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38 attaques, 25 démolitions, 51 blessés en une semaine : En Cisjordanie, colons et armée au service de la politique de dépossession

Par Amel Blidi8 min de lecture
38 attaques, 25 démolitions, 51 blessés en une semaine : En Cisjordanie, colons et armée au service de la politique de dépossession
Résumé IA

En une semaine, l'ONU a recensé 38 attaques de colons en Cisjordanie, avec démolitions, sièges de villages et une opération militaire à Qalandiya faisant 51 blessés.

À Masafer Yatta, cinq Palestiniens blessés, trois maisons détruites et 25 structures démolies ont déplacé 52 personnes dont 31 enfants, une école étant partiellement rasée.

À Qusra, trois familles sont assiégées par colons et soldats agissant de concert, privant 15 personnes dont deux enfants d'eau, d'électricité et de nourriture.

Observateurs et élus israéliens dénoncent une violence d'État systémique, accélérée par le calendrier électoral de 2026 selon des experts.

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La rapidité et la brutalité avec lesquelles le gouvernement israélien empiète sur les terres palestiniennes, au mépris tant du droit international que de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) lui enjoignant de mettre fin à la colonisation illégale du territoire palestinien, se sont accrues ces derniers mois.

Où s’arrête la violence des colons et où commence celle de l’Etat sioniste ? En Cisjordanie occupée, la dynamique de dépossession et d’intimidation, dans le but de pousser des villages entiers à se déplacer, se poursuit à un rythme effréné. En une seule semaine, l’ONU a recensé 38 attaques de colons israéliens en Cisjordanie occupée. Cinq Palestiniens ont été blessés et trois maisons détruites à Masafer Yatta, tandis que 25 constructions palestiniennes ont été démolies. A Qalandiya, une vaste opération militaire a fait 51 blessés et perturbé les services de santé. A Qusra, au sud de Naplouse, trois familles palestiniennes sont prises au piège depuis plusieurs jours dans leurs propres maisons. L’eau et l’électricité ont été coupées, les accès bloqués et les tentatives d’acheminer de la nourriture et des médicaments entravées. Vendredi, des militants qui tentaient d’apporter de l’aide aux familles assiégées ont été empêchés d’atteindre les maisons par des soldats israéliens. Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les colons avaient installé un dispositif de siège autour des habitations, tandis que l’armée contrôlait les accès. Environ 15 Palestiniens, dont deux enfants, se retrouvaient ainsi privés de leurs besoins les plus élémentaires.
Le gouvernement israélien a feint de condamner les agissements des colons, les qualifiant de «déplorables» et «inacceptables» et promettant une enquête. L’ambassadeur américain en Israël, Mike Huckabee, est même allé plus loin, qualifiant les auteurs des violences de «terroristes». Mais ces condamnations ne peuvent occulter le fait que les soldats israéliens étaient présents sur place, et leur intervention n’a pas mis fin au siège.
Jonathan Pollak, militant de Sumud Network, qui se trouvait à Qusra vendredi pour tenter d’apporter de l’aide aux familles palestiniennes bloquées chez elles, parle ainsi d’un «siège mutuel» exercé par les colons et l’armée israélienne. «Ce qui se passe, c’est un siège conjoint de ces familles par l’armée israélienne et les colons», a déclaré M. Pollak, ajoutant qu’ils agissaient de concert pour mettre en œuvre une politique de «nettoyage ethnique». Des hauts responsables de l’armée israélienne étaient impliqués, a précisé M. Pollak, notamment le chef du commandement central israélien qui, selon lui, était présent dans la ville vendredi et a empêché la nourriture d’atteindre les familles prises au piège. Aida Touma-Sliman, députée israélienne du parti Hadash, explique la situation en ces termes : «Vous ne pouvez désormais plus différencier l’armée des colons en Cisjordanie.» Selon elle, le problème dépasse largement quelques individus ou quelques ministres d’extrême droite. «Si l’on observe la Cisjordanie, on ne peut plus faire la distinction entre l’armée et les colons», a-t-elle ajouté, précisant que de nombreux colons avaient été autorisés à effectuer leur service militaire en protégeant les mêmes colonies illégales dont ils étaient issus. «Le gouvernement les approvisionne, les protège et les arme. Il ne s’oppose pas à eux. Les soutenir, c’est sa politique», a-t-elle ajouté. Yair Dvir, de l’organisation B’Tselem, considère que «les condamnations officielles apparaissent souvent lorsque la pression internationale devient trop forte, avant que les colons ne reviennent une fois l’attention retombée». «La violence des colons est une violence d’Etat», dit-il.
La rapidité et la brutalité avec lesquelles le gouvernement israélien empiète sur les terres palestiniennes, au mépris tant du droit international que de l’arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ) lui enjoignant de mettre fin à la colonisation illégale du territoire palestinien, se sont accrues ces derniers mois. Selon les derniers chiffres de l’agence humanitaire des Nations unies OCHA, en une semaine, il y a eu pas moins de 38 attaques de colons israéliens ayant provoqué des blessures, des dégâts matériels ou les deux. A Masafer Yatta, cinq Palestiniens ont été blessés et trois maisons détruites, entraînant le déplacement de 23 personnes, dont 14 enfants. Dans le même temps, les autorités d’occupation israéliennes ont démoli 25 structures appartenant à des Palestiniens. Vingt-neuf personnes ont été déplacées, parmi lesquelles 17 enfants. Et parmi les bâtiments détruits figure une partie d’une école de Masafer Yatta fréquentée par 54 élèves. L’OCHA souligne d’ailleurs que les confiscations de terres, les violences des colons et les restrictions de circulation perturbent directement l’accès aux terres, à l’eau, aux moyens de production et aux marchés en Cisjordanie. Les zones les plus exposées comprennent notamment les environs de Naplouse, E1, les versants orientaux entre Naplouse et Masafer Yatta ainsi que le sud de Bethléem et de Hébron.

Calendrier politique

A cette pression exercée par les colons s’ajoutent les opérations militaires israéliennes. Dans le camp de réfugiés de Qalandiya, une opération militaire de l’armée génocidaire a fait 51 blessés palestiniens et perturbé les services de santé. Neve Gordon, professeur de droit international à Queen Mary University of London, estime, dans une déclaration à Reuters, que l’intensification actuelle doit aussi être replacée dans le calendrier politique israélien. Les élections législatives sont prévues le 27 octobre 2026. Selon Neve Gordon, la perspective électorale peut encourager une accélération de la violence et de la prise de contrôle des terres, notamment parmi les colons et la droite radicale qui craignent de perdre l’influence acquise au sein du gouvernement de Benyamin Netanyahu. «Le vote est comme un cri de ralliement pour les colons», explique-t-il en substance. L’idée serait, selon lui, de faire autant que possible tant que leurs alliés politiques sont encore au pouvoir.
Mais le fait est que les plus radicaux du gouvernement israélien (le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben-Gvir et le ministre des Finances Bezalel Smotrich) ne sont pas les seuls à promouvoir la violence afin de rendre la création d’un Etat palestinien toujours plus difficile. «C’est trop facile de dire que tout est de leur faute et que tout irait bien s’ils disparaissaient», estime Neve Gordon. «Cela va beaucoup plus loin.» «Le nettoyage ethnique auquel nous assistons en Cisjordanie, ainsi que celui mené par l’armée dans les camps de réfugiés de la région, comme celui de Jénine, nécessite la complicité de la police, du procureur général, de l’armée et, en fin de compte, de la population», a fait remarquer le professeur. «Sans la protection qu’ils leur offrent, rien de tout cela ne serait possible.» Dans les faits, en attaquant les villages, assiégeant les maisons et détruisant les écoles, les familles palestiniennes sont contraintes de quitter le terrain. Une fois le départ effectué, le rapport de force change et la terre abandonnée devient difficile à récupérer. C’est ce que montrent les données humanitaires sur les déplacements provoqués par les violences de colons et les restrictions d’accès. 

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