Le trafiquant de drogue est poursuivi, le drogué est soigné

Par Sid Lakhdar Boumediène5 min de lecture
Le trafiquant de drogue est poursuivi, le drogué est soigné
Résumé IA

L'auteur plaide pour une sanction pénale des consommateurs de drogue, arguant que le trafiquant est poursuivi tandis que le drogué est simplement soigné.

Partant du principe que sans demande il n'y a pas de trafic, il estime que les usagers portent une part de responsabilité dans les dégâts considérables causés par ce fléau mondial.

Il prône une approche conjuguant prise en charge médicale des addicts et sanctions pénales lourdes, fidèle à l'égalité républicaine devant la loi.

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Le Quotidien d'Oran

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Le trafic de drogue a submergé le monde. Même s’il a toujours existé et existera toujours, la déflagration est gigantesque en ce moment.

Aucun état dans le monde n’a réussi à endiguer d’une manière satisfaisante ce fléau mortifère. Des milliards ont été engloutis, des milliers de campagnes de prévention, des centaines de conférences pédagogiques auprès des collégiens et une masse de législation à faire déborder la bibliothèque de Constantinople.

Le désastre s’amplifie chaque jour davantage et on a l’impression que la substance envahit les villes à la vitesse d’une contagion de la peste. Des vies sont détruites, des tueries barbares sont relatées, des fortunes colossales sont faites et brisent la volonté de gamins de treize ans à rester sur le bon chemin.

Que voulez-vous faire dans le système scolaire ? En une journée le gamin au biberon encore coulant sur ses lèvres peut encaisser jusqu’à cent euros par jour. Quant aux producteurs, en général dans des pays où le paysan doit trimer pour arracher sa subsistance quotidienne, on se rend bien compte de l’impossibilité de le convaincre.

Nous n’avions pas vu que nous faisions fausse route car notre humanisme, le vrai, nous a fait détourner d’une évidence. Il n’y a pas de trafic de drogue s’il n’y a pas de demande de drogue (même si l’équation est plus complexe). Or jusqu’à présent, le délinquant ou un criminel (rappel aux jeunes, c’est la gravité des faits qui détermine le qualificatif juridique) était le seul à être recherché, poursuivi et condamné.

Celui par qui la chaîne commence, le consommateur (le début de la chaîne est inversé vu l’explication précédente) sait que la drogue tue des populations entières par les produits qu’il consomme et qui génèrent l’innommable désastre. Il sait que chaque bouffée ou injection est coupable de la mort de centaines de milliers de personnes dans le monde et du sang versé.

La drogue la plus chère et parmi les plus mortifères est celle qui est consommée très élégamment » par des milieux aisés parmi lesquels ceux des célébrités du show-biz. Il en est de même pour une quantité incroyable de rejetons de la classe sociale aisée. Mais cette accusation n’exempte rien, absolument en rien les autres.

Nous ne pouvons plus considérer que les drogués sont des pauvres victimes atteintes de ce qu’on appelle pudiquement une addiction. Un drogué est un malade, il faut le soigner, il n’est pas un délinquant, il n’est pas un criminel. Ce sont ceux qui harcèlent ces pauvres malheureux, aussi bien dans les salons mondains que dans les recoins des immeubles, qui sont coupables.

Ils ont droit à des psychologues, des médecins et des soutiens sociaux pour beaucoup. Ils sont les victimes de délinquants et criminels sans foi ni loi. C’est absolument insupportable de continuer dans cette voie d’excuses sans en payer un très lourd tribut.

Mais bien entendu que c’était un moment de colère. Mais bien entendu que je ne verse pas dans la doctrine de l’ordre conservateur. Bien entendu qu’il faut continuer encore et toujours à faire des campagnes de prévention et de soigner les drogués.

Mais il n’est pas interdit de dire sa colère et de ne pas se voiler la face, il faut dans le même temps sanctionner pénalement et très lourdement les drogués car notre compassion humaniste n’est pas gratuite, elle est responsable de la sécurité et de la santé des êtres humains.

La compassion, oui, mais pas la faiblesse de pardonner au premier responsable de la chaîne. En même temps qu’on les prend en charge il faudra maintenant respecter une autre règle de la compassion et de l’humaniste, celle de l’égalité devant la sanction républicaine par les lois. L’un vend la drogue et tue l’humanité, l’autre la demande et la paye en se couvrant de l’excuse de la maladie et de la détresse. Ils sont tous les deux gravement coupables de la mort qui noie le monde dans une violence de sang.

Une compassion humaine dans une main, la force de la justice protectrice dans l’autre. En fin de compte je me rends compte que cette phrase, si on lui enlève son emphase, est tout simplement ce qui a été mon métier pendant quarante-deux ans.

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