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Contribution / Retour en Algérie, réseaux français et marocains : Les liaisons dangereuses de Saïd Sadi

Par R. C.6 min de lecture
Contribution / Retour en Algérie, réseaux français et marocains : Les liaisons dangereuses de Saïd Sadi
Résumé IA

L'ancien dirigeant du RCD Saïd Sadi revient en Algérie après sept ans d'absence et multiplie les rencontres avec des personnalités françaises et marocaines hostiles à Alger.

Ses liens avec Bernard-Henri Lévy, Hassan Aourid ou François Bayrou interrogent sur ses véritables intentions dans un contexte de tensions diplomatiques.

L'auteur souligne les contradictions de son parcours, de la grève du cartable de 1994 à ses positions alignées sur l'Occident lors du Printemps arabe.

L'opinion algérienne reste vigilante face à ce retour qui semble mêler travail mémoriel et repositionnement politique sous influence extérieure.

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Il s’est retiré de la scène politique nationale, allant jusqu’à reconnaître qu’il «s’était trompé de peuple», une formule lourde de sens qui traduit sa rupture consommée avec le pays. Il revient après sept années d’absence. Mais à peine rentré en Algérie, Saïd Sadi réapparaît au cœur d’un ballet de rencontres qui, de Paris à Meknès, en passant par les cercles médiatiques français, soulève plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Il y a des images qui parlent plus que de longs discours. Celle de Saïd Sadi à Meknès, aux côtés de Hassan Aourid, ancien porte-parole du Palais royal marocain et ancien camarade de classe du roi Mohammed VI, en fait partie. D’autant que cette image rappelle une autre séquence qui avait déjà suscité de nombreuses interrogations : les réunions fraternelles de Saïd Sadi avec Bernard-Henri Lévy.

Deux images. Deux interlocuteurs appartenant à des univers politiques et intellectuels très différents. Pourquoi l’ancien dirigeant du RCD semble-t-il régulièrement se retrouver au contact de réseaux français ou marocains qui développent un discours particulièrement hostile à l’Algérie ?

Et le doute est d’autant plus fort que cette rencontre intervient après une série de contacts avec des personnalités de la droite française : François Bayrou, Olivier Giesbert, Boualem Sansal… Un carnet d’adresses qui interpelle, alors même que la France et le Maroc multiplient les offensives politiques, médiatiques et diplomatiques contre Alger. Cette posture interroge surtout que le parcours de l’homme est jalonné de contradictions.

Pour comprendre son retour, il faut notamment se rappeler ses positions lors des événements du «Printemps arabe» de 2011. Celui qui se présentait comme un défenseur intransigeant de la rupture démocratique avait alors adopté une lecture qui avait suscité débats et interrogations. Ses prises de position étaient calquées sur les lectures occidentales des bouleversements arabes.

La mémoire, fonds de commerce politique

Mais c’est surtout sur le terrain intérieur que le retour de Saïd Sadi suscite le scepticisme. Alors qu’il affirme vouloir se retirer de la politique pour se consacrer à la mémoire et à l’écriture, son retour s’accompagne d’un activisme suspect dans l’optique de se repositionner sur la scène politique nationale, dont il est étranger aujourd’hui. Et derrière ce regain d’activité apparaît une constante : la volonté de revisiter le récit national algérien.

Parler d’histoire est légitime. Mais lorsqu’une lecture personnelle de l’histoire devient un instrument de repositionnement politique, la frontière entre travail mémoriel et entreprise politique devient particulièrement ténue. C’est précisément ce qui inquiète.

Nouvelle incursion dans le débat mémorielle ? Said Sadi agit-il pour son prétendu penchant pour notre histoire ou pour le compte de lobbys hostiles à l’Algérie ?

Au moment où certains cercles français vivent une véritable obsession algérienne et où le Maroc mène une offensive diplomatique et médiatique particulièrement agressive contre Alger, les connexions de Saïd Sadi prennent nécessairement une dimension politique. Meknès n’est donc pas seulement Meknès. La rencontre avec Aourid n’est pas seulement une rencontre. Et le retour de Saïd Sadi n’est peut-être pas seulement un retour.

Car lorsqu’un ancien responsable politique revient après sept années d’absence, multiplie les rencontres avec des personnalités françaises et marocaines, dont les positions ont toujours été virulentes envers l’Algérie, et remet simultanément la mémoire nationale au centre du débat, les Algériens sont en droit de demander : quel est le véritable projet de Said Sadi ?

Mais une chose est certaine : le brouillard qui entoure ce retour nourrit les soupçons.

L’Algérie n’a plus besoin de récits fabriqués dans les salons parisiens, ni de lectures de son histoire dictées par des réseaux extérieurs, ni de tuteurs. Elle a besoin de débats libres et responsables, de vérité historique et de souveraineté dans le choix de son propre récit. Saïd Sadi a le droit de revenir. Il a le droit de parler. Il a le droit de rencontrer qui il veut. Mais l’opinion algérienne a, elle aussi, le droit de regarder ses fréquentations avec la plus grande vigilance. Car, en politique, les liaisons ne sont jamais tout à fait innocentes. La décence commande de ne jamais pactiser avec ceux qui se dressent contre les intérêts du peuple. Les faits, eux, sont tenaces.

Il convient de rappeler que Saïd Sadi avait initié la «grève du cartable» en 1994, alors même que ses propres enfants étaient scolarisés en France. Les Algériens, loin d’être dupes, connaissent les raisons qui l’ont conduit à refuser de donner l’ordre à ses troupes de mettre un terme à cette grève.

Par Samir Berrahal

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