Drame de Ceuta (enclave espagnole) : Au-delà des bilans macabres, l’incertitude continuelle…

L'AMDH estime à 130 le nombre de morts lors de l'entrée massive de 70 000 Marocains à Ceuta fin juillet, un bilan bien supérieur aux 79 annoncés par l'Espagne et aux 11 du Maroc.
Environ 3 000 migrants restent cachés dans les collines de Ceuta, refusant de rentrer, tandis que 30 familles ont signalé la disparition d'un proche à l'AMDH.
Les militants de l'AMDH lient ce drame au désespoir de la jeunesse marocaine, frappée par le chômage, la pauvreté, la vie chère et l'absence de politique sociale claire.
Après avoir ouvert les frontières pour laisser passer les migrants, le pouvoir marocain les a ensuite réprimés durement, laissant la situation dans l'incertitude et l'inquiétude.
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Plus d’une semaine après l’invasion de Ceuta par près de 70 000 Marocains de tous âges, l’Association marocaine des droits humains (AMDH), par le biais de deux de ses militants, en l’occurrence Jamila el-Abboudi et Saïd Tbel, revient sur ce drame, en accordant un entretien au site InfoMigrants.
«Nous sommes présents sur le terrain et en contact avec la morgue de Tétouan pour la partie marocaine. Nous échangeons également avec des associations, des journalistes et d’autres acteurs présents à l’intérieur de Ceuta. En compilant les données obtenues côté Ceuta et côté Maroc, nous arrivons à ce nombre de 130 décès».
Or, les autorités espagnoles font état de 79 décès, leurs homologues marocaines s’obstinent à avancer le chiffre de 11 seulement.
«Des migrants se trouvent toujours à l’intérieur de Ceuta. Selon nos estimations, environ 3000 personnes y sont encore. Elles refusent de revenir au Maroc et restent cachées, notamment dans les collines.» Quant aux disparus, «30 familles ont signalé à l’AMDH la disparition d’un proche».
Ce drame a fait le tour du monde. Jamila el-Abboudi et Saïd Tbel en reparlent et tentent d’apporter des explications. «Les vidéos d’une Marocaine arrivée à Ceuta quelques jours avant l’afflux du 30 juillet faisant un signe de victoire devant les caméras du média local El Faro de Ceuta ont été visionnées plusieurs millions de fois et ont même été diffusées dans des journaux télévisés nationaux. La viralité de ces contenus montre à quel point l’absence de perspectives d’avenir touche aujourd’hui toute une génération.»
Ils rappellent les jeunes de la GenZ 212 dont la colère indiquait un futur compliqué au royaume. «Récemment, de nombreux jeunes de la GenZ 212 ont manifesté pour un changement démocratique. Ils ont été réprimés et arrêtés. Certains sont aujourd’hui prisonniers politiques. Tous ces facteurs font que pour beaucoup de jeunes au Maroc, l’émigration est devenue la seule perspective d’avenir.»
«Pas de politique sociale claire»
Des manifestations qui ont fait trois morts et au moins 1000 personnes ont été interpellées. «Et la situation est globale dans tout le pays, autant dans les villes que dans les zones rurales. Le chômage continue d’augmenter, tout comme la pauvreté. Le système éducatif est en difficulté, le coût de la vie ne cesse de grimper et la population, en particulier les jeunes, est plongée dans un profond désarroi. Et les politiques publiques n’ont pas été assez efficaces, voire parfois inefficaces, par rapport aux fléaux sociaux comme le manque de travail des jeunes par exemple. Même pour ceux qui travaillent, le salaire minimum est faible et c’est assez dur pour ces travailleurs de vivre normalement (…) Il n n’y a pas de politique sociale claire pour répondre aux problèmes sociaux et à cette situation de désarroi…»
Après leur avoir ouvert ses frontières terrestres et maritimes pour inciter les migrants à l’envahissement de Ceuta, le Makhzen, ayant échoué dans sa stratégie machiavélique, a eu recours à une sévère répression contre ces mêmes migrants (interpellations, torture, emprisonnements…). Jusqu’ici, des bilans contradictoires ont été établis, mais la situation n’est guère réglée. C’est l’heure de l’incertitude. Et l’inquiétude est omniprésente. Le volcan est loin d’être éteint…Chahredine Berriah
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