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Le nouveau visage de la coopération Sud-Sud au Sahel

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L'Algérie et le Niger ont concrétisé en six mois un partenariat énergétique global — forage commun, gazoduc TSGP, centrale de 40 MW, exportation conjointe du brut «Meleck» — qui transforme l'assistance en interdépendance productive.

Ce modèle associe transfert de technologie et formation via Sonatrach-Sonidep à une doctrine de sécurité par le développement, offrant au Sahel une alternative à l'ingérence comme au désengagement occidental.

La rapidité d'exécution, marquée par deux visites du Premier ministre Ghrieb en quarante jours, démontre une capacité rare à transformer la volonté politique en résultats tangibles, redessinant les équilibres sahéliens.

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A peine six mois après la normalisation de leurs relations diplomatiques, Alger et Niamey concrétisent leur rapprochement par des engagements concrets, au-delà des seules déclarations. Pétrole, gaz, électricité : la coopération tous azimuts que l’Algérie déploie au Niger ne saurait être réduite à une initiative isolée ou conjoncturelle. Elle s’inscrit dans une vision stratégique cohérente, celle d’un partenariat global dans lequel l’énergie devient le socle d’une réconciliation pragmatique et durable entre deux pays que la géographie, l’histoire et les défis sécuritaires appellent naturellement à avancer de concert. C’est dans le sous-sol et les conduits d’hydrocarbures que se joue l’essentiel de cette bascule. Le lancement du puits d’exploration Kafra Sud-Est 1, à la frontière commune, et surtout la première exportation conjointe du brut nigérien «Meleck» depuis le terminal béninois de Sèmè marquent une rupture qualitative : pour la première fois, Sonatrach n’achète ou ne vend pas seulement, elle associe son partenaire Sonidep à la commercialisation, au transfert de technologie et à la formation. Là où d’autres modèles de coopération Sud-Sud se limitent à l’aide financière ou à l’échange commercial ponctuel, l’approche algérienne s’ancre dans l’infrastructure physique ; forage du gazoduc TSGP, traitement des données sismiques, fourniture de produits pétroliers, centrale électrique de 40 MW inaugurée début juin après un chantier lancé en mars. Cette différence n’est pas cosmétique : elle transforme une relation d’assistance en interdépendance productive.
Cette dynamique énergétique s’articule à une dimension sécuritaire qui n’est pas accessoire. La coopération qu’Alger déploie au Niger obéit à une doctrine de sécurité par le développement ; l’idée que la stabilisation d’un voisinage exposé aux menaces terroristes et aux recompositions politiques passe autant par les infrastructures que par l’appui direct. Dans un Sahel marqué par les transitions militaires et le retrait progressif de certaines puissances occidentales, l’Algérie propose un modèle alternatif : ni ingérence ni désengagement, mais un accompagnement technique et économique qui renforce la souveraineté de son partenaire plutôt que sa dépendance.
Reste la méthode qui constitue en elle-même un message politique. Six mois seulement séparent le rétablissement des liens diplomatiques de cette accumulation d’accords ; deux visites du Premier ministre Sifi Ghrieb à Niamey en quarante jours, plusieurs signatures majeures en quelques semaines. Cette rapidité d’exécution vaut démonstration : elle prouve une capacité à transformer l’intention politique en résultats tangibles, là où tant de partenariats régionaux s’enlisent dans la déclaration d’intention.
Ce que nous observons, c’est l’émergence d’un modèle régional neuf, fondé sur la géopolitique fraternelle autant que sur une solidarité de fait. Le Niger, en proie à des défis sécuritaires et économiques immenses, trouve en Alger un appui fiable et techniquement solide. L’Algérie, de son côté, ancre sa diplomatie d’intégration économique au Sahel par le levier le plus concret qui soit : l’énergie et le développement partagé, avec pour horizon une diversification des débouchés commerciaux du Niger. Cette dynamique pourrait redessiner les équilibres de toute la bande sahélienne et prouver que la coopération Sud-Sud, quand elle est nourrie d’intérêts mutuellement bénéfiques et de confiance restaurée, vaut bien des sommets internationaux. Une leçon de réalisme et de volonté à méditer par toutes les capitales de la région.

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