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Mali : un scénario à la Syrienne est-il possible ?

Par Rafik Tadjer5 min de lecture
Mali : un scénario à la Syrienne est-il possible ?
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La junte malienne a révoqué unilatéralement l’accord de paix d’Alger début 2025, aggravant une sécurité déjà fragile: l’armée et Africa Corps ne parviennent pas à contenir les attaques du JNIM et les combats gagnent du terrain jusqu’aux portes de Bamako, tandis qu’un blocus bloque carburant et denrées et force la fermeture des écoles. Des États-Unis, de la Russie et désormais la France appellent à l’évacuation de leurs ressortissants, et l’Union africaine demande une action internationale urgente pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent dans le Sahel. Le texte évoque aussi une éventuelle dérive syrienne, suggérant que le Mali pourrait, à terme, être dirigé par des groupes djihadistes, avec la référence à Ahmed Al Charaa comme parallèle inquiétant.

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Faut-il s’attendre au pire au Mali ? La situation dans ce pays du Sahel se dégrade semaine après semaine et la communauté internationale ne cache plus son inquiétude. Même l’éventualité, impensable il y a quelques mois, d’une prise du pouvoir par les terroristes, est désormais évoquée avec le plus grand sérieux.

La décision unilatérale de la junte au pouvoir à Bamako de révoquer l’accord de paix d’Alger, début 2025, s’avère très lourde de conséquences. L’armée malienne et les forces paramilitaires russes d’Africa Corps, ex-Wagner ont repris la guerre contre les rebelles du Nord en octobre 2024, provoquant une nette dégradation de la situation sécuritaire dans la région qui a profité aux djihadistes du JNIM, Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, affilié à Al Qaida.

Blocus sans précédent de Bamako

Les groupes terroristes imposent un blocus sans précédent à la capitale et aux principales villes maliennes, empêchant leur approvisionnement en carburant et en produits essentiels, acheminés par route à partir des pays voisins comme le Sénégal et la Côte d’Ivoire.

L’embargo a contraint la junte à décréter le 26 octobre dernier la fermeture des écoles dans l’ensemble du territoire malien. Face au manque de carburant, le chef de la junte a même demandé aux Maliens de réduire les déplacements.

Les FAMA, ou forces armées maliennes, et les mercenaires d’Africa Corps ne parviennent pas à empêcher les attaques des groupes terroristes et à rétablir l’approvisionnement normal de Bamako malgré l’escorte des convois.  

Le JNIM attaque aussi les villages et les villes et les combats se déroulent parfois aux portes de la capitale. Après les États-Unis et la Russie, qui ont appelé fin octobre leurs ressortissants à quitter le Mali, la France vient d’en faire de même

Dans une note datée de vendredi 7 novembre, Paris a recommandé à ses ressortissants de quitter temporairement le Mali « dès que possible », constant que “depuis plusieurs semaines, le contexte sécuritaire se dégrade au Mali, y compris à Bamako”.

Après la Syrie, un groupe terroriste au pouvoir au Mali ?

L’Union africaine (UA) a de son côté appelé à une “action internationale urgente”.  Mahmoud Ali Youssouf, président de la Commission africaine, a exprimé sa “profonde préoccupation face à la détérioration rapide de la situation sécuritaire au Mali, où des groupes terroristes ont imposé un blocus, interrompu l’accès aux biens essentiels et aggravé de manière dramatique la crise humanitaire pour les populations civiles”, lit-on dans un communiqué de la Commission rendu public ce lundi. Celle-ci appelle à “une réponse internationale forte, coordonnée et cohérente pour lutter contre le terrorisme et l’extrémisme violent au Sahel”. L’UA sera-t-elle entendue ?

La situation que vit le Mali est le résultat des errements de la junte au pouvoir, issue d’un double coup d’État militaire en 2020 et 2021. Les putschistes ont prié de partir, d’abord la force Barkhane menée par la France puis la Minusma, la mission onusienne de maintien de la paix, et fait appel au groupe paramilitaire russe Wagner, devenu Africa Corps.

Al Charaa, le terroriste devenu fréquentable

Ils ont ensuite révoqué unilatéralement l’accord de paix d’Alger. L’Algérie ne pouvait que regretter et mettre en garde contre le retour de la guerre civile. Et le temps a fini par lui donner raison.

Le Mali n’est pas seulement retombé dans la guerre, il risque aussi de tomber aux mains d’un groupe affilié à Al Qaida, ce qui serait catastrophique pour l’ensemble de la région, avec comme première probable conséquence un effet domino qui toucherait le Niger et le Burkina Faso. Ces deux pays forment avec le Mali l’Alliance des États du Sahel (AES). Les trois pays sont dirigés par des pouvoirs issus de coups d’État et font également face à la recrudescence de la violence djihadiste.

Un scénario à la Syrienne est aujourd’hui envisagé et n’est plus exclu. Non pas parce que les Russes n’ont pas pu protéger le régime de Bachar Al-Assad en Syrie et ne pourront pas le faire pour le Mali, mais parce que la communauté internationale a accepté un nouveau pouvoir à Damas issu du djihadisme.

Le nouveau président syrien Ahmed Al Charaa est le fondateur du groupe djihadiste Djabhat Al Nosra puis de Hayat Tahrir Al Champ. Depuis son accession au pouvoir en décembre 2024, il est reçu par plusieurs dirigeants occidentaux, y compris par le président américain Donald Trump. Ce qui s’est passé en Syrie est un précédent. Le Mali sera-t-il le prochain sur la liste ?

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