L’Algérie et l’IA : miser sur les compétences avant tout
L’Algérie place la formation humaine au cœur de sa stratégie nationale d’intelligence artificielle, avec pour objectif de former 30 000 spécialistes d’ici 2030 via l’Ensia et plusieurs programmes massifs.
Le dispositif « 7.77 » comptait déjà plus de 64 000 inscrits fin mai, complété par des cursus en formation professionnelle et le programme « Chabab Tech » pour le cloud et la cybersécurité.
La rentrée 2026‑2027 introduira des parcours étudiants personnalisés par IA et un modèle linguistique dédié aux universités algériennes, marquant le choix de la souveraineté par les compétences plutôt que par l’achat de licences étrangères.
Les défis restants incluent la coordination inter‑institutionnelle, le développement de modèles open source pour les PME, l’accompagnement éthique des enseignants et l’extension de l’IA à toutes les filières universitaires.
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Un constat simple résume, mieux qu’un long discours officiel, la direction que l’Algérie imprime à sa course à l’intelligence artificielle : privilégier le talent à l’algorithme. Un choix stratégique pleinement assumé, et qui mérite que l’on s’y arrête. Lors de la première réunion de coordination interministérielle consacrée au plan national d’IA, cinq axes ont été définis : modèles souverains et open source, données, infrastructures, compétences humaines et modernisation administrative. Mais c’est bien le volet humain qui en constitue la colonne vertébrale.
L’ambition affichée est à la hauteur des enjeux : former 30 000 spécialistes d’ici 2030. Pour y parvenir, l’Algérie s’appuie sur l’Ensia, son Ecole nationale supérieure d’intelligence artificielle, installée au pôle technologique de Sidi Abdellah. Avec un diplôme d’ingénieur d’Etat en cinq ans et 20 000 places réparties dans quatre écoles nationales, le dispositif pédagogique est ambitieux. Et l’effort ne s’arrête pas là. Le programme «7.77», piloté par le ministère de la Poste et des Télécommunications, comptait déjà 64 508 inscrits fin mai 2026, dont près du quart pour la seule wilaya d’Alger. A cela s’ajoutent un programme de formation en IA associant Formation professionnelle et Economie de la connaissance, ainsi que «Chabab Tech», qui initie les jeunes au cloud et à la cybersécurité. Pris isolément, ces dispositifs pourraient sembler modestes. Mis bout à bout, ils dessinent une politique de formation de masse, qui vise moins l’excellence d’une élite que la diffusion large d’une culture numérique partagée.
La rentrée 2026-2027 ira plus loin encore, avec des parcours étudiants personnalisés grâce à l’IA et un modèle linguistique conçu spécifiquement pour les universités algériennes. Au-delà de l’outil, c’est l’intention qui compte : ne pas se contenter d’importer des technologies, mais construire une souveraineté technologique dont la pierre angulaire est la formation, et non l’achat de licences étrangères. C’est en cela que l’approche algérienne se distingue d’autres stratégies, souvent réduites à l’acquisition de puissance de calcul ou de modèles clés en main. L’Algérie fait le pari inverse : celui des compétences d’abord. Avec une conviction forte : la maîtrise technologique durable ne s’achète pas, elle se cultive.
La stratégie pour l’intelligence artificielle dans l’enseignement supérieur est confrontée à de nombreux défis. Le premier est de s’appuyer sur une collaboration renforcée entre institutions, afin de fédérer recherche, innovation et formation en IA à l’échelle nationale.
Autre objectif : développer des modèles open source accessibles aux PME, gage de compétitivité et d’inclusion. Enseignants et étudiants doivent également être accompagnés dans l’intégration pédagogique de l’IA. Cela suppose d’analyser les usages, de définir des compétences clés et de former aux enjeux éthiques. Les universités peuvent aussi créer des plateformes de recherche interdisciplinaire en IA pour stimuler les échanges entre facultés et décloisonner les savoirs.
La stratégie universitaire pourrait en outre s’enrichir d’un programme pilote visant à étendre l’enseignement de l’IA et de la data science à toutes les filières, y compris en lettres et sciences humaines. Elle devrait enfin inclure des cursus interdisciplinaires et des programmes de recyclage à destination des chercheurs et ingénieurs en poste, afin d’accompagner la montée en compétences tout au long de la carrière.
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