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Pr Farid Rahal. Enseignant-chercheur à l’Université des sciences et technologies Mohamed- Boudiaf d’Oran : «Nos villes devraient développer davantage d’espaces verts, d’ombre et de points d’eau»

Par Sofia Ouahib12 min de lecture
Pr Farid Rahal. Enseignant-chercheur à l’Université des sciences et technologies Mohamed- Boudiaf d’Oran : «Nos villes devraient développer davantage d’espaces verts, d’ombre et de points d’eau»
Résumé IA

Météo Algérie a placé les wilayas côtières en vigilance canicule, due à un anticyclone sur l'Europe-Méditerranée et de l'air saharien, dans un contexte de vagues de chaleur répétées en 2026.

Le nord de l'Afrique se réchauffe plus vite que le reste du continent, Constantine ayant battu son record à 45,3°C, tandis que l'effet d'îlot de chaleur urbain maintient des nuits trop chaudes dans les grandes villes.

Les risques sanitaires incluent stress thermique cumulé, surcharge cardiovasculaire et pollution à l'ozone, sans oublier le danger d'incendies, les prévisions annonçant des phases successives de chaleur jusqu'au 10 août.

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Quelles sont les causes de cette nouvelle hausse des températures en Algérie ?

Effectivement, Météo Algérie annonce une vigilance canicule pour l’ensemble des wilayas côtières du pays. Le déclencheur météorologique direct de la chaleur actuelle est surtout la configuration anticyclonique sur l’Europe–Méditerranée. En effet, cette zone de hautes pressions favorise la subsidence de l’air. C’est-à-dire l’air descend, se comprime et se réchauffe. Cette situation anticyclonique limite également la formation de nuages et augmente l’ensoleillement. En outre, nous assistons actuellement à une remontée d’une masse d’air très chaude depuis le Sahara. Les situations anticyclonique peuvent maintenir les masses d’air chaud plusieurs jours. Ce n’est pas l’Algérie seulement qui est touchée par cette vague de chaleur mais aussi l’Europe qui connaît des températures encore plus intenses en raison du dôme de chaleur qui emprisonne et comprime l’air chaud au-dessus d’une vaste zone allant de l’Espagne à l’Europe centrale.

S’agit-il d’une vague de chaleur exceptionnelle ou d’un phénomène habituel pour cette période de l’année ? 

Pour l’Algérie, avoir des températures élevées début août est tout à fait habituel. En revanche, l’épisode actuel ne doit pas être considéré comme une simple situation estivale normale. Ce qui rend l’été 2026 particulièrement préoccupant est la répétition des vagues de chaleur, leur durée et leur étendue géographique.

Quel rôle jouent les changements climatiques dans la fréquence et l’intensité de ces épisodes de chaleur ?

La vague de chaleur actuelle ne peut pas être attribuée uniquement au changement climatique. Cependant, le réchauffement climatique augmente fortement les conditions de départ de la vague de chaleur qui permettent à cet épisode d’atteindre des températures plus élevées et dans certains cas, de durer davantage.

Il est important de noter que l’Algérie et plus généralement l’Afrique du Nord est l’une des régions africaines qui se réchauffe le plus rapidement. L’Organisation mondiale de la météorologie indique que l’Afrique du Nord a enregistré le réchauffement le plus rapide du continent et que les extrêmes thermiques y sont déjà importants. Le 16 juillet dernier, la station météorologique de Constantine a enregistré une température de 45,3°C battant ainsi un nouveau record pour cette station

Le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), qui est un organisme de l’organisation des Nations unies, considère que les pays méditerranéens méridionaux, dont l’Algérie, sont particulièrement vulnérables aux conséquences du réchauffement, notamment à cause de la combinaison de la chaleur, la sécheresse et le stress hydrique.

Pourquoi certaines régions sont-elles plus touchées que d’autres ?

Effectivement, les différences régionales sont très importantes en Algérie, car une vague de chaleur ne produit pas les mêmes températures partout. Elles résultent de l’interaction entre latitude, altitude, distance à la mer, relief, circulation atmosphérique, nature des sols et urbanisation. Par exemple, la proximité de la mer méditerranée provoque un effet modérateur. En effet, les villes côtières comme Oran, Alger, Béjaïa ou Annaba bénéficient généralement de l’influence thermique de la Méditerranée. La mer se réchauffe et se refroidit plus lentement que les terres. Elle peut donc limiter les températures maximales, notamment lorsque la brise marine se met en place. Alors que les Hauts-Plateaux et les régions continentales, comme autour de Constantine, Batna, Sétif ou Djelfa, sont beaucoup moins influencés par la mer. Ces régions intérieures accumulent davantage de chaleur.

L’absence d’un effet maritime important permet alors aux températures maximales de devenir beaucoup plus élevées. Le Sahara constitue une source majeure d’air chaud, ce qui influe fortement sur les températures de nos villes sahariennes mais aussi sur les régions plus au Nord à cause des remontées d’air qui atteignent régulièrement l’Europe. Enfin, il est important de savoir que les villes peuvent encore amplifier la chaleur. Dans une ville comme Alger ou Oran, les bâtiments, routes et surfaces minérales absorbent le rayonnement solaire pendant la journée puis restituent une partie de cette énergie durant la nuit. Ce qui constitue des îlots de chaleur urbain. Ce phénomène est particulièrement important lorsque le vent est faible, le ciel dégagé, la végétation limitée et la densité bâtie est élevée. Cela explique notamment pourquoi les températures nocturnes urbaines peuvent rester élevées, même lorsque la température diminue rapidement dans les zones rurales voisines.

Combien de temps cette vague de chaleur pourrait-elle durer ?

Pour la prochaine semaine, les prévisions disponibles suggèrent qu’il ne s’agit pas nécessairement d’une seule vague continue d’intensité constante. Il semble plutôt y avoir des phases successives de chaleur, avec une atténuation temporaire dans certaines régions, comme Oran ou Alger puis une nouvelle remontée vers le 9–10 août. Quant aux régions du Sud, la chaleur devrait être beaucoup plus persistante, car elle s’inscrit dans le régime thermique habituellement très chaud du Sahara.

Quelles sont les conséquences les plus préoccupantes sur la santé publique ?

Les conséquences les plus préoccupantes d’une vague de chaleur sur la santé publique ne se limitent pas aux coups de chaleur. Le principal problème est l’accumulation du stress thermique, particulièrement lorsque les températures restent élevées pendant plusieurs jours et que les nuits ne permettent pas au corps de récupérer. L’Organisation mondiale de la santé considère la chaleur extrême comme l’un des risques sanitaires les plus importants associés au changement climatique. En plus de la déshydratation, les vagues de chaleur peuvent aggraver les maladies cardiovasculaires, car l’organisme doit augmenter la circulation sanguine vers la peau afin d’évacuer la chaleur. Ce qui impose un effort supplémentaire au système cardiovasculaire des personnes exposées aux canicules. Les épisodes de forte chaleur peuvent aussi être associés à des situations de pollution atmosphérique accrue, car les conditions chaudes et stagnantes favorisent la formation et l’accumulation de certains polluants. A l’instar de l’ozone au niveau du sol dont la formation est favorisée par ce genre de situation météorologique. Des niveaux élevés des concentrations d’ozone et d’autres polluants, peuvent aggraver les maladies cardiovasculaires et respiratoires

En quoi ces températures élevées augmentent-elles le risque d’incendies de forêt ?

Les températures élevées augmentent fortement le risque d’incendies de forêt, mais elles ne constituent pas, à elles seules, la cause d’un départ de feu. Elles créent surtout des conditions qui rendent la végétation plus sèche, plus inflammable et plus difficile à protéger. La présence humaine à proximité des espaces forestiers peut contribuer au risque de départ de feu dont la propagation est fortement accentuée en cas de vents forts et secs.

Quels indicateurs les services météorologiques surveillent-ils pour anticiper ces épisodes ?

Les services météorologiques surveillent plusieurs indicateurs pour anticiper les épisodes de chaleur. La température maximale et minimale et leur écart aux normales permettent d’évaluer l’intensité et le caractère exceptionnel de l’épisode. La «température à 850 hPa» et le «géopotentiel à 500 hPa» renseignent sur l’arrivée de masses d’air chaudes et les situations anticycloniques. L’humidité, le vent, le rayonnement solaire et la nébulosité permettent d’évaluer le stress thermique et l’assèchement des sols. En outre, les services météorologiques s’appuient fortement sur la modélisation et la simulation numérique pour prévoir les épisodes de chaleur. Les données provenant des satellites, stations météorologiques, radars et radiosondages sont assimilées dans les modèles numériques de prévision météorologique qui simulent l’évolution de l’atmosphère et prévoient température, pression, vent et humidité. Des prévisions d’ensemble permettent d’évaluer différents scénarios et la probabilité d’une vague de chaleur.

Quelles mesures les autorités devraient-elles renforcer pour limiter les impacts de ces épisodes de chaleur ?

Généralement, les pouvoir publics devraient renforcer les systèmes d’alerte précoce fondés sur les prévisions météorologiques et des seuils de température adaptés à chaque région, afin d’anticiper les épisodes de chaleur et d’informer rapidement la population. C’est ce que réalise Météo Algérie en émettant des BMS. Il serait souhaitable que des campagnes de sensibilisation rappellent les mesures de prévention, notamment l’hydratation et la limitation des activités aux heures les plus chaudes. Une attention particulière doit aussi être accordée aux personnes vulnérables, notamment les personnes âgées, les enfants et les travailleurs exposés comme ceux du secteur de la construction ou de la sidérurgie.
Nos villes devraient développer davantage d’espaces verts, d’ombre et de points d’eau pour réduire l’effet d’îlot de chaleur urbain et créer des îlots de fraîcheur. Les dernières campagnes de reboisement massif représentent de louables initiatives qui méritent d’être encouragées, accompagnées et reproduites.
La prévention des incendies de forêt devraient également être renforcées, notamment par la surveillance des zones à risque et la limitation des activités susceptibles de provoquer des départs de feu. C’est ce que réalisent avec beaucoup de courage et d’abnégation les éléments de la protection civile qui doivent être appuyés par l’imagerie satellitaires et aussi aérienne, notamment celle issue des drones en raison de l’immensité de notre territoire. Les services de santé, les réseaux d’alimentation en eau et en électricité devraient être préparés en anticipant les périodes de forte demande. A long terme, la réduction des émissions de gaz à effet de serre reste indispensable pour limiter l’aggravation de ces épisodes.

Quels enseignements l’Algérie peut-elle tirer des précédentes vagues de chaleur pour mieux s’y préparer ?

Il s’agit pour notre pays de passer d’une gestion d’urgence à une véritable stratégie anticipative et durable.

Mais cette stratégie a besoin de spécialistes pour la mettre en œuvre. D’où l’importance de la formation. Ce travail commence déjà à porter ses fruits puisque des universités comme celle de Constantine, Blida et l’USTO-MB à Oran ont déjà formé plusieurs promotions en master professionnel dédié à l’efficacité énergétique. Ces spécialistes sont ainsi aptes à améliorer l’isolation des bâtiments de nos villes et à concevoir des solutions techniques permettant d’éviter l’apparition des ilots de chaleur. J’ai donné l’exemple du secteur de la construction, mais l’ensemble des autres secteurs sont concernés afin d’établir une stratégie de lutte contre les phénomènes météorologiques extrêmes qui soit cohérente, efficace et anticipative.

Propos recueillis par Sofia Ouahib

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