique dont la mise en œuvre ne sera testée qu’à la prochaine escalade.

La troisième lecture concerne le Pakistan lui-même, dont la position devient singulièrement inédite. Islamabad assure depuis février un rôle de médiateur entre Washington et Téhéran, tout en se liant désormais militairement à deux capitales que l’Iran pourrait percevoir comme hostiles. Cette double casquette (médiateur d’un côté, signataire d’une clause de dissuasion collective à connotation anti-iranienne de l’autre) place le Pakistan devant un dilemme de neutralité. Téhéran, qui avait pourtant salué en septembre 2025 l’accord bilatéral saoudo-pakistanais comme une possible amorce de sécurité régionale partagée, pourrait cette fois y voir un basculement plus net dans le camp adverse, fragilisant d’autant la médiation pakistanaise au moment précis où elle serait la plus nécessaire.

Pour Washington, enfin, le symbole est rude. Que trois de ses alliés historiques dans cette région se dotent d’une architecture de sécurité autonome, sans en référer à la Maison-Blanche, atteste d’une érosion de l’influence américaine dans une région stratégique. Reste à savoir si cette alliance saura transformer l’essai en engagement effectif, ou si elle demeurera, comme son précédent bilatéral, un texte dont la portée s’arrêtera aux frontières du symbole.

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