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Réforme du système éducatif : Nouvelle offensive islamiste contre le courant démocratique

Par Nabila Amir7 min de lecture
Réforme du système éducatif : Nouvelle offensive islamiste contre le courant démocratique
Résumé IA

La réforme éducative algérienne ravive l'affrontement idéologique entre le courant islamiste, incarné par Abderrezak Makri qui accuse les laïcs de servir les intérêts français, et les démocrates comme Atmane Mazouz qui refusent que la maîtrise des langues devienne un test de patriotisme.

Makri qualifie les défenseurs de l'ouverture linguistique de «serviteurs de la France» et présente le débat sur l'arabe, le français ou la philosophie comme une menace identitaire orchestrée depuis l'étranger.

Mazouz réplique que défendre la laïcité, le français ou la philosophie n'implique aucune nostalgie coloniale, affirmant qu'un Algérien maîtrisant arabe, français, tamazight et anglais n'est pas moins patriote qu'un monolingue.

Sur le terrain, l'ancien inspecteur Mahmoud Riahi souligne que les enseignants attendent surtout une revalorisation des coefficients des sciences physiques et une augmentation des volumes horaires pour achever les programmes dans de bonnes conditions.

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De la place du français de la philosophie à celle de l’arabe et des sciences physiques, la polémique autour des changements annoncés dans l’école révèle surtout une vieille ligne de fracture.

D’un côté, ceux qui voient dans toute évolution vers davantage d’ouverture une menace pour l’identité. De l’autre, ceux qui défendent une école capable de conjuguer identité, pluralité linguistique, sciences et ouverture sur le monde. La réforme de l’école aurait pu donner lieu à un débat essentiellement pédagogique : quelles matières renforcer ? Quelle place accorder aux langues ?

Comment améliorer l’enseignement des sciences ? Et surtout, comment préparer les élèves aux exigences de l’université et du monde professionnel ? Mais une nouvelle fois, le débat tend à quitter le terrain pédagogique pour revenir à celui de l’affrontement idéologique. La sortie de Abderrezak Makri, ancien président du MSP et figure du courant islamiste, en fournit une nouvelle illustration. Dans un texte virulent, il s’en prend aux «laïcs», qu’il qualifie de «serviteurs de la France», allant jusqu’à s’interroger sur les raisons de leur mobilisation et à demander si «la France leur a promis quelque chose».

Au-delà de la défense de l’arabe ou de la critique de certaines orientations éducatives, c’est surtout le procédé qui interpelle. Une fois encore, le désaccord avec les courants démocratique et laïque est renvoyé à une supposée proximité avec l’étranger. La polémique sur les langues ou les programmes devient ainsi un nouveau prétexte pour mettre en cause le patriotisme de ceux qui défendent d’autres choix de société. Makri accuse cette mouvance de «détester» l’arabe et de chercher à «disperser» et à «diviser» les Algériens en rouvrant des questions identitaires qu’il considère comme tranchées.

Il va jusqu’à évoquer une volonté de «servir à nouveau les intérêts du colonialisme, de sa culture et de sa langue» en Algérie. Cette lecture enferme le débat dans une opposition artificielle : l’identité d’un côté, l’ouverture de l’autre. Or, l’Algérie n’a pas à choisir entre les deux. C’est précisément cette logique que conteste Atmane Mazouz, président du Rassemblement de la culture et de la démocratie (RCD), dans un texte intitulé : «Quand l’accusation de trahison devient un substitut à l’argument». Sans citer directement l’ex-dirigent du MSP, Mazouz répond à cette manière de transformer les désaccords politiques et culturels en accusations de déloyauté.

L’arabe , les langues et le piège identitaire

Il dénonce le recours systématique à «l’allégeance à l’étranger», à «la francisation», au «service des intérêts extérieurs» et à «l’atteinte à l’identité». Selon lui, lorsque certains ne parviennent pas à répondre à une idée, ils préfèrent «faire le procès des intentions» plutôt que de discuter les arguments. Sur la France, son propos est particulièrement clair. «Défendre la laïcité ne signifie pas être francophone, défendre l’enseignement du français ne signifie pas être nostalgique du colonialisme et défendre la philosophie ne signifie pas servir un projet d’occidentalisation.» «La France devient l’explication de tout», écrit-il, avant de rappeler que le passé colonial est une réalité historique qui doit être étudiée, mais qu’il ne peut devenir «une clé magique» permettant d’expliquer toutes les divergences politiques et culturelles, plus de six décennies après l’indépendance. Mazouz refuse également de faire de l’arabe un critère de patriotisme.

Sa défense, explique-t-il, doit passer par la construction d’une école capable d’en faire «une langue de science, de création et de connaissance», et non par sa transformation en «rempart destiné à attaquer tous ceux qui apprennent une autre langue».Il résume sa position par une formule qui tranche avec la logique des camps : «L’Algérien qui maîtrise l’arabe, le français, le tamazight et l’anglais n’est pas moins patriote que celui qui ne parle qu’une seule langue.» C’est là que se situe l’un des vrais enjeux de la polémique. «Les langues ne sont pas des camps politiques.» Elles sont des outils de connaissance, de communication et d’ouverture. Leur place dans l’école devrait donc être déterminée par des considérations pédagogiques, scientifiques et économiques, et non par la peur de voir dans toute ouverture une menace culturelle.

Les réalités du terrain

Mais au-delà de cette bataille idéologique, les enseignants du secteur mettent en avant des préoccupations beaucoup plus concrètes, directement liées aux conditions dans lesquelles les programmes doivent être appliqués. C’est notamment le cas de Mahmoud Riahi, ancien inspecteur de l’éducation nationale et ancien participant à l’élaboration des progressions pédagogiques en sciences physiques. Il souligne les difficultés auxquelles sont confrontés les enseignants de la matière, particulièrement lorsqu’il s’agit d’achever les programmes dans les délais impartis et dans de bonnes conditions. Selon lui, le problème ne date pas d’aujourd’hui.

Pour Riahi, la question aurait dû donc être abordée sous l’angle des réalités pédagogiques. Les professionnels du secteur attendaient notamment «une revalorisation des coefficients» des sciences physiques dans les filières concernées ainsi que «l’augmentation du volume horaire», compte tenu des contraintes d’enseignement et de l’importance de ces disciplines. Son constat renvoie finalement à une interrogation plus large : Une réforme de l’école peut-elle être pensée sans tenir compte de ceux qui doivent concrètement la mettre en œuvre ? Car derrière les polémiques sur le français, l’arabe, la philosophie, il y a aussi une réalité quotidienne : des enseignants qui doivent transmettre les programmes, des élèves qui doivent les assimiler et des horaires qui doivent permettre de préparer correctement les examens. Nabila Amir

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