Travaux de recherche sur la sémiologie du cinéma : L’empreinte du Dr Abdelghani Irchene

Des étudiants de l'UMMTO ont soutenu leurs mémoires de master en sémiologie du cinéma lors d'une session hommage au défunt enseignant Abdelghani Irchene, décédé peu avant les soutenances.
Le mémoire principal analyse sémiologiquement le film El Mahna sur la décennie noire, transformant des moments dramatiques en leçons de citoyenneté pour protéger la mémoire nationale.
Une autre étudiante a décodé les messages implicites du court-métrage Touguourt sur la guerre d'Algérie dans les documentaires français, explorant mise en scène, cadrage et symboles.
Le Dr Irchene, spécialiste de la sémiologie filmique, a coécrit un ouvrage de référence et accompagné des générations d'étudiants sur la mémoire de la Révolution.
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La sémiologie, cette technique d’analyse des visuels, des sonores des cadrages qui consistent à dégager les éléments fondamentaux et la signification de ces supports, est souvent abordée par les étudiants de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (UMMTO) dans leurs travaux de recherche sanctionnant leur cursus.
Le défunt Abdelghani Irchene, qui était maître de conférences à la faculté des sciences humaines et sociales de l’UMMTO, avait souvent proposé à des étudiants de master des thèmes en relation avec cette discipline. Cette année aussi, il a mis des binômes dans une perspective d’initiation à la recherche à travers leurs mémoires de fin d’études.
Le premier travail porte sur la décennie noire dans le cinéma algérien à travers une étude analytique sémiologique du film El mahna. Il s’agit d’un mémoire de master réalisé par deux étudiants en science de l’information et de la communication (audiovisuel), Said Issamane et Messaoud Kloud, sous l’encadrement de leur enseignant Abdelghani Irchene décédé, quelques jours avant la soutenance de ce travail de recherche. Le défunt n’a malheureusement pas pu accompagner ses étudiants jusqu’à la concrétisation finale de leur projet.
Donc, pour mener à terme ce travail qui devait être soutenu avant les vacances universitaires, un autre enseignant-encadrant a été désigné par l’administration afin d’accompagner ces étudiants pour finaliser leur travail. Une soutenance a été programmée durant la session baptisée a la mémoire de l’enseignant disparu, Abdelghani Irchene. En l’absence de ce dernier, c’est le professeur Abdenour Boussaba qui a aimablement accepté de faire soutenir les deux étudiants précités.
« C’est un grand honneur de continuer un travail presque finalisé par notre ami, collègue et frère Abdelghani Irchene », a-t-il déclaré avant l’entame de la séance présidée par Fazia Tamsaout et en présence de deux autres enseignants de journalisme, Karim Hamoune, examinateur, et Hafid Azzouzi, membre du jury invité. Pour parler du contenu de ce travail de recherche, notons que les membres du jury ont souligné que le thème est très intéressant comme la problématique de recherche qui s’articule sur des questionnements sur la sémiologie de l’image. « Je suis très émue d’examiner le travail d’un absent qui a, de son vivant, toujours bien défendu le travail de ses étudiants durant de pareilles occasions», a laissé entendre Mme Tamsaout.
De son côté, M. Hamoune a estimé que le contenu du mémoire répond parfaitement aux normes de la méthodologie de recherche, notamment dans l’approche utilisée dans l’analyse sémiologique des images du film El mehna. M. Azzouzi a rappelé que le Dr Irchene a souvent encouragé le travail d’action dans une perspective globale ; former des jeunes en mesure de faire face aux contraintes de terrain à la fin de leur cursus universitaire. « Irchene était quelqu’un très porté sur la sémiologie filmique. Il s’est toujours distingué par ses travaux et ceux réalisés sous son encadrement », a-t-il laissé entendre devant une assistance composée, notamment d’étudiants et d’enseignants ayant connu le défunt. Un moment de fortes émotions dans la salle.
«Revisiter l’histoire»
Par ailleurs, d’autres enseignants de la même faculté, à savoir Abdelaaziz Djoudi, Samira Mammeri, Ghania Kabbache et Hocine Toumi ont également fait soutenir d’autres binômes ayant travaillé avec le défunt. Les mémoires portent toujours surtout sur la sémiologie de l’image, un des domaines de prédilection du Dr Abdelghani Irchen. « Ce n’est pas facile d’assister aux soutenances des travaux de recherche encadrés par quelqu’un qui n’est plus de ce monde. Lui, il est parti sans revenir mais ce qu’il a fait restera éternellement à l’université et dans la société », a déclaré Lynda Gani, chef de département des sciences humaines de l’UMMTO.
Pour revenir au contenu du mémoire sur la décennie noire dans le cinéma, les deux étudiants, ont, dans leurs présentation, souligné qu’au début des années 90, le cinéma algérien était confronté de manière directe aux aléas de la décennie noire. Le film El Mahna a constitué l’une des productions cinématographiques qui ont marqué cette période sanglante. Le choix du thème n’est pas fortuit puisque les deux étudiants veulent, disent-ils, travailler sur l’histoire du pays à travers l’art.
La décennie noire se présente comme une ère de l’histoire algérienne contemporaine. Le travail cinématographique sur cette période aide à comprendre davantage la mémoire collective nationale, ont-t-il ajouté, expliquant aussi que, en guise de conclusion, il ressort que le film étudié dans le cadre de ce mémoire n’est pas seulement une œuvre qui relate une période sanglante dans l’histoire puisqu’il a, ont-ils souligné, réussi à transformer des moments dramatiques en des leçons de courage et de citoyenneté. «L’objectif de ce genre de productions cinématographiques n’est pas pour rouvrir la plaie mais, il vise à revisiter l’histoire dans une perspective de sensibilisation et d’action en mesure de protéger la mémoire nationale pour que des événement tragiques similaires ne se reproduisent plus à l’avenir», ont-ils expliqué aussi tout en voulant présenter le film dans son contexte spatial et temporel.
Par ailleurs, l’étudiante Lamia Moualek qui a travaillé, elle aussi sous la coupe du défunt Abdelghani Irchen, s’est intéressée à une analyse sémiologique du film Touguourt dans son mémoire sur la représentation de la guerre d’Algérie dans les documentaires français. Il s’agit d’un court-métrage qui évoque un épisode de la guerre d’Algérie vécu par un jeune homme de 20 ans, appelé par l’armée française à s’engager contre des moudjahidine ayant pris les armes pour libérer leur pays.
L’étudiante en a exploré des éléments tels que la mise en scène, le cadrage, le montage et les symboles récurrents pour décoder les messages implicites de cette production. Elle a expliqué comment les films communiquent des significations et des émotions à travers des éléments visuels et sonores, au-delà du dialogue. Par ailleurs, il faut rappeler la parution, il y a quelques mois, d’un livre sur la sémiologie du film réalisé par Abdelghani Irchene avec sa collègue Samira Mammeri.
Un ouvrage qui explique les différentes étapes d’analyse des images, des sons, des cadrages et des montages afin de révéler des significations cachées dans l’histoire. Le défunt a toujours accompagné aussi des étudiants dans la réalisation de reportages sur l’histoire de la Révolution dans les villages de la wilaya de Tizi Ouzou. Dans ses travaux de recherche, il a également toujours interrogé la mémoire de la guerre de Libération nationale à travers des productions cinématographiques. Fahima Izerouel
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