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De la carte Edahabia aux faux sites : Le nouveau business de l’ombre

Par Kamel Benelkadi8 min de lecture
De la carte Edahabia aux faux sites : Le nouveau business de l’ombre
Résumé IA

La DGSN lance une campagne «Protège-toi et protège ta famille» face à la recrudescence des cyberarnaques ciblant les utilisateurs de cartes Edahabia et bancaires pour achats en ligne et paiements.

En 2025, l'Algérie compte 37,8 millions d'internautes et la DGSN a traité 13 204 affaires de cybercriminalité impliquant 7 815 personnes, en hausse d'environ 15 % par an.

Les fraudeurs clonent les sites d'institutions comme Algérie Poste, la BNA et Naftal, et créent de fausses plateformes — tel «dz-eveant.com» pour de faux billets de concert — pour voler données bancaires et codes OTP.

Les experts identifient trois vecteurs d'attaque — failles techniques non corrigées, compromission de tiers de confiance et hameçonnage — rendus plus redoutables par l'usage de l'IA pour imiter voix et sites à la perfection.

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L’usage quotidien de la carte Edahabia ou des cartes bancaires pour le commerce électronique
et le paiement de factures crée un terrain propice pour les escrocs.

L’essor des technologies de l’information et la généralisation des paiements électroniques s’accompagnent d’une recrudescence des actes criminels dans l’espace virtuel. Face à cette situation, la Direction générale de la Sûreté nationale (DGSN) a intensifié ses actions de sensibilisation auprès des citoyens sous le slogan évocateur : «Protège-toi et protège ta famille». Cette opération vise à éclairer le grand public sur les pièges les plus courants de la Toile, qui vont de «l’escroquerie en ligne et l’usurpation d’identité jusqu’au piratage de comptes personnels, au vol de données bancaires et au cyber-chantage». Le contexte économique et social actuel favorise ces dérives cybernétiques. L’usage quotidien de la carte Edahabia ou des cartes bancaires pour le commerce électronique et le paiement de factures crée un terrain propice pour les escrocs. L’actualité récente fait régulièrement état de réseaux criminels démantelés après avoir spolié des victimes au moyen de faux sites d’achat, de fausses offres d’emploi ou de messages de hameçonnage (phishing).
Ces fraudeurs se font souvent passer pour des organismes officiels afin de subtiliser des codes de vérification confidentiels (OTP), incitant la police nationale à réitérer «qu’aucun service public ne demande de telles informations par téléphone ou par message».
Pour se préserver de ces menaces, l’adoption de réflexes sécuritaires élémentaires demeure la meilleure défense. Il est essentiel de renforcer l’accès à ses comptes par l’activation de l’authentification à deux facteurs, de créer des mots de passe complexes et d’éviter de cliquer sur des liens douteux reçus par SMS ou sur les réseaux sociaux. En cas d’escroquerie ou de chantage numérique, la règle d’or consiste à ne jamais céder aux exigences des cybercriminels, à conserver toutes les preuves matérielles telles que les captures d’écran et à solliciter immédiatement l’aide des autorités.
La réactivité et la collaboration des citoyens représentent un maillon essentiel pour endiguer ce phénomène. La DGSN met à la disposition du public plusieurs canaux de contact directs et accessibles à tout moment pour signaler toute activité suspecte ou déposer plainte. Les usagers peuvent ainsi composer le numéro vert 1548, contacter le 17 pour les urgences, passer par l’application mobile Allo Chorta, ou effectuer une e-déclaration sur le portail officiel algeriepolice.dz.

Risque sécuritaire asymétrique

L’Algérie traverse une phase de mutation technologique, marquée par des chiffres significatifs : 37,8 millions d’internautes recensés fin 2025, un taux de pénétration de 76,9% et 2,6 millions d’abonnés à la fibre optique. Si cette accélération est un levier de souveraineté et de développement, elle a mécaniquement engendré un risque sécuritaire asymétrique. La célérité du déploiement des infrastructures a, par endroits, distancé la «cyber-hygiène» d’une population devenue une cible massive. Cette dépendance aux services dématérialisés, avec plus de 200 prestations administratives en ligne, transforme désormais 37 millions de citoyens en cibles potentielles, faisant de la sécurité numérique une priorité de sécurité nationale.
L’année 2025 a été marquée par une progression fulgurante de la criminalité numérique sur l’ensemble du territoire national. Les services opérationnels de la DGSN ont recensé pas moins de 13 204 affaires de cybercriminalité, impliquant 7815 individus. Ce chiffre illustre l’ampleur prise par la fraude numérique, qui connaît une hausse annuelle constante estimée à environ 15% par les forces de sécurité. Les délinquants migrent progressivement du monde réel vers le cyberespace pour cibler les données personnelles et financières des citoyens, profitant de la dématérialisation croissante des services. Le modèle opératoire le plus répandu consiste à usurper l’identité visuelle et les logos d’importantes institutions et entreprises publiques. Des entreprises comme Algérie Poste (fausses tombolas, sites d’hameçonnage imitant la plateforme e-CCP et piratage des codes de vérification OTP envoyés par SMS), la Banque nationale d’Algérie (BNA) (diffusion d’applications mobiles factices) et Naftal (fausses plateformes de commande de pneus Continental exigeant des virements anticipés) ont dû multiplier les communiqués d’alerte pour protéger leurs usagers contre ce vol de données bancaires et d’identifiants.

Cloner des sites à l’identique

Récemment, la wilaya d’Alger a alerté contre le faux site «dz-eveant.com». Ce site pirate copiait des plateformes officielles pour vendre de faux billets de concert et dérober des coordonnées bancaires. Les spécialistes de la question attirent l’attention sur l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) par les cybercriminels, permettant de rédiger des e-mails parfaits sans fautes d’orthographe, de cloner des sites web à l’identique et même d’imiter la voix de proches ou de conseillers bancaires pour simuler des urgences. En cas d’appel douteux, même si l’interlocuteur se montre rassurant, poli et semble détenir des informations précises sur vous, le premier réflexe est de raccrocher immédiatement. La présence d’un lien ou d’une pièce jointe dans un message (SMS, e-mail) doit systématiquement éveiller les soupçons. Les fraudeurs exploitent des situations d’attente quotidiennes réelles (livraison d’un colis, mise à jour d’une carte) pour vous inciter à cliquer. Les techniques de fraude sont très élaborées et jouent habilement sur les émotions des victimes ; l’important est de s’en rendre compte au plus vite.
Selon les experts, les cybercriminels utilisent principalement trois méthodes pour infiltrer les systèmes d’information. Ils exploitent des faiblesses ou des absences de contrôle technique. Cela inclut les systèmes d’exploitation non mis à jour, les applications mal développées, les mauvaises configurations ou l’absence de contrôle d’accès au niveau du système d’information. Les attaques «zéro jour» (zero-day) sont particulièrement redoutables : elles exploitent des failles inconnues des éditeurs avant même qu’une mise à jour ou un correctif de sécurité ne puisse être développé et déployé. Au lieu de cibler directement un système hautement sécurisé, le cybercriminel prend le contrôle de réseaux ou de systèmes tiers de confiance qui communiquent avec sa cible. Une fois ces passerelles compromises, il s’infiltre pour voler, détruire, altérer des données ou effectuer des opérations frauduleuses. Lorsque les systèmes techniques sont trop difficiles ou trop longs à pirater, les cybercriminels ciblent l’utilisateur. Par le biais de l’hameçonnage (phishing), ils envoient des courriers piégés pour inciter la victime à cliquer sur un lien ou à télécharger un programme malveillant, lui faisant ainsi ouvrir les portes du réseau de l’intérieur.

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