Sahara occidental : le Washington Post explique pourquoi l’autonomie n’arrange pas Rabat

Le Washington Post affirme que c’est le Maroc qui bloque l’autonomie du Sahara occidental: il la présente comme solution sur la scène internationale tout en empêchant sur le terrain les élections et le transfert de compétences, afin d’éviter qu’elle devienne un modèle réplicable ailleurs, notamment dans le Rif. L’article souligne le risque d’un effet domino sur d’autres régions du royaume si l’autonomie est acceptée et rappelle que le plan de 2007 est resté lettre morte. Le Polisario rejette l’autonomie et réclame un référendum d’autodétermination; certains observateurs évoquent que le « cadeau empoisonné » pourrait réveiller les velléités séparatistes ailleurs, comme au Rif ou au Souss.
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TSA Algérie
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Et si le Maroc ne voulait pas en réalité de l’autonomie du Sahara occidental ? L’idée peut paraître saugrenue tant le royaume remue ciel et terre depuis près de deux décennies pour l’imposer comme unique base de solution au conflit.
Mais c’est un grand journal américain qui l’avance, le très sérieux Washington Post, assurant que c’est le Maroc lui-même qui bloque l’option de l’autonomie.
Le journal s’interroge dans une analyse consacrée au sujet si l’imposition de l’autonomie signifie « la fin de la crise ou le déclenchement d’une autre au Maroc ».
Le Maroc bloque lui-même le plan d’autonomie
Le 31 octobre, le Conseil de sécurité des Nations-Unies a adopté une résolution mentionnant pour la première fois l’autonomie « sous souveraineté marocaine » qui « pourrait représenter la solution la plus réalisable ».
Le Maroc jubile et entrevoit déjà la fin du conflit à son avantage et au détriment du peuple sahraoui. Cependant, le Washington Post doute que l’autonomie soit bien ce que veut le Maroc.
« Derrière cette apparente avancée diplomatique se profile un risque que Rabat redoute depuis longtemps : l’effet domino sur d’autres régions du royaume », écrit le célèbre journal américain qui cite la région du Rif.
Cette partie du Nord du Maroc a connu en 2016-2017 un mouvement de protestation populaire réclamant plus de développement et la fin des inégalités. Le mouvement, appelé le « Hirak du Rif », a été durement réprimé par le Makhzen.
Des velléités indépendantistes existent du reste dans cette région depuis l’échec, il y a un siècle, de Abdelkrim El Khattabi à instaurer la République du Rif après sa défaite face aux forces espagnoles et françaises soutenues par la famille royale marocaine.
La revendication est toujours portée par le Parti national rifain (PNR). « Si le Maroc accepte de donner l’autonomie à une région contestée, pourquoi pas au Rif ? Nous avons les mêmes revendications : dignité, égalité, contrôle sur nos ressources », déclare au Washington Post un militant rifain installé en Europe.
Le soutien à l’autonomie, un « cadeau empoisonné » pour le Maroc
Pour les analystes, note le journal édité dans la capitale américaine, « le palais royal craint précisément cet effet boomerang ».
Il rappelle que le plan d’autonomie est resté « lettre morte » sur le terrain depuis sa présentation en 2007, sachant qu’il n’y a eu aucune élection locale et aucun transfert réel de compétences. Citant plusieurs sources proches du dossier, le média explique cette situation par le fait que Rabat « ne veut pas créer un modèle réplicable ailleurs ».
« Le Maroc joue sur deux tableaux : il brandit l’autonomie comme solution internationale, mais la bloque sur le terrain pour éviter que d’autres régions, notamment le Rif ou le Souss, n’exigent la même chose », assure un diplomate européen.
Même le Front Polisario a qualifié la résolution du 31 octobre de « cadeau empoisonné » fait au Maroc par les États-Unis.
Cadeau empoisonné ou pas, l’organisation reconnue comme le représentant légitime du peuple sahraoui rejette le plan d’autonomie et tient au référendum d’autodétermination, seule solution conforme au droit.
L’unique effet jusque-là de la dernière résolution est de réveiller les velléités indépendantistes dans le reste du Maroc. « Dans les ruelles d’Al Hoceima ou de Nador, certains murmurent déjà : si le Sahara obtient l’autonomie, pourquoi pas nous ? », écrit le Washington Post.