Congrès de la Soummam 1956 : L’acte fondateur de la Révolution qui divisa ses propres dirigeants

Par M. F. Gaïdi8 min de lecture
Congrès de la Soummam 1956 : L’acte fondateur de la Révolution qui divisa ses propres dirigeants
Résumé IA

Le Congrès de la Soummam, tenu en août 1956 à Ifri sous l'égide d'Abane Ramdane et Larbi Ben M'hidi, structure la Révolution en six wilayas et consacre la primauté du politique sur le militaire et de l'intérieur sur l'extérieur.

Ahmed Ben Bella, depuis Le Caire, conteste la légitimité du congrès et ses deux principes, jugeant qu'ils marginalisent la délégation extérieure, tandis que Boudiaf et Mahsas préparent un contre-congrès avorté avant leur arrestation en octobre 1956.

Le CNRA réuni au Caire en août 1957 abolit les deux primautés, et l'assassinat d'Abane Ramdane en décembre suivant scelle l'échec immédiat de la charte de la Soummam.

Ce débat sur la primauté du politique ou du militaire traverse ensuite toute l'histoire de l'Algérie indépendante, avec la montée en puissance de l'armée des frontières.

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Organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, entourés de Krim Belkacem, Youcef Zighout, Amar Ouamrane et Lakhdar Bentobal, la sécurité étant confiée au Colonel Amirouche, le congrès se réunit au village d’Ifri, dans la commune d’Ouzellaguen, au cœur de la vallée de la Soummam.

Le 20 août 1956, au terme d’une semaine de délibérations clandestines dans le maquis kabyle, le Congrès de la Soummam dote la Révolution algérienne d’une charte, d’institutions et d’une doctrine. Célébré depuis comme un texte fondateur de l’Algérie moderne, il suscite pourtant, dès sa diffusion, de vives réserves. Depuis Le Caire, Ahmed Ben Bella exprime d’emblée des doutes sur sa légitimité. A ses côtés, Ahmed Mahsas et Mohamed Boudiaf estiment que la charte a été adoptée sans eux et parfois perçue comme allant à l’encontre de leurs positions. Retour sur un débat interne dont l’histoire de l’Algérie indépendante garde la mémoire.
Organisé par Abane Ramdane et Larbi Ben M’hidi, entourés de Krim Belkacem, Youcef Zighout, Amar Ouamrane et Lakhdar Bentobal, la sécurité étant confiée au colonel Amirouche, le congrès se réunit au village d’Ifri, dans la commune d’Ouzellaguen, au cœur de la vallée de la Soummam.
Il s’achève le 20 août 1956 sur un texte qui structure la Révolution en six wilayas, crée un Comité de coordination et d’exécution (CCE) ainsi qu’un Conseil national de la Révolution algérienne (CNRA), et adopte deux principes qui feront durablement débat.
Il s’agit de la primauté du politique sur le militaire et celle de l’intérieur sur l’extérieur. Installée au Caire sous la conduite d’Ahmed Ben Bella, la délégation extérieure n’y participe pas. Attendu au congrès, Ben Bella choisit de rester en Égypte, à la différence de Ben M’Hidi, rentré du Caire deux mois plus tôt pour préparer la réunion.
La wilaya 1 (Aurès), de son côté, aborde le congrès très affaiblie. Après l’arrestation de Mostefa Ben Boulaïd en février 1955, son adjoint Bachir Chihani, qui avait pris le commandement, est assassiné dès octobre 1955. Ben Boulaïd lui-même, évadé puis revenu au maquis, meurt à son tour au combat en mars 1956. Une série de pertes qui laisse la région sans direction stable à la veille de la Soummam.

Les objections de Ben Bella

Depuis Le Caire, Ben Bella fait connaître plusieurs objections. Il s’interroge d’abord sur la représentativité du congrès, relevant l’absence de délégués de l’Oranie, de l’Aurès-Nememcha, de la région de Souk Ahras et de la délégation extérieure, une lecture que d’autres jugeront incomplète, l’Oranie étant en réalité représentée par son propre chef, Ben M’Hidi, alors président du congrès. Il exprime ensuite des réserves de fond sur les deux primautés adoptées.
À ses yeux, celle du politique risque de redonner un rôle de premier plan à des personnalités centralistes, à des cadres de l’UDMA et aux oulémas que l’insurrection armée avait en partie tenus à l’écart.
Quant à celle de l’intérieur, elle place de facto la délégation du Caire en position seconde dans la conduite d’une guerre qu’elle a pourtant portée sur la scène internationale. Il conteste, enfin, la manière dont la charte définit les rapports avec l’Égypte. En refusant toute inféodation, y compris envers Le Caire, elle limite l’influence particulière que lui conférait sa proximité avec Nasser.
Autour de lui, deux hommes partagent pleinement ce point de vue. Il s’agit de Mohamed Boudiaf, qui résumera plus tard le congrès en un mot, celui de «magma», et d’Ahmed Mahsas, seul interlocuteur, dira-t-on, sur lequel Ben Bella puisse alors vraiment compter à Tripoli. Avec l’appui discret de Nasser et les moyens logistiques offerts par Bourguiba, les deux hommes envisagent un temps d’organiser un contre-congrès à Tunis. Seul Hocine Aït Ahmed, au sein de la délégation extérieure, choisit de son côté de soutenir les résolutions de la Soummam. Le projet de contre-congrès n’aboutit pas.
Le 22 octobre 1956, l’aviation française détourne vers Alger l’avion marocain qui doit conduire Ben Bella, Boudiaf, Aït Ahmed et Mohamed Khider de Rabat à Tunis, et les quatre hommes passeront le reste de la guerre dans les prisons françaises.

Mahsas, Boussouf, l’Aurès… d’autres voix critiques

Ahmed Mahsas, vétéran du PPA-MTLD, cofondateur de la Fédération de France du FLN, membre du CNRA, entretient de longue date des tensions avec une partie de la délégation extérieure. Dès septembre 1955, dans une lettre interceptée par l’armée française et rendue publique, il met en cause Aït Ahmed et Khider en des termes très critiques, révélant des rivalités antérieures d’une année à la Soummam elle-même. Cette antipathie prend un relief particulier lorsqu’Aït Ahmed choisit, seul parmi la délégation extérieure, de soutenir les résolutions du congrès. Entre décembre 1956 et le début de 1957, Mahsas cherche à rallier des cadres proches de ses positions dans les zones frontalières de Souk Ahras, Tébessa, Sedrata et Khenchela. Arrêté sur ordre du colonel Ouamrane, il s’évade et trouve refuge en Allemagne jusqu’à l’indépendance, en 1962. D’autres voix, moins retentissantes, se font également entendre. Abdelhafid Boussouf, chef de fait de la Wilaya V, s’attache moins au fond qu’à la forme. Il estime que Ben M’Hidi a engagé sa wilaya sur des questions ayant trait à l’avenir du pays, alors qu’il n’était mandaté que pour des questions de coordination.
Dans l’Aurès, le vide laissé par la mort de Ben Boulaïd nourrit un sentiment durable de sous-représentation, que les rivalités internes autour de la direction de la wilaya 1 contribueront ensuite à entretenir. Politiquement minoritaire en 1956, la position des détracteurs est en partie rejointe l’année suivante.
Réuni au Caire du 20 au 27 août 1957, le CNRA revient sur les deux principes de la Soummam, affirmant l’égalité de tous ceux qui servent la lutte, en armes ou en responsabilités, et mettant ainsi fin aux deux primautés votées un an plus tôt. Abane Ramdane, principal artisan du congrès, est assassiné quelques mois plus tard, en décembre 1957 au Maroc, dans des circonstances liées à d’autres rivalités internes du FLN, distinctes de la controverse de la Soummam proprement dite. Dans les années qui suivent, la place croissante prise par l’armée des frontières dans la conduite de la guerre, puis dans la construction de l’Etat indépendant, a souvent été relue par les historiens à la lumière de ce débat de 1956 sur la place respective du politique et du militaire. Un débat que le congrès avait cru trancher et qui allait, en réalité, traverser toute l’histoire de l’Algérie indépendante.

Repères bibliographiques :

Congrès de la Soummam (actes et synthèses historiques) ; Benyoucef Ben Khedda, «Réflexions sur le Congrès de la Soummam» ; dossiers historiques sur la correspondance Alger-Le Caire (1955-1956) ; notices biographiques d’Ahmed Mahsas parues dans El Moudjahid ; Le congrès de la Soummam : fondation manquée d’un État civil et pluraliste, La Nation.

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