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Quel rapport y a-t-il entre un héros et une mouche ?

Par R. C.•3 min de lecture
Brifa
Quel rapport y a-t-il entre un héros et une mouche ?
Résumé IA

Le nom « Antara », qui désignait à l'origine une mouche bleue importunant le bétail, a été donné à un esclave pré-islamique avant de devenir synonyme de courage grâce aux exploits du poète-guerrier Antara ibn Chaddad.

Fils d'une esclave abyssinienne et d'un chef tribal, Antara a conquis sa liberté et la reconnaissance de son père par sa bravoure au combat et son talent poétique, transformant ainsi le sens péjoratif de son prénom en un titre honorifique.

Aujourd'hui encore, de nombreux parents nomment leurs fils Antara ou Antar dans l'espoir qu'ils incarnent les vertus héroïques du champion de la tribu des Bani Abs.

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Par Ahmed Gasmia 

Antara ibn Chaddad (ou Antar), le poète pré-islamique est connu pour avoir réussi, grâce à sa bravoure, à passer du statut d’esclave à celui d’homme libre et à devenir le champion de sa tribu (les Bani Abs). Au-delà de ses qualités guerrières, cet homme a eu une influence d’ordre linguistique. Et non, ce n’est pas à travers ses poèmes.

Du moins pas uniquement. Il s’agit d’autre chose…et de manière indirecte. Un indice: C’est lié à son prénom.  Beaucoup savent que son prénom est synonyme de courage et a donné même un verbe: «Taantara» qui signifie «tenter de se montrer courageux», parfois avec un sens légèrement moqueur, manière de dire qu’Antara reste inégalable.  Mais où est-ce que je veux en venir ? Eh bien, je vous l’annonce, le beau prénom d’Antara (ou Antar) que beaucoup portent aujourd’hui n’était pas aussi beau avant. En fait, le mot «Antara» veut simplement dire «mouche» et plus précisément une espèce de mouche bleue qui aimait importuner les bêtes. Mais comment est-ce possible ? 

Comme je l›ai mentionné plus haut, Antara était un esclave et on ne donnait pas aux esclaves des prénoms qui pouvaient ressembler à ceux des hommes libres.   Ce poète au verbe retentissant était le fils d’une esclave abyssinienne et d’un chef tribal arabe qui n’a reconnu son fils que lorsque celui-ci s’était illustré au combat, arrachant à la fois sa liberté et le statut du fils du boss. 

Certains prénoms d’esclave pouvaient être poétiques évoquant des pierres précieuses et toutes sortes de bijoux. Et on devait donner des prénoms aux esclaves car ceux-ci étaient bien souvent des étrangers aux noms imprononçables. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le jeune Antara n’ a pas eu le privilège d’avoir un joli prénom comme d’autres esclaves dont sa propre mère, baptisée «Zabiba» qui veut dire raisin sec. Mais Antara, avec sa force de caractère et sa personnalité a réussi à changer les choses en brillant en tant que poète et en tant que chevalier dont la réputation a très vite fait le tour de la péninsule arabique. Comme par magie, la «mouche bleue» était devenue un prénom prestigieux, celui d’un héros qui brave tous les dangers pour l’honneur de sa tribu et pour gagner le coeur de sa bien-aimée (oui, parce qu’il y a une femme aussi dans l’histoire).

Peu à peu, on commençait à appeler les nouveaux-nés «Antara» ou «Antar» en caressant l’espoir de les voir devenir d’intrépides guerriers comme le champion des Bani Abs. Pourquoi parle-t-on de ce héros ? Pour méditer. Antara a réussi à modifier son destin et, pour toutes les générations à venir, la signification d’un mot. Il aurait pu changer de prénom, il a fait mieux, il a changé son sens. 

En attendant le prochain CQCM, faites attention aux mots…

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