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Face à l’urgence climatique, le pari de l’arbre

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'Algérie a lancé une vaste campagne de reboisement visant à planter cinq millions d'arbres en une journée et réhabilite le Barrage vert pour lutter contre la désertification et le réchauffement climatique.

Les botanistes insistent sur le choix d'essences adaptées comme l'arganier ou le chêne-liège et sur une approche fondée sur les services écosystémiques plutôt que l'esthétique urbaine.

Le stress hydrique et la survie à long terme des arbres, dont certains plantés il y a des décennies meurent déjà, exigent un suivi rigoureux sur plusieurs décennies pour transformer l'ambition en stratégie durable.

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L’été 2026 restera dans les mémoires. Des températures caniculaires record, des incendies qui ont ravagé plusieurs régions du pays : le dérèglement climatique n’est plus une abstraction lointaine, il s’impose désormais comme une réalité tangible dans le quotidien des Algériens. Face à cette calamité, une réponse ancestrale reprend l’actualité : l’arbre. Loin d’être un simple élément décoratif, l’arbre urbain se révèle être une véritable infrastructure climatique. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : un arbre mature peut faire baisser la température locale de 2 à 4°C, et une forêt urbaine dense jusqu’à 4°C. Ce constat, de nombreuses métropoles à travers le monde l’ont déjà intégré, investissant massivement dans des plans pensés comme de véritables politiques publiques de rafraîchissement. L’Algérie, confrontée à des étés de plus en plus rudes, ne considère par la végétalisation urbaine comme un supplément d’âme esthétique. Elle est devenue une priorité vitale.
C’est dans cette optique que s’inscrit l’élan national engagé ces derniers mois, à travers le Plan national de reboisement et la réhabilitation du Barrage vert, deux chantiers structurants visant à lutter contre la désertification et à élargir le couvert forestier national. En février dernier, l’Algérie a lancé sa plus grande campagne de reboisement, avec l’ambition de mettre en terre cinq millions de plants en une seule journée à travers tout le territoire. Un geste fort, à la hauteur symbolique indéniable. Mais planter ne suffit pas. La quantité ne garantit ni la survie des arbres ni leur efficacité écologique réelle. Pour les botanistes, le choix des essences est déterminant : arganier, caroubier, pistachier atlantique, acacia, atriplex, pin d’Alep, chêne-liège, chêne zéen ou encore cèdre de l’Atlas ; chacune de ces espèces répond à des conditions climatiques et pédologiques précises, et leur adéquation au terrain conditionne la réussite du projet sur le long terme. Cela suppose un basculement de logique : passer d’une approche esthétique, où l’arbre orne la ville, à une approche fondée sur les services écosystémiques, où l’arbre rend un service mesurable ; rafraîchissement, captation de carbone et régulation hydrique.
Cette exigence pose immédiatement la question de l’eau. Planter des millions d’arbres dans un contexte de stress hydrique avéré impose de repenser entièrement les modes d’arrosage et de gestion des ressources en amont.
Le défi le plus saisissant reste celui-ci : certains arbres plantés il y a plusieurs décennies peinent aujourd’hui à survivre au réchauffement, même qu’ils étaient censés l’atténuer. L’arbre, solution climatique par excellence, devient parfois victime du dérèglement qu’il combat. Pour les botanistes, ce constat impose une solution simple mais essentielle : le geste de plantation ne peut être un acte isolé. Il exige un suivi rigoureux, sur des années, voire des décennies. L’Algérie s’est fixée des objectifs ambitieux. Reste à transformer cette ambition en stratégie durable, pensée non pas comme un sprint, mais comme un marathon écologique, où chaque arbre planté doit être un arbre suivi, protégé et amené à maturité.

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