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La mémoire de deux tournants fondateurs

Par Cherif Lahdiri5 min de lecture
Brifa
Résumé IA

L’Algérie commémore ce 20 août la Journée nationale du moudjahid, double anniversaire de l’Offensive du Nord-Constantinois de 1955 et du Congrès de la Soummam de 1956.

L’insurrection de 1955 a révélé le caractère populaire et massif de la résistance, tandis que le Congrès de la Soummam a structuré la révolution par des institutions politiques et militaires durables.

Ce second tournant a inscrit l’Algérie dans la dynamique mondiale des décolonisations tout en affirmant une singularité doctrinale : la guerre de libération comme construction étatique autant que confrontation armée.

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L’Algérie commémore aujourd’hui, jeudi 20 août, la Journée nationale du moudjahid, qui recouvre un double anniversaire : l’Offensive du Nord-Constantinois, déclenchée le 20 Août 1955, et le Congrès de la Soummam, tenu un an plus tard jour pour jour. Cette coïncidence calendaire n’a rien d’un hasard symbolique : elle relie deux moments qui, ensemble, forment la matrice stratégique de la Révolution algérienne, l’un consacrant son caractère irrémédiablement populaire, l’autre lui donnant l’architecture politico-militaire nécessaire pour tenir dans la durée. Lancée le 20 Août 1955 dans le Nord-Constantinois, sous la direction de deux chefs historiques, le chahid Zighoud Youcef et le défunt moudjahid Lakhdar Bentobal, l’insurrection montre que la résistance armée pour la décolonisation n’était plus le fait de quelques maquisards isolés, mais celui d’un soulèvement populaire massif, d’où sa portée historique. La réponse coloniale fut une répression sanglante et criminelle, comparable par son ampleur aux massacres de Sétif, Guelma et Kherrata en 1945, avec des exécutions de masse et des victimes jetées dans des fosses communes. Cette barbarie commise par la France, loin de circonscrire la révolte, en révéla l’ampleur et l’échec de la stratégie coloniale. Il n’y aurait pas de voie médiane entre la colonisation et l’indépendance.
Mais un soulèvement populaire, aussi massif soit-il, ne suffit pas à porter une guerre de libération jusqu’à son terme. C’est là qu’intervient le second temps de cette séquence : le Congrès de la Soummam, un an plus tard, qui vient structurer ce que l’Offensive avait révélé. Là où 1955 avait démontré la force du nombre, 1956 apporte la discipline de l’organisation et constitue l’étape ultime de l’unification des forces politiques héritées du Mouvement national. Le Congrès de la Soummam, tenu le 20 Août 1956, s’inscrit dans une séquence mondiale où l’ordre colonial se fissure sur plusieurs continents à la fois. Deux ans plus tôt, en mai 1954, la défaite française à Diên Biên Phu avait déjà administré la preuve qu’une puissance coloniale pouvait être vaincue par un mouvement de libération structuré, discipliné et politiquement organisé ; le Vietminh de Hô Chi Minh offrait ainsi au FLN naissant un précédent stratégique direct, celui de la guerre populaire prolongée doublée d’une diplomatie internationale active. La Conférence de Bandung, en avril 1955, avait pour sa part donné un cadre idéologique à cette vague afro-asiatique en posant les jalons du non-alignement et en légitimant, sur la scène internationale, le droit des peuples colonisés à disposer d’eux-mêmes, un principe dont les délégués de la Soummam se réclament explicitement en cherchant à internationaliser la cause algérienne au-delà du seul rapport de force avec Paris. C’est précisément cette dimension qui distingue la Soummam des autres foyers révolutionnaires contemporains ; le Vietnam, mais aussi la Tunisie, indépendante la même année 1956 par la voie négociée : là où Bourguiba avait privilégié la négociation graduelle, le Congrès de la Soummam tranche en dotant la révolution algérienne d’un appareil institutionnel (CNRA, CCE) capable de porter la lutte armée sur la durée. En ce sens, la Soummam relie l’Algérie à la grande dorsale des décolonisations des années 1950-1960 (Indochine, Afrique subsaharienne, Moyen-Orient) tout en y imprimant une singularité doctrinale que revendiquera plus tard le tiers-mondisme : celle d’une guerre de libération pensée comme construction étatique autant que comme confrontation armée. Plus fondamentalement, la Soummam tranche une question : la guerre ne serait pas seulement gagnée les armes à la main, mais pensée, dirigée, arbitrée par une instance politique ancrée dans le pays même où se menait le combat. Commémorer le 20 Août, c’est ainsi commémorer moins deux dates qu’une seule trajectoire, celle d’un peuple qui s’est soulevé, puis qui a su s’organiser pour recouvrer toute sa dignité et sa liberté.  

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