Sous la glace de l’Antarctique : Des scientifiques découvrent une «cité des poissons» surprenante

Des chercheurs britanniques ont découvert plus de 1 000 nids de notothénioïdes à nageoires jaunes organisés en motifs géométriques inédits sous la banquise de la mer de Weddell, après le détachement d’un iceberg en 2019.
L’expédition à bord du SA Agulhas II a filmé 27 heures de fonds marins entre 290 et 411 mètres de profondeur, révélant six configurations de nids dont la grappe prédomine à 42 %.
Cette structuration inédite illustre une stratégie de défense collective contre la prédation, conforme à la théorie du « troupeau égoïste ».
L’étude, publiée dans Frontiers in Marine Science, fournit les preuves vidéo de nidification requises pour appuyer la création d’une aire marine protégée en mer de Weddell sous l’égide de la CCAMLR.
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El Watan
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En 2019, des chercheurs ont profité du détachement d’un gigantesque iceberg afin d’explorer pour la première fois le fond marin d’une zone jusqu’alors inaccessible de la mer de Weddell, en Antarctique. Ils y ont fait la découverte stupéfiante d’une «cité de poissons».
U ne découverte possible grâce à un triste événement. Dans une étude publiée dans la revue Frontiers in Marine Science en octobre 2025, des chercheurs britanniques font état de leurs observations d’un fond marin situé dans la mer de Weddell, en Antarctique.
Une zone qu’ils ont été les premiers à explorer en 2019 après le détachement d’un iceberg de la barrière de glace Larsen C.
À bord du navire SA Agulhas II, équipé d’un véhicule télécommandé baptisé Lassie, l’équipe a réalisé 27 heures de vidéos des fonds marins entre 290 et 411 mètres de profondeur. Ils ont découvert plus de 1000 nids de poissons organisés en motifs géométriques inédits.
Ces derniers ont été recensés sur cinq sites et appartiennent tous à la même espèce : le notothénioïde à nageoires jaunes (Lindbergichthys nudifrons). Ce petit poisson des glaces peut mesurer jusqu’à 19,5 cm. Il vit dans des nids de formes circulaires et paraboliques mesurant en moyenne 12,3 cm de diamètre. Si les scientifiques n’ont pas pu observer d’œufs durant leur expédition (menée après la période d’éclosion), ils sont en mesure d’affirmer que ce sont les mâles qui sont chargés d’en assurer la garde plusieurs mois, relaie Science Alert.
Des nids organisés en motifs géométriques inédits
Outre la population de poissons, les chercheurs ont été particulièrement impressionnés par la disposition des nids. Au lieu d’être éparpillés de façon aléatoire, ces derniers s’organisent en six configurations géométriques différentes, à savoir : en grappe (la plus répandue), en croissant, en ligne, en ovale, en U et en solitaire. C’est la première fois que de tels motifs sont décrits chez cette espèce de poissons antarctiques. La formation en grappe représente ainsi 42 % des nids découverts. Selon les scientifiques, cette particularité représente une stratégie de défense collective contre la prédation. En se regroupant, les poissons réduisent leur exposition individuelle aux prédateurs en plaçant d’autres congénères entre eux et la menace en question. Il s’agit de la théorie du «troupeau égoïste» développée par le biologiste William Donald Hamilton. Parmi les prédateurs potentiels des notothénidés à nageoires jaunes figurent des étoiles de mer (Ophiuroidea) et le ver ruban prédateur (Parborlasia corrugatus).
Au-delà de cette incroyable découverte au sujet du comportement de ces animaux, cette étude revêt une importance cruciale pour la conservation. La mer de Weddell fait en effet l’objet d’une proposition de création d’aire marine protégée (AMP) depuis plusieurs années. Un projet porté par la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR).
Pour adopter cette mesure de conservation, la commission a indiqué que des preuves vidéos claires de nidification sont nécessaires au dossier. L’étude menée par les chercheurs britanniques répond ainsi à ce type de demande, permettant de documenter cet habitat de reproduction structuré qui répond aux critères d’identification des «écosystèmes marins vulnérables». Cette découverte s’inscrit par ailleurs dans un effort plus large pour protéger une région qui fait partie des plus riches et des moins explorées de l’océan austral, avant que la pêche commerciale ou le changement climatique n’en altèrent les écosystèmes.
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