Le drame des baignades interdites !

Par Cherif Ali6 min de lecture
Le drame des baignades interdites !
Résumé IA

La Protection civile a recensé 139 noyades mortelles depuis le 1er juin 2026, dont 42 dans des plans d’eau non aménagés comme les barrages et retenues collinaires.

Les enfants et adolescents des wilayas intérieures, privés de plages et de piscines accessibles, paient le plus lourd tribut à l’absence d’alternatives sécurisées face à la canicule.

L’auteur préconise l’installation rapide de piscines gonflables surveillées dans les communes exposées et lance l’idée d’un programme national « une piscine par commune » adapté aux réalités locales.

Il juge indispensable de passer d’une logique d’interdiction et de sensibilisation à une véritable politique publique de prévention par l’équipement, avant le prochain drame estival.

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Le Quotidien d'Oran

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Le mercure grimpe, la chaleur devient étouffante et, avec elle, revient la tentation de chercher quelques minutes de fraîcheur là où elle peut devenir mortelle : barrages, retenues collinaires, gueltas, bassins agricoles et autres plans d’eau non aménagés.

Puis viennent les drames !

Un enfant qui ne rentre pas à la maison. Un adolescent parti se baigner avec ses copains et qui ne reviendra jamais. Des parents qui attendent, espèrent, puis comprennent l’impensable.

Et, une fois encore, les mêmes images, les mêmes appels à la prudence, les mêmes recommandations… jusqu’à l’été prochain.

Selon le dernier bilan communiqué par la Protection civile, 139 décès par noyade ont été enregistrés depuis le 1er juin 2026 : 97 sur les plages, notamment dans des zones interdites ou en dehors des horaires de surveillance, et 42 dans des plans d’eau tels que les barrages, mares et retenues.

Derrière ces chiffres froids, il y a pourtant des visages, des familles brisées, des chambres d’enfants qui resteront silencieuses et des parents qui ne regarderont plus jamais l’été de la même manière. Et parmi les victimes des plans d’eau, les enfants et les adolescents paient un lourd tribut.

Dans certaines wilayas de l’intérieur et des Hauts-Plateaux, la mer est à des dizaines, voire des centaines de kilomètres. Les piscines communales sont inexistantes, insuffisantes ou difficilement accessibles. Les infrastructures aquatiques restent rares. Et les familles modestes n’ont pas forcément les moyens de transformer chaque week-end en excursion vers le littoral.

Et lorsque la seule eau disponible se trouve dans un barrage ou une retenue voire une « guelta » l’interdit devient parfois moins fort que la chaleur. C’est là que nous devons cesser de regarder le problème uniquement sous l’angle de l’imprudence, même si, se baigner dans un barrage est dangereux. Bien sûr, les enfants doivent être sensibilisés et les interdictions respectées. Bien sûr, les parents ont une responsabilité.

Mais peut-on éternellement demander aux enfants de ne pas aller dans l’eau lorsque, dans certaines communes, il n’existe tout simplement aucun endroit sûr où ils puissent se rafraîchir ? Mais lorsqu’une commune ne propose aucune alternative, le problème ne disparaît pas parce qu’on plante un panneau « baignade interdite ».

Il ne s’agit évidemment pas de construire du jour au lendemain une piscine olympique dans chaque commune. Les budgets sont importants, les études longues, les travaux complexes et les délais parfois interminables. Mais faut-il vraiment attendre plusieurs années avant de proposer une solution ? En attendant, pourquoi ne pas mettre en place, dans les communes particulièrement exposées, des espaces de baignade estivale à faible coût, équipés de piscines gonflables ou semi-rigides de grande capacité, installées dans des lieux sécurisés et surveillés ? Une piscine gonflable adaptée aux collectivités ne réglera évidemment pas toute la problématique. Mais elle peut constituer une réponse rapide, temporaire et relativement peu coûteuse face à une situation d’urgence qui, elle, se répète chaque été. On pourrait imaginer ces installations saisonnières dans les stades communaux, les espaces de jeunesse, les complexes sportifs ou certains terrains communaux disponibles. Pourquoi, aussi, ne pas inscrire progressivement une véritable opération nationale intitulée : « Une piscine par commune ». Il pourrait s’agir d’une piscine communale adaptée à la population locale, éventuellement couverte dans les régions où cela se justifie, ou d’une infrastructure saisonnière dans les zones les plus exposées aux fortes chaleurs.

Car au fond, la question est simple: Combien coûte une piscine temporaire comparée au coût humain, social et psychologique d’une noyade ? Combien coûte une installation de baignade surveillée comparée aux moyens mobilisés chaque année pour rechercher une victime dans un barrage ? Pour l’heure, on lance des campagnes de sensibilisation. On rappelle les interdictions. Puis l’été passe. Et l’année suivante, la même histoire recommence. Il faut pourtant changer de logique : dans les communes éloignées du littoral, particulièrement touchées par les fortes chaleurs et dépourvues d’équipements aquatiques, la création d’espaces de baignade surveillés devrait devenir une véritable politique publique de prévention. Parce qu’un enfant qui se baigne dans un barrage ne cherche pas nécessairement le danger. Il cherche souvent simplement quelques minutes de fraîcheur.

Nous pouvons, aussi, continuer à mettre des panneaux autour des barrages.

Nous pouvons, aussi, continuer à rappeler que la baignade y est interdite.

Nous pouvons, aussi, continuer à publier des bilans macabres après chaque nouveau drame.

Ou nous pouvons surtout, nous demander ce que nous pouvons faire avant la prochaine noyade.

À nous de faire en sorte que ces quelques minutes ne deviennent jamais les dernières.

Et parfois, la réponse peut être étonnamment simple :une piscine gonflable, quelques moyens, une surveillance sérieuse… et la volonté de sauver des vies.

L’été ne devrait pas être une saison où les familles algériennes tremblent chaque fois que leurs enfants franchissent la porte de la maison en quête de fraîcheur, au risque d’y laisser la vie.

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