Réforme de l’école : Une polémique de plus en plus idéologique

La réforme de l'école algérienne suscite une polémique de plus en plus idéologique, impliquant pédagogues, partis politiques et acteurs religieux autour des programmes et des langues.
Le pédagogue Ahmed Tessa, prônant plus de philosophie et moins de mémorisation, a essuyé des attaques du courant islamiste sur son rapport à l'arabe et à l'enseignement religieux.
Louisa Hanoune (PT) réclame l'intervention du président et le report de la réforme, exigeant un débat d'experts fondé sur des critères pédagogiques plutôt que sur des rapports de force.
L'Association des oulémas appelle à dissocier le débat pédagogique de la polémique idéologique, dénonçant l'intimidation et l'instrumentalisation de la mémoire nationale pour imposer des orientations.
Publié par
El Watan
Publié le
Article Original
Contenu complet de la source
Les réformes annoncées dans le secteur de l’éducation vont-elles réellement aboutir ? La question se pose au moment où les changements envisagés ont suscité une vive polémique, dépassant rapidement le cadre des seuls choix pédagogiques. La place accordée aux différentes matières, la question des langues et, plus largement, les orientations retenues pour l’école ont donné lieu à des prises de position qui mêlent considérations pédagogiques, linguistiques, identitaires et idéologiques.
Cette semaine, l’Association des oulémas a ainsi emboîté le pas à plusieurs acteurs et parties qui se sont exprimés sur cette polémique, parmi lesquels le pédagogue Ahmed Tessa, Louisa Hanoune, secrétaire générale du Parti des travailleurs (PT), ou encore Abdelaziz Makri, ancien président du Mouvement de la société pour la paix. Ahmed Tessa, qui s’est exprimé sur El Khabar TV, a défendu une vision de l’école fondée notamment sur le renforcement de la philosophie et la réduction de la place accordée à certaines matières à forte dominante mémorielle. Les propos de Tessa ont suscité de vives réactions et des attaques notamment du courant islamiste portant notamment sur son rapport à la langue arabe et sur ses positions supposées à l’égard de l’enseignement religieux, ce qu’il a réfuté.
De son côté, Louisa Hanoune a demandé une intervention du président de la République, allant jusqu’à réclamer le report de la réforme. Face à cette polémique, la SG du PT a réclamé l’ouverture d’un débat sur la réforme, estimant que des questions aussi importantes pour l’avenir de l’école ne peuvent être tranchées sans l’implication des experts et des professionnels du secteur.
Pour elle, les choix concernant les programmes, les matières et les langues doivent faire l’objet d’une réflexion approfondie, fondée sur des considérations pédagogiques plutôt que sur des positions idéologiques ou des rapports de force. Notons que sur la question des langues, le débat tend ainsi à se déplacer vers le terrain identitaire, alors que l’Association des oulémas appelle à l’aborder plutôt à partir de leur utilité et de critères strictement pédagogiques. Sur la philosophie, elle estime que l’esprit critique ne se construit pas uniquement par la présence d’une matière dans l’emploi du temps. Il dépend également, selon elle, «de la qualité de celui qui enseigne et de la sincérité de ce qu’il enseigne».
Ils «savent crier mais ne savent pas argumenter»
Elle appelle ainsi à «ouvrir un débat sur le comment et non sur l’existence», considérant que cette approche serait plus utile aux élèves qu’une «bataille des quotas». Au-delà des choix concernant les matières et les langues, le communiqué rendu public par l’Association s’en prend surtout à certaines méthodes utilisées dans la polémique. Elle critique certaines «voix discordantes» qui, selon elle, «savent crier mais ne savent pas argumenter», et met en outre en garde contre l’utilisation de la mémoire nationale dans une polémique portant sur les programmes scolaires. Les sacrifices des Algériens, estime-t-elle, ne sauraient être utilisés pour faire pencher le débat en faveur d’une orientation pédagogique particulière. Pour elle, celui qui possède la preuve et l’argument n’a pas besoin de recourir à l’intimidation. Ce qui devait être une réforme du système éducatif est ainsi devenu un débat où se croisent pédagogie, langues, identité, valeurs et politique.
L’appel de l’Association des oulémas à séparer le débat pédagogique de la polémique idéologique intervient à un moment où les positions se durcissent et où les questions scolaires sont de plus en plus chargées de considérations extra-pédagogiques. Une chose est certaine : au-delà de la place de la philosophie et du français, c’est la méthode même de réforme de l’école qui se retrouve aujourd’hui au cœur du débat. Reste à savoir si les appels à recentrer le débat sur les critères pédagogiques seront entendus.
Nabila Amir
Posez votre question à la rédaction
Votre question…
Prénom ou pseudo *
Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.
Votre question * 0/1000
Envoyer Annuler