Escales dans certains sites balnéaires de la côte turquoise : Entre fournaise des bas-fonds et brise marine

En pleine canicule, les habitants d'Alger affluent vers les plages de la côte turquoise — R'mila, El Kettani, La Vigie — pour fuir la chaleur étouffante de leurs quartiers.
La journée, familles et personnes âgées investissent la marina et l'esplanade, tandis que d'immenses tapis d'algues brunes reviennent sans cesse souiller le rivage malgré les nettoyages.
Dès la tombée de la nuit, l'esplanade El Kettani s'anime : riverains et visiteurs déambulent, mangent des glaces et profitent de la brise marine pour échapper à l'humidité accablante des bas-fonds.
Plus loin, la plage de La Vigie attire aussi les familles mais reste marquée par les algues et le racket de « parkingueurs » qui exigent de l'argent aux automobilistes en toute impunité.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Par Farouk Baba-Hadji
Les plages R’mila et El Kettani, une marina à deux bassins où viennent les familles y évacuer le stress thermique dans une atmosphère où le mercure caracole avec les 40°, voire plus en cette saison des vagues caniculaires, générées en partie par les feux de forêts. La moiteur, elle, rajoute une couche, ce qui pousse les mômes à «tarabuster» leurs papas, mamans ou mamies à les accompagner dès les premières heures de la matinée pour y faire trempette.
D’autres grappes de jeunots sont déjà là à se rafraîchir sur le bandeau de sable en arc, après que l’astre flamboyant eut irradié de ses rais la baie d’Alger et les contreforts de la cité. Ils ont installé leurs parasols, tables et chaises au bord de la plage où débarquent quelques marins pêcheurs dans leurs felouques, après avoir récupéré leurs filets jetés la veille dans le large, les uns retournent bredouilles, d’autres se contentent d’une timide «récolte».
Des familles des quartiers environnants, comme Oued Korich, La Qâsbah, Notre-dame d’Afrique, de Z’ghara et bien sûr de la cité populeuse qu’est le chef-lieu de Bab El Oued forment le plus gros du contingent des baigneurs et de ceux en quête de détente et de farniente. Vers les coups de midi, sous les dards du soleil de Zénith, c’est le ramdam dans les abords de cette marina qui permet aux estivants, notamment les petiots de se soustraire à la fournaise de leurs chaumières.
Cela offre bien entendu à la gent féminine, les mamans et les mamies notamment, un bol d’oxygène, un moment de détente bien que le taux d’hygrométrie élevé les plonge dans un certain inconfort lors de ces journées aoûtiennes. Ces dernières conversent à perte de salive entre elles, reçoivent leurs voisines venues au fil des heures agrandir le cercle des potins. Elles gesticulent, se lèvent, avant de se rasseoir pour déballer le contenu des sachets de victuailles qu’elles étalent à même la natte en nylon ou la serviette. Certaines d’entre elles surveillent les plus petits qui gambadent sur le rivage au gré du ressac. Quelques vieux, adossés à un muret, loin du tumulte, sirotent un café tout en s’adonnant à une partie de dominos. Difficile pour les «retardataires» de se frayer une place au… soleil.
Les premiers arrivés, les premiers «mieux» servis dans cette double anse, une réalisation qui rente dans le cadre du projet de requalification de cette portion littorale. Alger s’est jurée de ne plus tourner le dos à la mer, un challenge que les autorités s’emploient depuis quelques années à relever.
Dès lors, il s’agit de capitaliser le littoral au grand bonheur de ses pensionnaires et des visiteurs. Redonner fière allure au littoral algérois… Un seul bémol, les énormes tapis d’algues brunes, qui viennent s’y jeter sur le rivage, causant, il va sans dire des désagréments aux baigneurs. Bien que l’établissement de wilaya chargé de l’hygiène et de la protection de l’environnement (HUPE) s’affaire à coup de tractopelle, à débarrasser les lieux, des envahissants végétaux aquatiques, phénomène généré par le dérèglement climatique, ceux-ci, charriés par les courants, s’entassent de nouveau le long du rivage, et qui, une fois en état de décomposition, laissent flotter des effluves d’œuf pourri.
A un jet de pierre de l’esplanade, une digue de protection tempère la furie des vagues, et le long de laquelle quelques passionnés de la pêche à la ligne s’installent sur les rochers pour taquiner le goujon. Des jeunes font des va-et-vient le long de l’esplanade El Kettani, joliment réaménagée depuis l’an dernier au profit des promeneurs et des familles en quête de brise marine. Un parcours aussi bien pédestre que cyclable qui s’étire sur quelque 1200 mètres et qui relie la plage R’mila à la plage Qaa Essour. Flanquées de leur marmaille, des mères se dirigent tout droit vers cette bande sablonneuse, du moins une partie de la plage, située en contrebas du palais des Raïs.
L’escapade nocturne
Dès les premières lueurs crépusculaires, l’animation se veut fébrile. Un véritable tohu-bohu gagne le soir l’esplanade El Kettani, invitant les riverains, grands et petits, filles et garçons, à investir le parcours sous l’astre lunaire que la lumière du soleil vient de rosir. Pour certaines familles, c’est le moment de décompresser, surtout celles habitants les bas-fonds de la cité. «Toute la journée, c’est la fournaise et le taux d’humidité est extrêmement élevé. Nous profitons le soir pour venir décompresser et humer les embruns de la mer», dira une dame, une septuagénaire à une proche à elle, venue de l’intérieur du pays, passer quelques jours. Deux dames septuagénaires, l’une s’appuyant sur l’autre, occupent un banc. Elles prêtent leur visage aux câlins de la brise marine. «Après une journée de cagnard, cela nous fait du bien de nous prélasser dans cette esplanade», dira la plus âgée qui ajuste son foulard. Les échoppes vendant la glace ne désemplissent pas : les jeunots s’arrachent les cornets de glace et sorbets sur le perron des établissements, dont certains proprios profitent de l’aubaine estivale, en installant la machine à glace à l’italienne, leur permettant d’engranger de substantiels gains.

La Vigie, lieu de prédilection des familles …
Le long de la côte turquoise, les plages sont, elles aussi, prises d’assaut. Les estivants évitent, cependant, de fréquenter celles dont le rivage est envahi par les nuisibles herbes marines, comme la plage Eden et d’autres criques ou calanques nichées sur le bas des remparts du front de mer. Au lieu dit Laayoun où une entreprise, Meditram en l’occurrence, s’attelle depuis plus une année dans le cadre de la protection et de l’aménagement de la façade maritime, à effectuer des travaux de terrassement et d’enrochement, des groupes d’ados s’aventurent au loin à faire trempette dans le petit bassin et le grand bassin de l’Eden, car la plage est impropre à la baignade à cause des radeaux d’algues brunes. Faisant montre d’intrépidité et mus par un esprit compétiteur, des jeunes, les pieds sur le rebord du rocher du grand bassin, piquent une tête avec cette sensation géniale du plongeon dit la «mouriska» (pour l’amour du risque).
A hauteur des Deux-Chameaux, l’Olivier ou le Bar, des essaims de jeunots prennent possessions des rochers pour se mettre à l’abri de la déferlante d’algues brunes. Plus loin, le site balnéaire dit la Vigie est plus ou moins accueillant. Sur l’ensemble des quatre plages, deux ou trois sont propres à la baignade. Celles-ci attirent beaucoup de baigneurs, notamment les familles qui s’y rendent pour permettre à leurs mômes de se rafraîchir. Si ce lieu reste sécurisé et synonyme d’échappée belle, la redondante question des parkingueurs impénitents reste toujours d’actualité.
Ces derniers, bombant le torse, surgissent de nulle part pour forcer les pères de famille qui garent leurs carrosses, à leur remettre la thune avant de débarquer sur la plage… De petits nababs qui bravent l’autorité en toute impunité. D’autres plages le long de cette côte comme la plage Colonel-Abbas qui, par endroits, n’est pas moins infecte, n’échappe pas non plus aux gardiens auto-proclamés de véhicules.
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler