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L’exemple du cinéma iranien doit nous interpeller

Par Akram El Kebir5 min de lecture
L’exemple du cinéma iranien doit nous interpeller
Résumé IA

À travers une comparaison entre les cinémas italien et iranien, l'auteur appelle l'Algérie à s'inspirer du modèle iranien pour relancer sa production cinématographique malgré des moyens limités.

L'article souligne que le cinéma iranien, malgré un environnement hostile et des moyens rudimentaires, a su imposer son authenticité à l'international, décrochant deux Palmes d'or à Cannes dont la dernière en 2025.

Il appelle les autorités algériennes à simplifier les procédures administratives et à multiplier les sorties de films, en s'appuyant sur le succès public récent de comédies comme « Poupiya » et « Première ligne ».

L'auteur plaide enfin pour un changement de mentalité afin d'augmenter le nombre de productions annuelles, critiquant l'excès de marketing qui nuit à la créativité dans le cinéma contemporain.

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El Watan

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Il a prouvé que pour faire du cinéma, il suffit qu’on ait deux personnes à l’intérieur d’une voiture et une caméra», disait, à propos du génial cinéaste italien Roberto Rossellini, le non moins génial cinéaste helvétique Jean-Luc Godard.

Si le cinéma italien, du moins celui qui a prévalu depuis la fin des années 1940 jusqu’à la fin des années 1970, est passé maître dans l’art de raconter la vie des petites gens, le cinéma iranien, que ce soit celui d’avant 1979 ou après, n’est pas en reste non plus. Le cinéma italien, de 1945 à 1978, a raflé un total de 11 Palmes d’or au Festival de Cannes, tandis que l’Iran a pu en décrocher 2, l’une en 1997 pour Le Goût de la cerise d’Abbas Kiasortami et la seconde, en 2025, pour Un simple accident de Jafar Panahi. L’écart peut sembler important, mais il n’en demeure pas moins que les deux distinctions obtenues par l’Iran relève du tour de force à une époque où aucun pays arabe (mis à part l’Algérie en 1975 avec Chronique des années de braises n’a pu décrocher cette fameuse Palme.

En vérité, la reconnaissance mondiale du cinéma iranien est d’autant plus méritoire que les cinéastes de ce pays ont souvent évolué dans un environnement compliqué, travaillant avec les moyens du bord et bravant les restrictions internationales et les censures locales.

A contrario, le cinéma italien, que ce soit celui du néoréalisme ou de la comédie, a prospéré et connu son âge d’or à l’époque de ce qu’on appelait «le boom économique». Chez les Iraniens, c’est, au contraire, avec des moyens rudimentaires et parfois une administration hostile que des gens comme Asghar Farhadi, Jafar Panahi, Bahman Ghobadi, Abbas Kiasortami ont fait des films poignants, déroutants, des films qui ont «bluffé» les cinéphiles du monde entier. On peut en citer Juste une nuit, Une séparation, Un héros, Hors-jeu, Le cercle et bien d’autres encore. A simplement regarder un film iranien, on a l’impression, presque miraculeuse, de se retrouver à Téhéran. Cette authenticité et cette façon de faire doivent nous interpeller, nous autres Algériens, car elles nous démontrent qu’il ne faut, forcément, pas des moyens himalayesques pour faire de bons films. Qu’il suffit de savoir raconter son époque, sa société, faire travailler son imagination et traîner sa caméra loin des sentiers battus.

L’administration doit aussi jouer le jeu en facilitant l’octroi des autorisations et faire barrage à la bureaucratie. Les succès des dernières comédies algériennes, à l’image de la désopilante Poupiya de Yacine Bouaziz (2026) ou encore Première ligne de Merzak Allouache (2025) démontrent irrévocablement que le public algérien est bien là et que non content de se contenter des plateformes, il va voir les films de son pays dans les salles obscures. D’où l’urgence de satisfaire la demande en augmentant, d’un côté, le nombre de multiplexes et, de l’autre, le nombre de sorties annuelles de films algériens. D’où aussi l’importance que les multiplexes n’ouvrent pas leurs portes aux seuls films algériens à gros budgets, même également à ceux qui font du cinéma d’auteur, avec un budget modeste, voire rachitique. Autrefois, certains cinéastes, à travers le monde, allaient jusqu’à réaliser deux films par an.

Aujourd’hui, cela relève de l’impensable tant le film doit d’abord être annoncé plusieurs mois à l’avancer, puis, une fois sorti, doit être rentabilisé jusqu’au dernier ticket, pour ensuite marquer un effet d’attente à la suite de quoi, seulement, on daigne annoncer (au bout d’au moins trois ans) la sortie d’un nouvel opus. Aujourd’hui, le trop-plein de marketing a fini par nuire à l’esprit de créativité si bien que si on veut, à l’avenir, voir plusieurs sorties algériennes par an (à raison d’un ou deux films par mois), il faut d’abord procéder à un changement de mentalité.

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