Détroit d’Ormuz : L’Iran pose ses conditions

L'Iran conditionne la réouverture du détroit d'Ormuz à six exigences, dont le retrait des forces US, la levée des sanctions et le paiement de dommages-intérêts.
Les Gardiens de la révolution maintiennent le détroit fermé tant que Washington refuse ces conditions, qualifiant ce passage stratégique de «théâtre de guerre».
Trump réplique en exigeant des indemnités pour les victimes américaines et les manifestants iraniens tués, ancrant un statu quo qualifié de «paix molle».
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Le statu quo dans le conflit entre l’Iran et les Etats-Unis semble décidément s’installer dans la durée. Malgré les épisodes d’embrasement du type de celui de la mi-juillet où les frappes US avaient repris en riposte aux attaques iraniennes sur des navires dans le détroit d’Ormuz et autres représailles prenant pour cible les bases américaines dans le Golfe, force est de constater que l’on est plutôt face à une «paix molle» sur fond de tensions autour de la gestion du détroit d’Ormuz.
Tous les analystes le disent : aujourd’hui, l’enjeu du conflit s’est déplacé du nucléaire à la navigation maritime. Un enjeu d’autant plus important que la République islamique se montre non seulement intransigeante quant à sa souveraineté sur le passage stratégique, mais mène habilement la danse au point d’entraîner Oman dans un accord bilatéral excluant les Américains. Il apparaît de plus en plus évident que Donald Trump ne maîtrise pas «la sortie de guerre» et ne sait visiblement pas comment mettre fin à un conflit déclenché le 28 février de manière sauvagement spectaculaire en éliminant du premier jour le Guide suprême Ali Khamenei et en ôtant la vie à 168 fillettes d’une l’école primaire à Minab. Six mois plus tard, les affrontements se font désormais sporadiques, et les objectifs de la guerre (nucléaire iranien, changement de régime, démantèlement des proxys…), semblent avoir été abandonnés, la priorité des priorités aujourd’hui pour Trump étant la réouverture du détroit d’Ormuz.
«Lever le blocus naval et les sanctions»
Dimanche, le Wall Street Journal écrivait : «Depuis plusieurs semaines, le président Trump préparait le terrain pour proclamer la victoire dans la guerre contre l’Iran au cas où Téhéran rouvrirait entièrement le détroit d’Ormuz, allant même jusqu’à évoquer en privé auprès de ses proches collaborateurs son intention de se retirer sans accord sur le nucléaire.» «Mais cet objectif revu à la baisse est devenu plus difficile à atteindre lorsque l’Iran a insisté samedi sur ses conditions les plus élevées à ce jour pour autoriser la libre circulation dans cette voie navigable, exigeant notamment des milliards de dollars de paiements de la part des États-Unis, le retrait des troupes américaines de la région et la fin du blocus naval américain», ajoute le Wall Street Journal. De fait, lassés par la versatilité de Trump qui n’a eu de cesse de souffler le chaud et le froid tout au long de ces semaines de négociations avant de mettre brutalement un terme aux pourparlers le 8 juillet, l’Iran a décidé de hausser le plafond de ses exigences.
«Le détroit d’Ormuz, enjeu majeur de la guerre au Moyen-Orient, restera verrouillé tant que Washington n’acceptera pas «toutes» les conditions posées par Téhéran, ont insisté dimanche les Gardiens de la Révolution, éloignant l’espoir d’un règlement rapide du conflit», rapporte l’AFP. Pour le Corps des gardiens de la révolution islamique en Iran (CGRI), le détroit d’Ormuz est «un théâtre de guerre et pas seulement une voie maritime». «Notre stratégie actuelle est de maintenir ce détroit fermé jusqu’à ce que l’ennemi accepte toutes nos conditions», insiste le CGRI, cité par l’AFP.
Mohammad Baqer Zolqadr, chef du Conseil suprême de sécurité nationale et conseiller politique du guide suprême Mojtaba Khamenei, a explicité samedi dernier les conditions posées par Téhéran pour rouvrir le détroit d’Ormuz. Ces conditions sont au nombre de six selon l’agence Tasnim. Zolqadr a d’abord insisté sur le fait que « cette voie maritime restera fermée tant que les Etats-Unis n’auront pas corrigé leur comportement envers l’Iran.» Et de dérouler les exigences iraniennes en martelant : «Ne jamais, et sous aucun prétexte, menacer l’Iran ni porter atteinte aux valeurs sacrées de cette nation ; mettre définitivement fin à la guerre et à l’agression contre l’Iran et ses alliés au Liban, en Palestine, au Yémen et en Irak ; lever le blocus naval et retirer ses forces militaires (navales et aériennes) des environs de l’Iran ; verser intégralement, sans aucune réduction, les dommages-intérêts dus à l’Iran pour les deux guerres d’agression ; lever les sanctions injustes et illégales contre la nation iranienne ; libérer sans condition les avoirs bloqués et volés au peuple iranien.»
Trump exige à son tour des dédommagements
Réagissant au message ferme de Téhéran, Trump a exigé à son tour des «indemnisations» à l’Iran. «Je constate que les représentants de la République islamique d’Iran réclament une indemnisation pour les dommages subis au cours du conflit militaire qui a duré cinq mois (et qui a éclaté parce qu’ils ne disposeront pas d’arme nucléaire), même si cela n’a jamais été évoqué lors de nos négociations ou de nos réunions», a-t-il écrit avant-hier sur Truth Social. « Mais c’est une idée intéressante, poursuit-il, car je réclame désormais moi aussi une indemnisation de la part de l’Iran, pour toutes les personnes qu’ils ont tuées et gravement blessées à l’aide de leurs bombes placées en bord de route et lors des nombreux conflits qui ont fait leur réputation, sous le commandement initial du général Soleimani, y compris les familles des victimes de l’USS Cole, ainsi que celles des milliers d’autres personnes tuées au combat.»
«De plus, une indemnisation devrait être versée aux familles des centaines de milliers de manifestants innocents que l’Iran a tués au cours des 50 dernières années, sans parler des 52 000 qui ont été tués au cours des cinq derniers mois. J’ai donné pour instruction à mes représentants d’insister fermement sur ce point lors de toutes les négociations à venir», surenchérit le président américain.
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