Prison du Coudiat à Constantine : Un patrimoine historique en quête de valorisation

Par S. Arslan22 min de lecture
Prison du Coudiat à Constantine : Un patrimoine historique en quête de valorisation
Résumé IA

La prison du Coudiat à Constantine, construite par l'administration française en 1853, est l'un des plus anciens établissements pénitentiaires d'Algérie et a détenu des figures majeures de la résistance comme Cheikh El Haddad et Mustapha Ben Boulaïd, qui s'en évada spectaculairement en 1955.

Menacée de démolition pour le projet de tramway, elle a été sauvée grâce à la mobilisation de l'Association de défense du Vieux Rocher et classée patrimoine national en 1992.

Malgré les promesses faites en 2013, sa transformation en musée de la Révolution algérienne n'a toujours pas été réalisée, laissant ce lieu de mémoire en attente de valorisation.

E

Publié par

El Watan

Publié le

ou lire sur le site source →

Article Original

Contenu complet de la source

«Sur le Rocher, on respire une atmosphère particulière, tissée d’histoire et de destinée humaine, du fait qu’elles ont recueilli des vestiges de sept civilisations successives (berbère, phénicienne, romaine, byzantine, arabe, turque et française) dont, au cours des millénaires, les assises se sont superposées sur le large dos de cet illustre rocher.» Malek Haddad

On ne peut pas passer par le centre-ville de Constantine sans remarquer cette imposante bâtisse, visible de loin, qui s’élève comme une forteresse aux murs épais et hauts de plusieurs mètres, située à quelques pas seulement de la Place Colonel Amirouche (ex-Place de la Pyramide). Des milliers de passagers de la station du tramway du stade Benabdelmalek, réalisée juste derrière la prison, traversent chaque jour le périmètre de ce lieu qui garde toujours une grande valeur historique pour la ville, même si la majorité des Constantinois ne connaissent pas grand-chose de son histoire. En fait, c’est à partir de cet endroit que le corps expéditionnaire français lança l’assaut et réussit la prise de la ville de Constantine, le vendredi 13 octobre 1837. Dans son livre «Constantine, voyages et séjours 1879», Louis Régis fait une description des lieux en notant : «Constantine est située entre deux grandes vallées que sépare une sorte d’isthme, ou langue de terre, jadis très étroite, aujourd’hui plus large, qui relie la ville avec la montagne appelée Coudiat Ati. C’est par ce seul point vulnérable qu’elle fut attaquée lors du second siège.» Dans la foulée de la conquête, l’administration française choisira ce site situé dans le prolongement du plateau du Coudiat, à environ un kilomètre des remparts de la ville de Constantine, pour construire l’une des plus anciennes maisons de détention en Algérie à partir de 1853. Elle a été réalisée bien avant celle de Serkadji (ancienne prison Barberousse) à Alger, achevée en 1856. Celle du Coudiat deviendra plus tard une prison départementale pour tout l’Est algérien. La politique coloniale en Algérie a imposé une organisation judiciaire similaire à celle appliquée en France, mais avec des conditions plus sévères durant la conquête, qui avait fait des milliers de prisonniers parmi les résistants algériens lors des multiples révoltes menées contre l’envahisseur. Selon l’historique de la direction de l’Administration pénitentiaire, créée en 1858, cette dernière dépendait en Algérie du ministère de la Guerre, avant de passer en 1861 sous tutelle du ministère de l’Algérie. Elle passera entre 1861 et 1871 sous l’autorité du gouverneur général militaire puis civil jusqu’en 1874. Après son rattachement à la Métropole, l’administration pénitentiaire revient encore une fois sous l’autorité du gouverneur général à partir de 1896. En 1950, l’Algérie comptait déjà cent sept établissements pénitentiaires, ce qui est déjà énorme à l’époque.

Un établissement de sinistre histoire

Créée à l’instar de celles d’Alger et d’Oran, la circonscription pénitentiaire de Constantine comprenait sept prisons départementales (dont deux de grand effectif : Constantine et Bône -Annaba), un centre pénitentiaire (ancienne prison militaire) et trente-trois prisons annexes. Etablissement de sinistre histoire, la prison du Coudiat, qui pouvait accueillir jusqu’à 750 détenus, sera durant plus d’un siècle (de 1853 à 1962) un lieu de détention pour les résistants à l’occupation française, les militants de la cause nationale et plus tard tous ceux qui seront condamnés pour avoir pris les armes contre l’ordre colonial durant la Guerre de libération (1954-1962). Entre les murs de cette prison avait séjourné Cheikh El Haddad, l’un des célèbres chefs de la résistance à l’occupation française, avec ses fils et de nombreux combattants. Elle sera encore plus connue par l’évasion spectaculaire de Mustapha Ben Boulaïd et dix de ses compagnons de cellule le 10 novembre 1955. Un événement qui avait fait la Une des journaux de l’époque. Malgré toute sa valeur symbolique dans l’histoire de la ville du Vieux Rocher, la prison du Coudiat sera gérée comme un « vulgaire » établissement pénitentiaire qui deviendra avec le temps un véritable point noir au cœur de la ville. On pensera même à sa démolition pure et simple pour les besoins du projet du tramway. Un projet qui fera polémique et menacera de détruire des pages de l’histoire de la lutte contre le colonialisme. Il a fallu tant d’acharnement et de lutte menée par l’Association de défense du Vieux Rocher de Constantine (ADDVRC), présidée par l’artiste-peintre Ahmed Benyahia, pour sauver ce monument de la mémoire vivante de la résistance et de l’héroïsme. Une action animée par le devoir de préserver aux générations futures ce véritable vestige de l’époque coloniale classé patrimoine national en 1992. L’association finira par avoir gain de cause et la prison du Coudiat sera sauvée, mais elle attendra toujours d’être érigée en «Musée de la Révolution algérienne», car les promesses faites il y a treize ans (en 2013) n’ont pas été tenues à ce jour.

Cheikh El Haddad, mort en détention à 83 ans

De son vrai nom Mohand Ameziane Ahaddad, Cheikh El Haddad (1790-1873), était l’un des principaux leaders des révoltes survenues en Algérie au XIXe siècle pour faire face à la conquête française. Il est issu de la famille de Mohand Ameziane ben Ali El Haddad qui quitta la région de Beni Mansour pour s’installer à Ighil Imoula, près de la vallée de la Soummam, avant de se fixer à Seddouk où son grand-père exerça le métier de forgeron. C’est pour cela que la famille reçut le nom d’El Haddad (forgeron). Enfant, il avait commencé par apprendre le Coran et la langue arabe à la zaouïa fondée par son père à Seddouk. Passé avec succès cette première étape obligatoire et dans le but d’acquérir plus de savoir, il rejoint la zaouïa de Cheikh Arab, dans le Djurdjura pour approfondir ses connaissances en théologie. Son intelligence, son sérieux et sa persévérance seront couronnés par l’obtention du prestigieux «diplôme», appelé «le mithaq», consécration de plusieurs années de savoir, de la part du khalifa de la zaouïa de Sidi Ali Ben Aïssa dans le Djurdjura. Après son retour à Seddouk-Oufella, il sera chargé de la gestion de la zaouïa de son père. Malgré son jeune âge, il fut choisi par les habitants pour qu’il soit l’imam et l’enseignant de la religion aux enfants dans la mosquée du village. Son dévouement et son engagement lui permettront de devenir khalifa de la confrérie de la Rahmania, fondée en 1774 par M’hamed Ben Abderrahmane. Le 8 avril 1871, Cheikh El Haddad, alors âgé de 81 ans, maître de la confrérie Rahmania, proclame la guerre contre l’armée française à la zaouïa de Seddouk, en soutien à la révolte de Mohamed El Mokrani et son frère Boumezrag dans la région de Bordj Bou Arréridj. L’insurrection, qui avait réussi à mobiliser des dizaines de milliers de combattants, notamment parmi les adeptes de la confrérie Rahmania en Kabylie, s’était étendue de la Mitidja au nord jusqu’au sud de l’Algérie. Malheureusement, elle ne pourra pas faire face longtemps à la supériorité militaire des troupes françaises qui se sont organisées pour mener la contre-attaque.
Après la mort de Cheikh Mohamed El Mokrani le 5 mai 1871, et l’affaiblissement de la résistance faute de munitions et par manque d’organisation, Cheikh El Haddad se constitue prisonnier le 13 juillet 1871. Une répression féroce sera menée contre les populations qui verront la saisie de leurs terres, alors que Cheikh El Haddad, ses fils, et tous les résistants faits prisonniers seront présentés devant la Cour d’assises de Constantine, dont le siège se trouvait à la place de la Brèche (actuellement siège du tribunal de Constantine de la place du 1er Novembre). Une peine de prison dans l’isolement pour une durée de cinq ans fut prononcée à l’encontre de Cheikh El Haddad le 19 avril 1873.
En raison de son âge avancé, il n’avait pu supporter les conditions d’incarcération pénibles à la prison du Coudiat. Il mourut, le 29 avril 1873, dix jours seulement après sa mise en détention. Il avait 83 ans. Bien qu’il ait émis, avec insistance, le vœu d’être enterré dans son village natal, il est inhumé le 13 juillet 1873 au cimetière central de Constantine, situé non loin de la prison du Coudiat. L’administration coloniale l’avait privé de cette dernière volonté. La même administration avait également décidé d’appliquer la politique de la déportation en Nouvelle-Calédonie, à l’égard de Boumezrag El Mokrani et des deux fils de Cheikh El Haddad, Aziz et M’hand. Inhumé au cimetière central de Constantine, Cheikh El Haddad sera réinhumé conformément à sa dernière volonté le 2 juillet 2009, avec son fils Aziz dans son village natal de Seddouk-Oufella dans la wilaya de Béjaïa.

L’évasion spectaculaire de Mostefa Ben Boulaïd

L’évasion qualifiée de spectaculaire de Mostefa Ben Boulaïd, chef de la Wilaya I historique durant la Guerre de libération, de la prison du Coudiat est l’un des épisodes les plus marquants et les plus inédits dans toute l’histoire des structures pénitentiaires durant l’époque coloniale. Une évasion qualifiée aussi d’impossible et d’inimaginable dans une prison aussi fortifiée que celle du Coudiat.
Mais le génie, l’ingéniosité et la persévérance de Ben Boulaïd, qui avait réussi grâce à ses qualités de stratège et de meneur d’hommes à mobiliser les tribus des Aurès pour déclencher la révolution dans cette région, en ont décidé autrement. Déjouant toutes les mesures de sécurité et la structure même d’un établissement qualifié de l’un des plus fortifiés et les mieux surveillés d’Algérie, Mostefa Ben Boulaïd a réussi à s’évader avec 10 autres détenus, jeudi 10 novembre 1955 à 17h30. L’information avait déjà fait le tour de la ville comme une traînée de poudre : Mostefa Ben Boulaïd n’était pas n’importe quel évadé. Il s’agissait de l’un des responsables du FLN, chef de l’insurrection du 1er Novembre 1954 dans les Aurès, plus connue par la «Nuit de la Toussaint». Pour revenir sur l’histoire de sa détention à la prison du Coudiat, on rappelle que Ben Boulaïd avait été arrêté au sud de la Tunisie le 11 février 1955, alors qu’il était en mission pour ramener des armes pour les combattants de l’Armée de libération nationale.
Le chef charismatique de la région des Aurès avait été condamné à la peine capitale en septembre 1955 par le tribunal militaire de Constantine. 
À la prison du Coudiat, il n’avait qu’une seule idée en tête : s’évader. Les détails de cette opération avaient été rapportés par Mohamed Tahar Abidi dit El Hadj Lakhdar, l’un des chefs de la Wilaya I historique, tel qu’ils lui avaient été racontés par Ben Boulaïd lui-même. Pour l’histoire, c’est Hadjadj Bachir, le chef du groupe chargé de déclencher les opérations du 1er novembre dans la région d’El Khroub, qui avait suggéré à Ben Boulaïd l’idée de creuser un tunnel au-dessous de la cellule. Après avoir recueilli toutes les informations sur la prison, Si Mostefa s’était  rendu compte que la cellule collective du rez-de-chaussée, où se trouvaient les 30 détenus, tous condamnés à mort, était mitoyenne d’une cellule désaffectée servant de dépôt de matelas et de lits.  
C’était une sorte de débarras qui s’ouvrait sur une petite cour intérieure. Les deux locaux de la prison se trouvaient du côté de la rue de Généraux Morris (actuelle rue Benlazrag Brahim). Le plan commençait à se dessiner : il suffit de desceller la dalle de ciment et creuser un tunnel pour rejoindre ce débarras.
C’est ainsi que les détenus avaient commencé à creuser le sol de la cellule au début du mois d’octobre 1955. Ils opéraient à tour de rôle entre 11h et 14h, avec comme seul outil un loquet en métal arraché de la fenêtre de la cellule.
Le trou creusé était couvert avec une dalle et les joints camouflés avec du savon. La terre déblayée était vidée dans les toilettes. Un travail de longue haleine qui durera 28 jours. Une fois le tunnel creusé, on se retrouvait dans le débarras qui donnait sur la petite cour. Il ne restait qu’à fabriquer une échelle, en assemblant trois lits, attachés avec des bandelettes de toile découpées des draps.

«Nous ne sommes pas des criminels»

Le jour de l’évasion avait été fixé pour le jeudi 10 novembre 1955 après 17h. Un choix qui n’était pas anodin. C’était le moment durant lequel les gardiens commençaient à quitter la prison pour rentrer chez eux. Il n’en restait plus que trois gardiens. L’un à la porte d’entrée, et deux autres pour effectuer les rondes. Au moment prévu, les détenus commençaient à passer dans le tunnel. Dans le débarras, la serrure avait cédé rapidement et la porte s’était ouverte sur la petite cour intérieure. Il n’y avait aucun gardien. Les ballots de crin adossés au mur intérieur avaient servi à le grimper. Une fois sur le mur, les évadés le traversèrent jusqu’à la partie située en face de l’ex-rue Stephane Gsell (aujourd’hui la station du tramway Benabdelmalek Ramdane). Les évadés s’étaient servis de l’échelle comme passerelle pour franchir la distance entre  le premier mur, situé à l’intérieur et le deuxième donnant vers l’extérieur, au-dessus du chemin de ronde les séparant. Au passage du 12e évadé, la passerelle avait lâché. Celui qui passait à ce moment était Saïd Chouki. Il sera trouvé entre les deux murs avec une blessure à la jambe. Onze détenus avaient réussi à descendre le mur extérieur et prendre la fuite à 17h30. Le premier était Mohamed Laïfa, suivi de Mostefa Ben Boulaïd, Tahar Zbiri, Brahim Taïbi, Mohamed Beziane, Hocine Arif, Hamadi Krouma, Ahmed Bouchemal, Lakhdar Mechri, Slimane Zaïdi et Ali Haftari. Les 19 autres détenus, descendus dans le chemin de ronde se sont trouvés enfermés. Ils regagneront la porte du garage, près de l’entrée de la prison où ils se sont rendus. Ils seront reconduits vers leur cellule. Les recherches déclenchées une heure après pour retrouver les évadés n’en donneront rien. Ils étaient déjà loin. Cette opération a été un coup très dur pour les autorités françaises. Dans son édition du samedi 12 novembre 1955, La Dépêche de Constantine avait révélé «qu’en se rendant à la prison, le préfet de Constantine, Pierre Dupuch, avait été choqué à la vue du trou creusé dans la cellule». Les premières mesures tombèrent. Louis Maudru, directeur de la prison du Coudiat, et Louis Bernardino, surveillant-chef, ont été relevés de leurs fonctions et mis sous mandat de dépôt pour négligence grave dans l’accomplissement de leur service. Ils avaient été écroués dans le même établissement. Les sanctions avaient touché M. Augusti, directeur de la circonscription pénitentiaire de Constantine, relevé également de ses fonctions. La nouvelle de l’évasion n’avait pas été publiée le lendemain dans la presse sur ordre des autorités «pour ne pas alerter les complices qui auraient pu aider les évadés». La nouvelle ne fut donnée que le samedi 12 novembre 1955. Les 19 autres détenus seront transférés en janvier 1956 vers la prison de la Casbah, où les exécutions à la guillotine furent entamées dès le mois d’août de la même année. Mohamed Beziane, l’un des évadés, et l’un des derniers survivants de cet événement, décédé en 2023, avait à l’époque 22 ans. Il avait été écroué à la prison de Coudiat en décembre 1954 après avoir été condamné à la peine capitale pour atteinte à la sécurité de l’Etat français. Témoignant au sujet de cette évasion, il a révélé que Ben Boulaïd avait pris le soin de laisser une lettre à l’administration de la prison où il avait écrit : «Nous aurions pu tuer les gardiens de la prison pour nous évader ; nous étions plus nombreux, mais nous ne l’avions pas fait, car nous ne sommes pas des criminels».  

Un monument sauvé d’une démolition

L’annonce en 2005 de la réalisation d’une ligne de tramway à Constantine a été bien accueillie par la population, en raison des possibilités offertes par ce moyen de transport au profit de la population qui souffrait énormément dans ses déplacements. Après les études du tracé, ayant proposé deux variantes, celle partant du centre-ville dans le secteur de Belle Vue, près du stade Benabdelmalek Ramdane, en direction de la cité Zouaghi, en passant par les cités Kaddour Boumeddous, Ciloc, Filali et Fadila Saâdane pour rejoindre l’université Mentouri, a été finalement retenue, avec une option de prolongement de la ligne vers la place Ahmed Bey ( qui fera office de gare de départ), juste derrière le siège du tribunal en passant par l’avenue Kennedy, la rue Abane Ramdane et les Allées Benboulaïd. Cette option annoncée en 2008 n’a pas tardé à provoquer une grande polémique, d’abord en raison de l’exigüité des artères concernées, mais aussi à l’idée de démolir la prison du Coudiat et le siège de la Gendarmerie se trouvant juste à côté pour aérer l’espace et créer les voies nécessaires au passage du tramway dans le cadre d’un plan de modernisation de la ville. Si pour le siège de la Gendarmerie, le problème ne se posait pas, puisque le feu vert aurait été donné par le commandement général, le cas de la prison a soulevé un tollé et provoqué une vague de résistance refusant toute démolition. Cette situation a poussé l’Association de défense du Vieux Rocher de Constantine (ADDVRC), présidée par l’artiste-peintre Ahmed Benyahia, à opérer une grande mobilisation citoyenne contre la démolition de la prison du Coudiat, à travers des requêtes adressées à toutes les institutions de la République. Elle avait renouvelé son appel «solennel» au chef du gouvernement, aux ministres de la Justice, de l’Intérieur, de la Culture, des Moudjahidine et des Transports, aux autorités locales de Constantine et aux citoyens « pour qu’ils protègent cette mémoire vivante de la résistance et de l’héroïsme ». Dans ses multiples requêtes, cette association soulignait : «Il est du devoir de tous et de toutes de préserver aux générations à venir cet édifice qui est un musée vivant, un livre ouvert sur lequel sont écrites les plus douloureuses pages de héros connus et inconnus de notre pays. La prison du Coudiat doit rester un symbole et un lieu où nos enfants apprendront à ne pas oublier un autre crime contre l’humanité : le colonialisme.» A signaler que de nombreux enseignants, intellectuels, artistes, écrivains et chercheurs universitaires, se sont solidarisés avec « l’appel » de l’Association de défense du Vieux Rocher de Constantine. Finalement, et après une longue bataille, l’Association de défense du Vieux Rocher de Constantine a fini par avoir gain de cause. Au mois d’avril 2011, la nouvelle est tombée : La célèbre prison du Coudiat ne sera pas démolie. Le projet de démolition de la prison du Coudiat de Constantine, l’un des hauts lieux de la mémoire de la ville, a été « carrément annulé » par les hautes autorités du pays. C’est le défunt président de la République, Abdelaziz Bouteflika, qui avait ordonné lui-même la préservation de cette bâtisse, classée patrimoine historique national depuis 1992.

Un Musée de la Révolution qui n’a pas vu le jour

La décision de préservation de cette prison située en plein cœur de la ville de Constantine a suscité une profonde satisfaction dans les rangs de l’Association de défense du Vieux Rocher, dont les membres n’ont cessé de contester l’idée « d’effacer » ce lieu, témoin de plusieurs exécutions et tortures de combattants algériens qui ont pris les armes contre le colonialisme français. «Considérée comme un symbole vivant de la résistance algérienne, cette prison dont chaque pierre raconte les crimes inqualifiables et indescriptibles de la colonisation française, mérite d’être préservée pour que nul n’oublie les lourds sacrifices consentis pour le recouvrement de la souveraineté nationale», estiment de nombreux Constantinois. Il reste tout de même la concrétisation d’un autre projet, celui de la réhabilitation de ce monument historique pour abriter «un musée de la Révolution algérienne». Un projet annoncé en 2013 au moment où la ville de Constantine entamait les préparatifs pour l’événement «Constantine, capitale de la culture arabe 2015». Cette annonce avait donné à l’époque de l’espoir aux Constantinois, surtout après la décision de fermeture en 2014 de la prison de Serkadji, haut lieu de la répression coloniale durant la guerre de Libération, construite à la même période que celle du Coudiat, pour être transformée en «Musée public national d’Alger» par décret exécutif n°18-102 du 11 Rajab 1439 correspondant au 29 mars 2018 portant création d’un musée public national «Prison Serkadji» paru au Journal officiel le 4 avril 2018. Il faut dire aussi qu’une prison comme celle du Coudiat, vieille aujourd’hui de 173 ans, située en plein centre-ville demeure un point noir donnant toujours une mauvaise image à la ville de Constantine, au lieu d’être un musée ouvert aux milliers d’Algériens, dont la jeune génération, pour qu’ils découvrent des pages de l’histoire de leur pays, encore méconnues. Depuis 2015, on n’en parle plus de ce projet. L’événement culturel terminé, le projet du «musée de l’histoire de la Révolution» est tombé dans l’oubli.

Posez votre question à la rédaction

Votre question…

Prénom ou pseudo *

Adresse e-mail * Votre e-mail ne sera pas publié.

Votre question * 0/1000

Envoyer Annuler

Voir sur le site source