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Quelle stratégie pour attirer la diaspora ?

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'Algérie envisage de faire de sa diaspora un levier stratégique, à l'image des hydrocarbures, lors d'une récente rencontre à Alger avec l'experte algéro-américaine Ansaf Salleb-Aouissi de Columbia.

Une architecture institutionnelle s'est mise en place : secrétariat d'État à la Communauté nationale, incitations fiscales, structures comme IncubMe, et l'Algeria Startup Fund visant 20 000 start-up d'ici 2029.

Les modèles chinois, indien et mexicain montrent que la confiance, la flexibilité et la vision à long terme sont les piliers indispensables de toute politique de rapatriement des cerveaux.

Le défi algérien n'est plus la conception mais l'exécution : transformer les start-up en entreprises pérennes et les intentions de retour en installations durables, pour bâtir une souveraineté numérique.

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L’Algérie s’apprête-t-elle à faire de son capital humain expatrié ce que les hydrocarbures ont longtemps représenté pour sa diplomatie : un levier de puissance ? La question mérite d’être posée sérieusement à la lumière de la récente rencontre organisée à Alger par le ministère de l’Economie de la connaissance, en présence notamment de l’experte algéro-américaine Ansaf Salleb-Aouissi, maître de conférences à Columbia. Au-delà de l’événement, c’est une doctrine qui se dessine : celle d’une souveraineté numérique construite sur le modèle éprouvé de la souveraineté énergétique.
Le parallèle n’est pas fortuit. Le pays qui a su transformer ses gisements d’hydrocarbures en instrument diplomatique dispose aujourd’hui d’un second gisement, immatériel celui-là : des cerveaux dispersés dans le monde, mais de plus en plus reliés à leur terre d’origine. Longtemps vécue comme une hémorragie (ingénieurs, médecins et chercheurs partis dans les années 1990 et 2000, dont l’expertise semblait captée pour de bon par d’autres économies), la diaspora scientifique algérienne connaît un basculement générationnel. Une architecture institutionnelle s’est mise en place, dispositif après dispositif : secrétariat d’Etat à la Communauté nationale à l’étranger, incitations fiscales dédiées, structures de réseautage comme IncubMe ou le Conseil mondial de la diaspora algérienne, et surtout l’Algeria Startup Fund, adossé à l’ambition de 20 000 start-up labellisées d’ici 2029.
La Chine, par exemple, a choisi la voie offensive : son «Plan des mille talents» a mobilisé des primes considérables, des laboratoires clés en main et des facilités d’installation pour ramener des milliers de chercheurs formés à l’étranger ; un pari coûteux, mais qui a propulsé le pays au sommet des publications scientifiques mondiales. D’autres nations, faute de moyens comparables, ont misé sur la durée plutôt que sur l’ampleur des incitations : le programme indien Pravasi Bharatiya Divas ou le dispositif mexicain CC-IME tiennent depuis plus de vingt ans, preuve que la confiance et la constance comptent autant que le financement. Ces expériences convergent vers trois piliers difficilement contournables. D’abord, la confiance : traiter la diaspora comme un partenaire à consulter, non comme une simple ressource à devises. Ensuite, la flexibilité : offrir des formules de retour permanentes, mais aussi des séjours courts ou du télétravail, pour ne pas exiger un choix binaire entre exil et rapatriement total. Enfin, la vision longue, car aucun de ces modèles n’a produit d’effets avant une décennie d’application continue.
C’est précisément là que se situe le véritable défi algérien. Le pays dispose désormais des outils, à l’image des fonds souverains, du cadre fiscal et des conseils scientifiques où siègent des figures éminentes de la diaspora. Le défi n’est plus celui de la conception, mais celui de l’exécution : transformer des start-up en entreprises qui grandissent réellement, des partenariats en transferts technologiques concrets, des intentions de retour en installations durables. Avec une stabilité réglementaire et des débouchés professionnels crédibles, l’architecture institutionnelle actuelle aboutira à des résultats tangibles. Car rapatrier une diaspora, ce n’est pas seulement récupérer des compétences ou des capitaux : c’est réimporter de l’espoir et du lien. Cela se construit, patiemment, comme l’Algérie a su construire sa diplomatie énergétique. La vraie bataille de souveraineté ne se joue ainsi plus seulement sous le sol algérien : elle se joue aussi, désormais, dans les cerveaux et les données de sa diaspora.

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