Culture

Place du 1er Novembre (ex-place Guydon) de Béjaïa : Entre panorama exceptionnel et patrimoine malmené

Par Nordine Douici6 min de lecture
Place du 1er Novembre (ex-place Guydon) de Béjaïa : Entre panorama exceptionnel et patrimoine malmené
Résumé IA

La place du 1er Novembre à Béjaïa offre un panorama exceptionnel sur le port et la Méditerranée, mais sa récente réhabilitation suscite de vives critiques chez les habitants.

Les grands ficus, sévèrement élagués à la tronçonneuse, offrent désormais peu d'ombre, tandis que le nouveau carrelage gris remplace l'ancien pavage et accentue la réverbération estivale.

Les riverains regrettent un aménagement standardisé qui néglige l'identité historique du lieu, notamment face à la gare maritime en verre et à la réplique contestée de la porte Baba Elfouqa.

Malgré ces transformations, l'esplanade demeure l'un des espaces publics les plus fréquentés de la ville, conservant son rôle de lieu de rencontre incontournable.

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La place du 1er Novembre (ex-place Gueydon) s’anime lentement sous un ciel clair, en cette matinée d’août. L’humidité accentue la sensation de chaleur. A mesure que le soleil monte, les habitués cherchent l’ombre des grands ficus, sévèrement élagués le mois de février dernier, tandis que des visiteurs s’attardent sur la terrasse pour profiter du panorama exceptionnel sur la mer et le port de Béjaïa.

Sous un grand ficus, «rescapé», quelques retraités discutent en regardant les cargos entrer lentement dans le port de Béjaïa. Plus loin, des familles cherchent un peu de fraîcheur, tandis que des jeunes se succèdent pour immortaliser, téléphone à la main, l’un des plus beaux panoramas de la ville. Chaque jour, habitants et visiteurs se retrouvent sur cette place, un site historique et culturel incontournable de l’antique Saldae. L’ombre des ficus reste l’un des principaux attraits du site, même si plusieurs visiteurs regrettent des arbres désormais fortement élagués, après une opération de réhabilitation qui a fait débat de la place. «Avant, toute la place était couverte de verdure. Aujourd’hui, il y a davantage de soleil que d’ombre. Ces pauvres ficus ont été sévèrement taillés à la tronçonneuse, et il faudra des mois pour que le couvert repousse», observe quelques visiteurs. Devant eux, la Méditerranée s›étend jusqu›aux reliefs de l›est de la wilaya. Derrière eux, l›ancienne ville dévoile son riche patrimoine. Malgré les années et les transformations, la place Gueydon, aujourd’hui place du 1er Novembre, reste un passage obligé pour quiconque visite Béjaïa. Mais, depuis sa récente réhabilitation, quelque chose semble avoir changé. Les habitués peinent à retrouver l’atmosphère qui faisait le charme de cette esplanade historique. «La terrasse est débarrassée de la grossière structure métallique couvrant l’escalier qui descend vers la cinémathèque, mais elle n’a plus le même cachet après le remplacement de l’ancien pavage», glisse un riverain, installé sur un banc, les yeux tournés vers le parterre. Le choix du revêtement est vivement critiqué. Les anciens pavés ont laissé place à un carrelage uniforme, gris. Sous ce soleil d›août, il accentue la réverbération et, surtout, se salit rapidement. Les traces noires, les taches et les marques sèches d’écoulement de lixiviat des bacs à ordures installés à l’entrée de la place, donnent l’impression d’un espace vieilli avant l’heure. Pour beaucoup, cette place méritait un traitement plus respectueux de son histoire. «On attendait, avec l’important investissement public consenti, qu’on allait redonner tout son éclat à ce site emblématique», dit un habitant de Bougie. Et d’ajouter : «Au lieu de cela, vous voyez bien que cette rénovation a privilégié un aménagement standardisé, sans réelle prise en compte de l’identité du lieu.»

Monuments classés

C’est précisément cette âme que de nombreux Béjaouis disent aujourd’hui chercher en parcourant cette esplanade, toujours aussi belle par sa situation, mais désormais différente dans son expression. Autour de cette place, construite entre 1895 et 1900, le patrimoine raconte à lui seul plusieurs siècles d’histoire. A quelques mètres se dressent la place Patrice Lumumba, homme d’Etat congolais et militant des causes africaines, le buste de l’ancien président du Portugal Manuel Teixeira Gomes, ainsi que le mythique hôtel Etoile où cette figure historique séjourna une dizaine d’année dans la coquette ville de Béjaïa, jusqu’à sa mort en 1941. Plus loin, commencent les ruelles de l’ancienne médina, avec ses commerces foisonnants, les maisons anciennes de l’époque coloniale, ses vestiges et ses monuments classés, témoins d’une cité qui fut l’une des plus importantes de la Méditerranée. Plusieurs couches d’histoire s’y sont alternées, à l’image de celle des Romains, des Hammadites, des Ottomans, des Espagnols et enfin des traces du colonialisme français. Cette richesse patrimoniale contraste pourtant avec certains choix d’aménagement qui peinent à convaincre. L’exemple phare est la nouvelle gare maritime, visible depuis le balcon de cette place en question, érigée tout en verre et occultant les traces d’un site historique. La nouvelle réplique de la porte des étendards (Baba Elfouqa) est appelée à être replacé suite à une vive contestation des habitants, estimant que celle-ci manque d’authenticité. Les exemples sont légion. Pour des architectes et défenseurs du patrimoine, «un aménagement ou une restauration ne consiste pas seulement à remplacer un revêtement ou à installer du mobilier urbain neuf. Elle doit préserver l’esprit des lieux, son histoire, et renforcer sa valeur culturelle». La place du 1er Novembre demeure aujourd›hui l›un des espaces publics les plus fréquentés de Béjaïa. Son panorama exceptionnel continue d’attirer les visiteurs et son rôle de lieu de rencontre reste intact.

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