Qui peut sanctionner les Emirats ?
Une enquête du Financial Times révèle que les Émirats arabes unis alimentent l'instabilité en Afrique via un réseau de mercenaires formés en Colombie puis déployés en Somalie, en Libye et au Soudan.
Sous la direction de Mohammed ben Zayed, Abou Dhabi soutiendrait les Forces de soutien rapide au Soudan et orchestrerait un trafic d'or illicite estimé à 30 milliards de dollars par an.
Un rapport d'experts de l'ONU évoque une rançon de 50 millions de dollars versée fin 2025 à des groupes liés à Al-Qaïda pour libérer un ressortissant émirati enlevé au Mali.
Le Conseil de sécurité étant verrouillé et l'OFAC américaine improbable, le GAFI reste le levier le plus crédible, avec une réévaluation prévue en 2026 susceptible de replacer les Émirats sur sa liste grise.
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El Watan
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Une enquête du Financial Times révèle que les Emirats arabes unis alimentent activement l’instabilité dans plusieurs pays africains, via un réseau de recrutement et d’entraînement de mercenaires s’étendant de la Colombie jusqu’à la Somalie, la Libye et le Soudan. Sous la direction de Mohammed ben Zayed, Abou Dhabi multiplie les manœuvres de déstabilisation au service d’une stratégie d’accès aux ressources. Le journal documente des partenariats avec des groupes armés non étatiques dans la Corne de l’Afrique, notamment autour du trafic d’or illicite (estimé à 30 milliards de dollars par an, selon Swissaid), ainsi qu’un pillage massif de l’or soudanais, qualifié de l’un des plus importants de l’histoire. GSSG, société émiratie, aurait organisé le transport de mercenaires colombiens vers le Soudan, aux côtés des Forces de soutien rapide (FSR), dès octobre 2024, pour établir un couloir logistique via la Libye orientale. Plusieurs sources africaines dénoncent une ingérence jugée plus déstabilisatrice que celle d’autres puissances, facilitée par l’alliance d’Abou Dhabi avec Israël et un lobbying international agressif. Ces révélations interviennent juste après qu’un rapport d’experts de l’ONU, dévoilé par Reuters, fait état d’une rançon de 50 millions de dollars versée pour libérer un ressortissant émirati enlevé au Mali fin 2025 par des groupes liés à Al Qaïda. Le document ne nomme ni l’otage ni le pays payeur, mais trois sources régionales désignent les Emirats. Deux autres captifs, un Pakistanais et un Iranien, auraient été libérés à la même occasion. L’essentiel de la somme aurait été redistribué entre les katibas de la JNIM, coalition liée à Al Qaïda, qui revendique près de 8000 combattants dans le Sahel, dont la moitié au Mali.
Qui peut, dès lors, sanctionner Abou Dhabi ? Le Conseil de sécurité dispose sur le papier de l’arsenal le plus puissant (gel d’avoirs, interdictions de voyager, listes du régime 1267/1989), mais cette voie reste verrouillée : les Emirats cultivent des liens étroits avec plusieurs membres permanents, à commencer par Washington. Le rapport documente ; il ne sanctionne pas. L’OFAC américaine serait en théorie l’option la plus crédible, mais Abou Dhabi demeure un partenaire stratégique majeur du Golfe : une initiative paraît improbable, sauf sursaut du Congrès
Quant à l’Union européenne, elle n’a jamais activé son régime antiterroriste contre une monarchie du Golfe, choix renforcé depuis 2022 par la quête de partenaires énergétiques alternatifs à la Russie. Reste le GAFI, levier le plus réaliste à court terme. Les Emirats ont figuré sur sa liste grise entre 2022 et 2024 avant d’en sortir. Une nouvelle évaluation est prévue en 2026 : si les révélations sur le Mali et le Soudan y pèsent, un retour sur cette liste, aux conséquences bancaires réelles, demeure plausible. En l’absence de mécanisme contraignant à brève échéance, c’est donc l’exposition médiatique qui reste le principal levier disponible. Cette affaire s’inscrit dans un dossier émirati à large spectre : au Soudan, Abou Dhabi est accusé de soutenir les FSR du général Hemedti, dopant au passage le trafic d’or vers ses raffineries. Du Sahel au Soudan, le fil conducteur est identique : des acteurs armés non étatiques financés, directement ou non, par un Etat qui a bâti son image sur la modernité et la médiation régionale. Il appartient désormais à la communauté internationale, et singulièrement aux Etats sahéliens en première ligne face à l’expansion de JNIM, d’exiger que cette image se confronte enfin aux faits.
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