Organisation du congrès de la Soummam à Ifri Ouzellaguen en 1956 : L’efficacité saisissante de Amirouche Aït Hamouda

Par Hafid Azzouzi10 min de lecture
Organisation du congrès de la Soummam à Ifri Ouzellaguen en 1956 : L’efficacité saisissante de Amirouche Aït Hamouda
Résumé IA

Le colonel Amirouche Aït Hamouda, âgé de 29 ans, a été chargé par Krim Belkacem d'assurer la sécurité du congrès de la Soummam d'août 1956 à Ifri Ouzellaguen.

Il a mobilisé près de 3000 combattants, organisé la logistique et mené des opérations de diversion contre les postes français pour protéger les congressistes pendant huit jours.

Le congrès s'est achevé avec succès, adoptant des résolutions historiques, et Amirouche a été promu commandant militaire de la wilaya III avant de participer à l'application de ses décisions.

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Il a réussi, avec un courage et une vivacité stratégique, la mission d’assurer la sécurité des congressistes qui ont pris part à cette rencontre historique. Il a protégé le lieu de la réunion tout en surveillant les accès à la zone.

Le nom du Colonel Amirouche Aït Hamouda, figure emblématique de la Guerre de Libération nationale, chef de la Wilaya III historique, est intimement lié au Congrès de la Soummam de par, notamment, son implication dans l’organisation de ce rendez-vous qui a permis la structuration de la Révolution. En fin stratège, il a réussi, avec une efficacité saisissante, la mission de sécuriser l’événement, qui s’est tenu du 13 au 20 août 1956 au village d’Ifri Ouzellaguen (Ighzer Amokrane), dans la wilaya de Béjaïa. Cette rencontre historique a eu lieu dans cette localité où se sont retrouvés les principaux dirigeants du FLN et de l’ALN pour discuter des moyens susceptibles de doter la révolution d’organes de délibération et d’organisation. «Amirouche, alors âgé de 29 ans lorsqu’il a endossé les plus hautes responsabilités politiques et militaires pour encadrer l’un des mouvements de libération les plus intenses de l’histoire contemporaine, doit être cette source d’inspiration intarissable pour les jeunes d’aujourd’hui afin de bâtir leur pays et lui offrir un avenir des plus sûrs. Son courage, sa vivacité stratégique, sa bravoure et le caractère visionnaire de ses actions ont montré la grandeur de l’homme», souligne-t-on à la Fondation qui porte le nom de ce valeureux martyr de la Guerre de Libération nationale. La Fondation Amirouche, présidée par son fils Nordine, a vu le jour il y a quelques années, pour justement immortaliser le combat des chouhada, particulièrement celui du Colonel Amirouche qui, «profondément attaché au peuple, puisait sa force dans cette solidarité nationale, qui a transformé la lutte armée en une cause commune portée par tous les Algériens, des montagnes de la Kabylie jusqu’aux plaines du Sud».

Amirouche Aït Hamouda au cœur de l’organisation

Chabane Ali Ahmed, enseignant-chercheur en histoire au département des sciences humaines de l’université Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou (UMMTO), rappelle que Amirouche Aït Hamouda était au cœur de la stratégie de la sécurisation des chef historiques lors du Congrès de la Soummam, en août 1956.
«Il s’est vu confier une telle responsabilité qui n’est pas quelque chose de simple à gérer, mais il l’a assumée avec beaucoup de courage», nous a-t-il confié, soulignant que ce chef de la Wilaya III historique a, malgré son jeune âge, fait preuve d’une remarquable capacité d’organisation en mobilisant près de 3000 combattants autour du dispositif de protection du Congrès. «Il faut savoir aussi que sa mission ne se limitait pas seulement à la sécurité, mais il a également mené des actions de diversion pour détourner l’attention des forces de l’armée coloniale dans cette région de montagne, où il y avait une forte présence de militaires français. Durant 15 jours, la durée du Congrès, l’organisation de la logistique constituait aussi un autre défi majeur pour Amirouche, qui avait la responsabilité de sécuriser l’acheminement des ravitaillements pour assurer la nourriture aux participants de ce rendez-vous historique», a-t-il relevé, estimant que réussir une telle mission témoigne des qualités précoces de stratège dans l’organisation et la responsabilité d’un grand chef. «Le 20 août 1956, Krim Belkacem lui a confié la grande responsabilité d’assurer la sécurité de l’historique Congrès de la Soummam. Une mission qui n’est pas des moindres, car ce Congrès clandestin constitue la structure de la Révolution algérienne et regroupe dans un petit périmètre les principaux acteurs de la Guerre de Libération», relatent des moudjahidine, dont certains ont même été des proches collaborateurs du Colonel Amirouche, comme son secrétaire, le défunt Rachid Adjaoud, qui a, avant son décès en 2016, témoigné sur le succès militaire qui a été, a-t-il raconté, préparé dans la plus grande clandestinité. Aujourd’hui, il ne reste que peu de moudjahidine qui ont connu Amirouche dans les maquis, et surtout ceux qui peuvent témoigner de son implication effective dans l’organisation du Congrès de la Soummam. Toutefois, des chercheurs dans le domaine de l’histoire et particulièrement ceux qui travaillent sur la Guerre de Libération nationale ont mené un travail de mémoire qui permet de revisiter des étapes importantes de la glorieuse lutte armée contre le colonialisme pour l’indépendance du pays.

Le choix stratégique de Krim Belkacem

Au Musée régional du Moudjahid de Tizi Ouzou, nous rencontrons Rachid Djouadi, conservateur au sein de cet établissement, qui est, dit-il, sur un projet très intéressant puisqu’il s’agit de recueillir des témoignages auprès des moudjahidine encore en vie. «En sa qualité de chef de la région de la Soummam, Amirouche s’est vu confier la responsabilité de sécuriser le congrès du FLN-ALN. Une tâche suprême mais difficile, car elle a nécessité une extrême vigilance et une bonne stratégie pour faire face aux éventuelles opérations militaires coloniales qui pouvaient neutraliser les congressistes à Ifri», explique-t-il. Notre interlocuteur souligne que Amirouche a même eu l’idée de harceler les postes de l’armée coloniale de la région afin de créer un climat de diversion, obligeant les troupes militaires françaises à se maintenir sur place. «Les opérations ont permis d’éloigner le danger sur le lieu de la rencontre. D’ailleurs, les délégations venues des autres zones historiques d’Algérie ont été sereinement escortées et acheminées jusqu’à Ifri sans le moindre incident. A la fin des travaux, les participants ont été accompagnés par des moudjahidine, dans les mêmes conditions, jusqu’à la limite du territoire de la région», nous précise M. Djouadi, qui ajoute que grâce à cette mobilisation bien encadrée du chef Si Amirouche, le Congrès a clôturé, avec succès, ses travaux qui ont été sanctionnés par des résolutions historiques. «Un tel exploit n’est pas passé inaperçu, puisque Si Amirouche a été promu commandant militaire dans le comité naissant de la Wilaya III historique, aux côtés de son chef le Colonel Mohammedi Saïd, dit Si Nacer», souligne-t-il, ajoutant que «Amirouche a mis en échec la propagande coloniale qui faisait de la Soummam une région pacifiée».
Rachid Djouadi rappelle, en outre, que le CCE chargera ensuite Amirouche, avec des délégués d’autres Wilayas historiques, d’effectuer une tournée dans les Aurès afin de s’enquérir de l’état des lieux et vulgariser les décisions et les recommandations issues du Congrès de la Soummam. «Si Amirouche a été un  »Soummamien » convaincu, qui a œuvré à l’application des décisions du Congrès dans sa Wilaya, comme il a aussi apporté sa contribution dans la réorganisation de la Wilaya VI historique commandée par Si El Haouès», explique-t-il.
Par ailleurs, sur le changement du lieu qui devait initialement abriter le Congrès de la Soummam, le professeur Mezhoura Salhi de l’UMMTO nous livre plus de détails sur la question. Elle précise que c’est Amirouche qui a proposé de transférer le siège du Congrès de la Kalâa des Beni Abbès (Ighil Ali) vers la région d’Ifri Ouzellaguen, en raison, explique-t-elle, de son emplacement stratégique, de son relief montagneux et de ses forêts denses, qui permettaient de surveiller les mouvements des forces françaises et offraient de meilleures possibilités de retraite et de manœuvre, sans compter la solidité de l’organisation et l’adhésion de la population à la Révolution. La même universitaire affirme que l’organisation de ce rendez-vous a commencé dès les premières semaines de l’année 1956. «Dès le début de cette même année, il s’est attelé à mettre en œuvre les directives du commandement de la région concernant l’accueil des participants, la préparation du lieu de réunion et sa sécurisation», souligne-t-elle, avant de citer Krim Belkacem qui a, a-t-elle confié, chargé Amirouche d’assurer «la supervision des différents aspects humains, matériels, organisationnels et sécuritaires du Congrès. Il a ainsi mis en place un comité de préparation et réparti les tâches entre plusieurs responsables, notamment la sécurisation des routes, l’approvisionnement, la collecte de renseignements, la surveillance de la population et le maintien du secret. Il a également mobilisé des unités de l’Armée de libération et des moussabline pour protéger le lieu de la réunion et surveiller les accès à la zone, et a envoyé des groupes de moudjahidine pour accueillir les délégations et les escorter par des itinéraires sécurisés jusqu’au siège du Congrès», nous fait savoir le Pr Mezhoura Salhi, qui estime que la réussite du rendez-vous historique de la Soummam est étroitement liée à la minutieuse préparation sur le terrain, notamment sur le plan sécuritaire, dont Amirouche en a assuré la mission en étant l’un des principaux responsables de cet événement.
«Cela a permis à la direction de la Révolution de tenir sa première réunion générale sur le territoire national et de discuter de l’organisation de la Révolution dans des conditions caractérisées par la confidentialité et la discipline», soutient-elle. Le Colonel Amirouche Aït Hamouda, né le 31 octobre 1926 à Tassaft Ouguemoun, dans l’actuelle commune d’Iboudrarene, à Tizi Ouzou, est mort au combat au sud de Bou Saâda, le 28 mars 1959. Son parcours révolutionnaire a fait de lui une légende. La date de sa disparition est commémorée, chaque année, dans la wilaya de Tizi Ouzou. En mars dernier, une journée de mémoire a été organisée au Musée régional du moudjahid de Tizi Ouzou pour saluer l’engagement et le parcours des colonels Amirouche et Si El Haouès, morts en martyrs. 

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