L’Algérie saisit Meta sur l’application WhatsApp : Lier les comptes à des numéros authentifiés

Le ministère de la Poste et des Télécommunications a interpellé Meta pour exiger que les comptes WhatsApp en Algérie restent liés à des numéros de téléphone authentifiés.
Avec environ 27 millions d'utilisateurs nationaux, WhatsApp est désormais considéré comme une infrastructure critique, et le ministre Sid Ali Zerrouki refuse tout basculement vers l'anonymat numérique.
Les exigences portent sur quatre piliers non négociables : rattachement à un numéro valide certifié par les opérateurs Mobilis, Djezzy et Ooredoo, engagement formel de Meta, et présentation d'un plan d'exécution avec calendrier précis.
L'objectif est de lutter contre la fraude, l'usurpation d'identité et la cybercriminalité, dans un contexte où les escrocs exploitent largement les messageries pour soutirer des données bancaires ou piéger les citoyens.
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Le ministère de la Poste et des Télécommunications a interpellé le géant Meta concernant le déploiement de la fonctionnalité «usernames» (noms d’utilisateurs) sur WhatsApp. Pour lui, l’enjeu dépasse la simple mise à jour : avec un bassin d’environ 27 millions d’utilisateurs nationaux, WhatsApp est désormais considéré comme une infrastructure critique, dont l’opacité technique pourrait fragiliser la cybersécurité de l’Etat.
L’interpellation porte sur un dilemme de pouvoir fondamental : alors que Meta promeut une innovation visant à accroître la confidentialité en masquant les numéros de téléphone, le gouvernement y voit une rupture de la chaîne de traçabilité. Ce bras de fer cristallise la tension entre les logiques de protection de la vie privée des big tech et les impératifs d’identification de l’Etat. Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a signifié à Meta que l’Algérie refuse tout basculement vers un anonymat qui détacherait l’identité numérique de l’identité civile. La souveraineté numérique passe par le contrôle des «gatekeepers» physiques : les opérateurs de téléphonie.
Les «exigences» du ministère s’articulent autour de quatre piliers «non négociables». Tout compte actif en Algérie doit être rattaché à un numéro de téléphone valide et authentifié, interdisant de facto la création de comptes basés uniquement sur des noms d’utilisateurs anonymes. La validité de ces identifiants doit être certifiée par les opérateurs (Mobilis, Djezzy, Ooredoo), assurant un lien direct entre le service tiers et la base de données d’abonnement nationale.
Meta doit fournir un engagement formel garantissant qu’aucune fonctionnalité ne permettra de contourner ce lien d’identification sur le territoire algérien. Le ministère a «demandé la présentation d’un plan d’exécution clair et d’un calendrier précis au cas où des modifications techniques spécifiques au marché algérien s’avéreraient nécessaires».
Il a précisé en outre que l’objectif est de «garantir la confiance numérique et la responsabilité, ainsi de contribuer à la prévention de la fraude, de l’usurpation d’identité et de la cybercriminalité, conformément à la législation algérienne en vigueur». L’Algérie utilise son cadre légal pour justifier une gestion des risques numériques. L’Algérie refuse le statut de simple marché de consommation pour s’imposer en régulateur actif. Le message est limpide : la puissance logicielle des big tech ne saurait s’affranchir des frontières juridiques nationales.
La démarche du ministère a tenu à faire la part des choses et à lever tout amalgame d’interprétation et de perception.
Confiance numérique
Elle ne constitue pas une entrave à la liberté numérique, mais une exigence de responsabilité. Dans un écosystème où la fraude numérique est en constante évolution, l’exigence d’un lien vérifiable entre l’identité numérique et l’identité physique est la seule garantie d’un environnement numérique sain, sécurisé et conforme aux standards internationaux de lutte contre la cybercriminalité. En Algérie, comme partout ailleurs, les applications de messagerie instantanée sont fréquemment détournées par des réseaux criminels. Des escrocs créent des profils en se faisant passer pour des représentants de corps sécuritaires (Gendarmerie ou Sûreté nationales) et sous prétexte d’enquêtes ou de vérifications administratives, ils soutirent aux victimes leurs données personnelles ou les identifiants de leur carte Edahabia (CCP) pour «vider leurs comptes». Ils se font passer également pour des agents des impôts, ou des organismes officiels (comme la poste ou des banques). Des messages massifs sont envoyés promettant des gains d’argent rapides, des investissements très rentables, ou des emplois à distance bien rémunérés. Il y a aussi l’établissement d’une relation de confiance ou de séduction via les réseaux sociaux, menant ensuite à des échanges intimes, suivis d’un chantage financier (exigence de somme d’argent sous peine de diffuser les images ou les données). Les services de police démantèlent régulièrement des réseaux d’escrocs qui approchent les citoyens via les réseaux sociaux et les messageries instantanées, en se faisant passer pour des intermédiaires ou des fonctionnaires capables d’accélérer l’obtention de logements sociaux ou de formules type AADL. Des prétendus vendeurs proposent sur des groupes ou en message direct des produits rares ou à prix cassés (appareils électroménagers, smartphones de marque, devises étrangères). Après avoir exigé une avance ou la totalité du montant par virement sur des comptes intermédiaires, le «vendeur» disparaît et supprime son identifiant de messagerie, laissant l’acheteur sans recours face à un profil non rattaché à une identité civile réelle.Kamel Benelkadi
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