Éducation en Algérie : pourquoi soustraire le français quand on peut additionner l’anglais ?

Le ministère de l'Éducation nationale remplace le français par l'anglais en 3ᵉ année primaire, ravivant le débat idéologique sur la place des langues étrangères en Algérie.
L'auteur constate que le français reste la langue de travail dans les secteurs médicaux et scientifiques, questionnant la pertinence d'une éviction administrative sans préparation du terrain.
Il préconise un multilinguisme pragmatique associant l'arabe et l'amazigh comme socle identitaire, l'anglais pour les sciences et la mondialisation, et le français comme héritage historique utile.
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TSA Algérie
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CONTRIBUTION. Alors que le ministère de l’Éducation nationale accentue le remplacement du français par l’anglais dès le primaire, le débat sur la place des langues étrangères refait surface.
Entre passions identitaires et réalités du terrain, l’Algérie a tout à gagner à privilégier l’addition des savoirs plutôt que la soustraction des compétences.
Le ministère de l’Éducation nationale a pris une mesure d’envergure en retirant le français du programme de 3ᵉ année primaire au profit de l’anglais, qui devient ainsi l’unique langue étrangère enseignée à ce niveau. Cette décision importante a aussitôt ravivé le débat historique et idéologique sur la place de la langue française en Algérie.
D’un côté, les partisans d’une arabisation renforcée y voient une étape logique et nécessaire, permettant à l’Algérie de s’affranchir définitivement de la langue de l’ancien colonisateur.
Ils perçoivent dans l’omniprésence du français une forme de dépendance culturelle, voire l’ombre d’une ingérence étrangère. D’un autre côté, les franges les plus francophiles estiment que cette décision risque de freiner le développement du pays, allant parfois jusqu’à attribuer à la langue arabe l’origine des difficultés socio-éducatives de l’Algérie.
La souveraineté face à l’épreuve du réel
Pour ma part, je ne partage ni la posture des premiers, ni le radicalisme des seconds. Certes, l’Algérie est un État souverain, pleinement légitime à définir ses choix politiques et éducatifs sans rendre de comptes à des tiers. Néanmoins, il est permis de s’interroger sur l’opportunité d’une telle mesure pour l’avenir des générations futures.
Lors d’une récente visite à l’hôpital de Kouba (Alger), j’ai pu constater que le personnel médical s’exprimait majoritairement en français, que les comptes rendus de soins et les ordonnances y étaient rédigés dans cette langue et que la signalétique y demeurait francophone.
Ce constat du terrain soulève trois questions fondamentales :
1 – Sur l’identité et le statut : L’éviction progressive du français répond-elle véritablement à la sauvegarde de l’identité algérienne (islam, arabité, amazighité), ou revient-elle à se priver d’un « butin de guerre« , selon la célèbre formule de Kateb Yacine (« Le Polygone étoilé« , Éditions du Seuil, 1966) et d’un outil d’ouverture déjà ancré dans la société ?
2 – Sur le terrain et le pragmatisme : Peut-on décréter la fin d’une langue par voie administrative alors qu’elle demeure, comme à l’hôpital et à l’université, la langue de travail et de transmission dans des secteurs scientifiques et techniques vitaux ?
3 – Sur la transition et la souveraineté : Le système éducatif dispose-t-il des ressources pédagogiques nécessaires pour réussir le passage à l’anglais sans créer un vide linguistique ni fragiliser le niveau académique des élèves ?
Additionner les savoirs plutôt que les soustraire
En réalité**,** le véritable enjeu pour l’Algérie de demain ne réside pas dans le remplacement d’une langue par une autre, mais dans la capacité à former des générations véritablement multilingues. L’émancipation nationale et la souveraineté ne s’obtiennent pas en restreignant le champ des connaissances, mais en accumulant les savoirs.
L’arabe et l’amazighité constituent le socle inaliénable de l’identité algérienne ; l’anglais est la clef incontournable des sciences et de la mondialisation ; et le français demeure un héritage historique et un outil de communication précieux. En dépassant les querelles idéologiques au profit d’un pragmatisme pédagogique, l’Algérie peut faire du pluralisme linguistique non pas une source de division, mais une force stratégique au service de son développement.
*Azzédine Gaci est recteur de la mosquée de Villeurbanne
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