Détérioration de la situation sécuritaire en Libye : La raffinerie d’Ezzaouia frappée par plusieurs drones

La situation sécuritaire en Libye se dégrade dangereusement à l'approche du rapport de l'envoyée de l'ONU Hanna Tettah devant le Conseil de sécurité le 18 août, avec une série d'attaques coordonnées visant à faire échouer le processus de paix.
En quelques jours, 1200 détenus se sont évadés de la prison de Sormane près de Tripoli, la raffinerie d'Ezzaouia a subi cinq attaques de drones dont un incendie majeur, et le général Faouzi Mansouri, chef du renseignement militaire de l'Est, a été assassiné à Benghazi.
Les analystes estiment que ces événements, attribués à des groupes mercenaires et des forces occultes refusant la stabilisation, risquent de raviver les tensions Est-Ouest et de compromettre définitivement les élections et l'unification des institutions.
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El Watan
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A l’approche de la communication cyclique de Hanna Tettah, l’envoyée spéciale en Libye du SG de l’ONU, le 18 août devant le Conseil de sécurité, la situation sécuritaire se dégrade dangereusement en Libye. Il y aurait une partie libyenne qui ne veut pas que le processus de paix avance en Libye après 15 ans d’instabilité.
Les incidents de Sormane, Ezzaouia et Benghazi dénotent d’un désir acharné de faire avorter le processus de paix en cours en Libye. Certains groupes de mercenaires ne veulent pas que la Libye se stabilise définitivement, car ils risquent de perdre leurs avantages indus, tirés sous forme de racket de l’Etat libyen d’une manière ou d’une autre. «Ces groupes lourdement armés ne veulent surtout pas de l’unification des forces militaires. Cela risque de leur faire couper les vivres», insiste le politologue Ezzeddine Aguil, qui explique que «la fuite de 1200 prisonniers de la prison de Sormane et la crise de carburant à Tripoli, risquent de faire entrer l’Ouest libyen dans une spirale de chaos, ce qui bloquerait tous les processus d’unification des structures gouvernementales en Libye».
Et si l’évasion de 1200 emprisonnés à de lourdes peines suite à l’ouverture des portières de la prison de Sormane et les attaques aux drones de la raffinerie d’Ezzaouia se sont déroulées dans l’Ouest libyen, l’assassinat du directeur du renseignement militaire s’est passé en plein centre de Benghazi, qui n’a connu aucun accident de pareille envergure depuis plusieurs années. Il y a donc un désir que les Libyens s’attaquent les uns les autres, un fort signal d’instabilité avant le rapport de l’envoyée Tetteh devant le conseil de sécurité. «Les ennemis de la Libye veulent semer le chaos. Que l’Ouest libyen accuse l’Est d’être derrière l’attaque de la raffinerie d’Ezzaouia, ne serait-ce qu’en le suspectant de fournir les drones. Les mêmes forces occultes veulent que l’Est libyen accuse l’Ouest d’être derrière l’assassinat du général Mansouri. Ainsi, la Libye risque de plonger de nouveau dans la déstabilisation», explique le politologue libyen Salah Baccouche.
Pertes et flous
Le général Faouzi Mansouri, en tant que Directeur du renseignement militaire de l’armée de l’Est libyen, est une personnalité sécuritaire de premier rang dans l’Est libyen. Son importance ne provient pas seulement de sa fonction, il est également la courroie de transmission avec le courant salafiste madkhaliste très influent en Libye, notamment sa branche militante croyant fermement en l’allégeance aux gouvernants. Ladite branche a prêté allégeance via le général assassine. Faouzi Mansouri cultivait publiquement cette image, en louant les combattants salafistes comme des hommes motivés par leurs convictions religieuses plutôt que par l’argent ou le prestige. «C’est une grande perte pour le clan Haftar», insiste le politologue Ezzeddine Aguil, qui ajoute que «de part sa fonction, il se trouvait au cœur du système de sécurité de l’ANL.
Son rôle ne consistait pas simplement à commander des soldats sur le terrain : il était chargé de la collecte, de l’analyse et de la circulation du renseignement militaire, ce qui lui donnait potentiellement accès à des informations sensibles concernant les unités, les commandants, les menaces et les réseaux adverses». Aguil pense que «ce lien précieux avec les salafistes, pour les Haftar, ne va pas être facile à reconstruire. Il a été monté durant plus d’une décennie, comme le montre l’évolution de carrière du général Mansouri jusqu’à la Direction générale de la sécurité militaire, un poste d’ultime confiance du clan Haftar».
Concernant la mission de Hannah Tetteh, il est clair que les derniers développements ont complètement caché les maigres avancées de la commission 4+4, concernant le mode de choix de l’instance électorale. «Une chose est certaine, c’est qu’un pays en plein chaos ne présente pas le minimum requis de garanties pour tenir des élections», assure le politologue Salah Baccouche, l’un des plus tolérants observateurs en matière de sécurité. Il s’interroge sur ce que pourrait dire l’envoyée Tetteh pour garder un minimum d’espoir au niveau du Conseil de sécurité.
Tunis
De notre correspondant Mourad Sellami
(*) Sormane est une localité à 70 kilomètres de Tripoli vers l’ouest et à 15 kilomètres d’Ezzaouia
Par le trou de la serrure : Défaillance sécuritaire
Que l’on parvienne à miner la voiture du directeur général de la sécurité militaire de l’armée du clan Haftar, en plein centre de Benghazi, devant la mosquée Saïda Aïcha, à la sortie de la prière, cela ne peut être que source de plusieurs interrogations, surtout si l’on connaît le niveau élevé de sécurité à Benghazi. La ville n’a pas connu d’attentats, ni de voitures piégées depuis plusieurs années. Il est donc légitime de s’interroger sur le pourquoi de cette reprise en la liant aux circonstances courantes. L’interrogation est également légitime concernant les raisons de l’ouverture au début de ce mois d’août 2026, des portes de la prison de Sormane et les facilités offertes permettant la fugue de 1200 prisonniers, condamnés à de lourdes peines, dont plusieurs dizaines de condamnés à mort. Pareilles manipulations mafieuses sont adoptées pour semer le trouble et déstabiliser un pouvoir en agonie, comme ce fut le cas en Tunisie après la chute de Ben Ali. Qui serait derrière l’opération de la prison de Sormane, 70 kilomètres de Tripoli et 15 km d’Ezzaouia.
Pour la cinquième fois en quelques jours en ce début d’août 2026, des drones aériens s’attaquent à des citernes d’essence à la raffinerie d’Ezzaouia, provoquant des incendies gigantesques, notamment celle du vendredi 7 septembre qui a touché une citerne de 4,5 millions de litres et qui a mis près de 48 heures pour son extinction. Il est vrai qu’avec les technologies actuelles, un drone n’a plus besoin d’une installation pour être tiré. Il suffit d’avoir de l’argent pour le payer et cela ne manque pas sur tous les bords en Libye. Les fournisseurs ne manquent pas, Ukrainiens en tête.
M. S.
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