Face aux «orages de feux» : Une mission inédite pour mieux les comprendre

Les «orages de feux» ou pyrocumulonimbus, observés pour la première fois en France en Gironde, créent leurs propres vents violents et projettent des braises qui accélèrent les mégafeux.
Leur fumée atteint la stratosphère jusqu'à 50 kilomètres d'altitude et peut se propager à l'échelle planétaire, un phénomène rare en Europe depuis le Portugal en 2017.
La mission INSPYRE mobilise 150 chercheurs aux États-Unis avec un Gulfstream V du NCAR, un avion NASA et des équipes au sol pour prélever et analyser cette fumée en plein incendie.
L'objectif est de comprendre leur formation, la quantité de fumée injectée et leur fréquence croissante liée au réchauffement climatique.
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El Watan
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Alors que les feux de forêt touchent la France, l’Espagne, les États-Unis et le Canada, un phénomène inquiète : celui des «orages de feux». Ce phénomène, qui apparaît lors de certains mégafeux, a été observé pour la première fois en France et plus précisément en Gironde. Aux Etats-Unis, une mission va étudier ce phénomène de près.
U n été sous le signe des flammes. Alors que le quatrième épisode de très fortes chaleurs de l’année touche la France, l’actualité est rythmée par les nombreux incendies. En France, tous incendies confondus, ce sont actuellement 116 085 hectares qui ont été brûlés. L’Espagne est également en proie 10 de violents incendies, tandis que le Canada et les États-Unis font face à des mégafeux. Véritable catastrophe écologique et économique, un phénomène rare inquiète les pompiers, celui des «orages de feux» observés pour la première fois sur le territoire français en Gironde.
Ces orages de feu sont «composés d’air chaud ascendant, de fumée et d’humidité, qui accélèrent les incendies grâce à des vents violents et des braises projetées dans le ciel, devrait devenir plus fréquents en Europe à mesure que les feux de forêt s’y intensifient», explique NewScientist. Ils peuvent aussi provoquer «leurs propres phénomènes météorologiques, notamment des vents et des orages susceptibles de déclencher de nouveaux incendies», ajoute la prestigieuse revue Nature.
Les conséquences des orages de feux qui inquiètent les pompiers
Aussi appelés «flammagenitus» ou «pyrocumulonimbus», ces «orages de feux» peuvent également avoir des conséquences planétaires. La fumée étant projetée dans la stratosphère, c’est-à-dire la couche de l’atmosphère terrestre située entre 10 et 50 kilomètres d’altitude, cette dernière peut se propager à travers le globe. «Nous savons que les orages de feux peuvent affecter de vastes régions, voire des hémisphères entiers», explique à Nature David Peterson, climatologue au Laboratoire de recherche naval des États-Unis à Monterey, en Californie, et responsable scientifique de la mission, auprès de Nature.
Mais ce phénomène rare en Europe (le dernier cas remontait en 2017 au Portugal) est difficilement étudiable. «Nous sommes actuellement confrontés à une pénurie de données», explique dans Nature Joshua Schwarz, chimiste de l’atmosphère à l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique (NOAA) et membre du projet INSPYRE. C’est pour mieux comprendre ce phénomène, et particulièrement leur formation, la quantité de fumée qu’ils rejettent dans la stratosphère et s’ils deviennent plus fréquents avec le réchauffement climatique, qu’une mission encore inédite s’apprête à avoir lieu aux États-Unis.
Une mission inédite pour étudier ce phénomène peu connu
En effet, alors que les feux ravagent l’Oregon (États-Unis), pour la première fois, un avion va décoller avec pour objectif de prélever des échantillons de cette fumée. L’avion Gulfstream V, du National Center for Atmospheric Research (NCAR), «est équipé de systèmes de filtration d’air pour assurer un environnement respirable aux chercheurs». En parallèle, un avion à réaction de la NASA, volant à haute altitude, «utilisera des instruments infrarouges pour scruter les pyrocombustions depuis les airs». Baptisé INSPYRE (Injected Smoke and Pyrocumulonimbus Experiment), «cette campagne vise à obtenir une vision inédite des nuages de fumée depuis le sol. Plus de 150 chercheurs y participent, dont des scientifiques de plusieurs universités». Autre levier d’action ? Des chercheurs au sol «utiliseront des technologies, telles que des radars mobiles et des ballons-sondes météorologiques pour mesurer les conditions qui alimentent ces nuages». Dans le journal américain, Neil Lareau, climatologue à l’Université du Nevada, à Reno, qui dirige l’équipe de surveillance au sol, résume : «C’est en quelque sorte de la traque des incendies, comme on le ferait après de violents orages.»
Pendant longtemps ce phénomène est resté à la marge des études. Le premier cas avait été relevé par des données satellitaires en 1998 mais les premières études ont été menées en 2017. Depuis, la recherche tente de rattraper son retard. En 2025, Yaowei Li, chimiste de l’atmosphère au Massachusetts Institute of Technology (MIT) à Cambridge, avait constaté que «les grosses particules de fumée soulevées par les pyrocarbures ont un effet refroidissant bien plus important sur la surface terrestre que celles issues des feux de forêt classiques». Cette mission devrait être une avancée pour mieux comprendre et appréhender ce phénomène.
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