Culture

Tichy (Béjaïa) : Les plages ne désemplissent pas, mais l’hygiène interpelle

Par Nordine Douici6 min de lecture
Tichy (Béjaïa) : Les plages ne désemplissent pas, mais l’hygiène interpelle
Résumé IA

Les plages de Tichy et ses environs (Aftis, Djoua, El Maghra, Acherchour, Capritour) attirent des foules estivales record, mais l'hygiène y est catastrophique avec des fosses septiques débordantes déversant des eaux nauséabondes sur les accès.

Malgré des réunions préparatoires multiples au niveau de la wilaya, l'assainissement, l'électricité et l'éclairage public font défaut, obligeant les commerçants à éteindre leurs réfrigérateurs et plongeant les sites dans l'obscurité nocturne.

La Protection civile et les services de sécurité sont mobilisés, mais l'absence d'évacuation des eaux usées, de sanitaires décents et d'enlèvement des ordures transforme l'expérience des estivants en calvaire.

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Il est 19h, sur le littoral, oriental de la wilaya de Béjaïa. Les plages Aftis, Djoua, El Maghra, Acherchour, Capritour, Tichy ne désemplissent pas. À cette heure où le soleil commence pourtant à décliner, les familles continuent d’affluer vers le littoral, fuyant la fournaise de leurs maisons pour venir chercher un peu de fraîcheur au bord de la mer. Sur les parkings, c’est presque la cohue.

Les véhicules sont garés au coude-à-coude. Il faut faire preuve d’une grande patience pour y trouver une place. Les gardiens improvisent leur propre organisation, plaçant les voitures dans les moindres espaces disponibles.« Garez-vous derrière ce véhicule, monsieur. Je vous avertirai lorsque l’autre (estivant) quitte le parking », lance l’un des parkingueurs de la plage Acherchour à un automobiliste. Les gardiens de parking se démènent pour caser les voitures, parfois jusqu’à les «entasser», afin de faire entrer le maximum de véhicules et vendre plus de tickets, facturés à 100 DA la place. Mais à quelques mètres seulement, une autre réalité saute au nez, au sens propre comme au figuré. Sur la piste menant vers les parkings et les plages, une eau nauséabonde s’est répandue et stagne par endroits. L’odeur est difficilement supportable. Les effluents semblent provenir de fosses septiques creusées pour recevoir les eaux usées des toilettes publiques et des douches de fortune installées aux abords du chemin.

Fosses septiques débordées

Les flaques s’étendent sur la piste. Les enfants les contournent tant bien que mal, slalomant entre les flaques d’eau noirâtre. Certains y mettent malgré eux les pieds avant de rejoindre les véhicules. Une scène qui contraste brutalement avec l’image estivale que l’on attend d’une station balnéaire aussi fréquentée. Sur les visages des chefs de famille, la même expression revient : désolation, gêne, parfois dégoût. «On s’attendait à de meilleures conditions, notamment sur le plan de l’hygiène et des services», lâche un père de famille, visiblement contrarié. L’absence d’un dispositif d’évacuation adapté des eaux usées interpelle d’autant plus que la question de la préparation de la saison estivale a fait l’objet de plusieurs réunions au niveau de la wilaya. Les services concernés avaient, à plusieurs reprises, évoqué les conditions d’accueil des estivants et la nécessité de mettre à niveau les sites balnéaires. A Acherchour comme dans les autres plages de Boukhlifa et Tichy, l’affluence est particulièrement importante. Ces sites comptent parmi les plus prisés de la wilaya. Ils attirent aussi de nombreux habitants des villes et les wilayas de l’intérieur, séduits par leur proximité et leur accessibilité, notamment par les transports. Sur place, les moyens de sécurité et de secours sont bien visibles. Les roulottes et dispositifs de la Protection civile ainsi que ceux des services de sécurité ont été mobilisés conformément au dispositif arrêté par l’administration pour la saison estivale. Mais pour le reste, le constat est beaucoup moins reluisant.

Des commerces au ralenti

À proximité de la plage, les commerces saisonniers tentent, eux aussi, de faire face aux difficultés. La chaleur pousse les estivants à rechercher de l’eau et des boissons fraîches, mais on n’en trouve pas à sa convenance. «Il n’y a pas de boissons fraîches. Depuis le début de l’été, nous faisons face à des coupures d’électricité sans arrêt. Nous avons carrément éteint certains réfrigérateurs pour éviter qu’ils ne tombent en panne», explique un commerçant saisonnier à un estivant.
Une situation qui complique davantage le quotidien des commerçants et prive les visiteurs de certains services pourtant élémentaires.
À quelques pas de là, les douches sont prises d’assaut. A cette heure de la journée, plusieurs estivants commencent déjà à rassembler leurs affaires. Les familles quittent progressivement les lieux, chargent les voitures et reprennent la route.

Des réunions au terrain

Il est près de 20h. La nuit commence à tomber, mais l’éclairage public reste largement absent. À l’exception de quelques lampadaires fonctionnant le long de la RN9, les plages restent plongées dans une relative obscurité. Quelques puissants projecteurs installés par les gestionnaires des sanitaires, des douches ou par les commerçants diffusent ici et là une faible lueur. Sur cette partie de la côte Est l’affluence estivale est bien là. Mais derrière le succès populaire de ces plages, les insuffisances en matière d’hygiène, d’assainissement, d’électricité et d’éclairage rappellent que les conditions d’accueil des estivants ne se limite pas au communiqué officiel.
La saison estivale avait été préparée à travers plusieurs réunions, rassemblant tous l’exécutif ainsi que les élus locaux. Sur le terrain, les estivants espéraient surtout trouver des plages propres, des sanitaires convenables, des services de qualité et des conditions d’accueil à la hauteur de la fréquentation. La situation interpelle d’autant plus que la préparation de la saison estivale a donné lieu à plusieurs réunions au niveau de la wilaya. Des dispositifs ont été annoncés pour assurer la sécurité, la surveillance et l’accueil des estivants. Sur le terrain, la Protection civile et les services de sécurité sont au rendez-vous. Mais l’expérience vécue par les visiteurs montre que d’autres maillons de la chaîne restent faibles. Car accueillir des milliers de personnes ne consiste pas seulement à ouvrir une plage et à y affecter une administration. Il faut aussi garantir l’assainissement, l’hygiène, l’eau, l’électricité, l’éclairage, les sanitaires, et l’enlèvement des ordures.

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