Commémoration du 20 août 1955/1956 à Ifri (Béjaïa) : La mémoire nationale entre recueillement et transmission

La commune d’Ifri Ouzellaguen a commémoré ce jeudi le double anniversaire de l’Offensive du Nord-Constantinois de 1955 et du Congrès de la Soummam de 1956 lors d’une cérémonie officielle présidée par le ministre des Moudjahidine.
Le ministre a inauguré un monument financé par un industriel local qui représente les six congressistes historiques autour d’une table, symbolisant les débats ayant structuré la Révolution algérienne.
Le président du RCD, Atmane Mazouz, a appelé à un dialogue national sérieux pour surmonter la crise de confiance et construire une République démocratique comme véritable hommage aux combattants.
Des centaines de citoyens, associations et délégations étrangères ont participé au recueillement, transformant ce lieu de mémoire en espace de transmission intergénérationnelle.
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Soixante-dix ans après le déclenchement de l’Offensive du Nord-Constantinois, le 20 août 1955, et 69 ans après la tenue du Congrès de la Soummam, le 20 août 1956, Ifri Ouzellaguen a renoué, ce jeudi matin, avec les commémorations officielles de ce double anniversaire. Pour l’occasion, ce haut lieu de l’histoire de l’Algérie a accueilli les «pèlerins» et les cérémonies nationales au sein d’un site entièrement réhabilité, redonnant un nouveau look à un espace chargé d’histoire.
Très tôt dans la matinée, les officiels se sont retrouvés à Ifri, village où s’est tenu, à partir du 20 août 1956, le Congrès de la Soummam. Réunis dans la clandestinité, «les principaux responsables de la Révolution y avaient posé les bases d’une organisation politique et militaire destinée à structurer la lutte anticoloniale». Un rendez-vous historique dont les décisions allaient contribuer à donner à la Guerre de Libération une organisation et une direction nationales, jusqu’à l’indépendance de l’Algérie, six années plus tard.
Après la cérémonie officielle de recueillement et le dépôt d’une gerbe de fleurs à la mémoire des martyrs, les représentants des autorités locales, la délégation nationale dirigée par le ministre des Moudjahidine, le conseiller du président de la République, le SG du Haut-Commissariat à l’amazighité (HCA), qui a chapeauté un colloque international en marge de cette célébration, ont laissé place aux citoyens, aux associations et aux différentes organisations sociale, culturelle, sportive et politique venus se recueillir à leur tour dans ce lieu emblématique. Chaque année, Ifri Ouzellaguen attire des centaines de visiteurs venus de différentes régions du pays. Le déplacement constitue pour eux une manière de renouer avec un pan de l’histoire nationale et de faire revivre le souvenir de ceux qui ont pris part à la lutte armée. Cette commémoration est également l’occasion pour de nombreuses associations culturelles et sportives d’organiser des sorties vers le site historique. Une démarche qui s’inscrit dans un travail de transmission auprès des jeunes, afin de rappeler l’engagement des révolutionnaires et les sacrifices consentis par une population qui, durant la Guerre de Libération, a apporté son soutien à la Révolution au prix de lourds sacrifices.
Ainsi, la cérémonie officielle a débuté au cimetière des Martyrs, au chef-lieu de la commune Ouzellaguen, où il a été procédé à la levée des couleurs nationales et à l’écoute de l’hymne national, suivies du dépôt d’une gerbe de fleurs et de la lecture de la Fatiha à la mémoire des glorieux martyrs, et ce, en hommage à leurs sacrifices et à leur combat pour la liberté et l’indépendance de l’Algérie. Le ministre des Moudjahidine et des Ayants droit, Abdelmalek Tacherift, qui a présidé cette cérémonie, était accompagné du SG de la wilaya, Saïd Yahiaoui, du SG du Haut-Commissariat à l’amazighité, Si El Hachemi Assad. Etaient également présents, le P/APW de Béjaïa, Mohand Cherif Mammeri, des parlementaires, ainsi que des représentants de la famille révolutionnaire, l’ambassadeur de l’Etat de Palestine en Algérie, ainsi que le chargé d’affaires de l’ambassade de la République tunisienne.
La délégation s’est ensuite rendue au village d’Ifri Ouzellaguen, berceau du Congrès historique de la Soummam, où le ministre a procédé à l’inauguration du monument commémoratif dédié à cet anniversaire. Installée à l’entrée du musée, l’œuvre, entièrement financée par un industriel local, restitue une scène emblématique du Congrès de la Soummam, à savoir, les six congressistes réunis autour d’une petite table en bois, absorbés par la réflexion et la discussion. Et qui sont : Larbi Ben M’hidi, représentant de l’Oranie (président de la séance), Abane Ramdane, représentant du FLN (secrétaire de la séance), Amar Ouamrane pour l’Algérois, Krim Belkacem représentant de la Kabylie, Zighoud Youcef du Nord-Constantinois et enfin Ben Tobal, adjoint de Zighoud Youcef. Le monument cherche ainsi à reconstituer l’atmosphère de travail, de débat et de concertation qui a précédé l’adoption des résolutions du 20 Août 1956, lesquelles allaient structurer l’organisation de la Révolution et engager son avenir politique et militaire. A l’arrière-plan, d’autres combattants apparaissent en filigrane dans le maquis, armes à la main, comme pour rappeler que les discussions menées à Ifri Ouzellaguen se déroulaient au cœur même d’un conflit encore en cours. Le ministre a également visité la maison ayant abrité les travaux du Congrès et «pris connaissance des travaux de réhabilitation réalisés dans le cadre des efforts visant à préserver, protéger et valoriser les sites historiques, ainsi qu’à sauvegarder les témoins de la mémoire nationale et à transmettre leur portée et leurs valeurs aux générations futures».
Atmane Mazouz, Président du RCD : «Le meilleur hommage consiste à faire vivre l’idéal des combattants»
A l’image de plusieurs partis politiques, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) a mobilisé ses adhérents et sympathisants pour rendre hommage aux combattants de la Révolution et raviver la mémoire des maquisards, cette double commémoration des événements du 20 août (1955/1956). Dans une contribution rendue publique, le président du RCD, Atmane Mazouz, a placé son discours sous le signe de la continuité historique entre les combats de la génération de la Révolution et les défis auxquels l’Algérie est confrontée aujourd’hui, tout en tirant les enseignements de cette étape historique. Pour lui, la commémoration du 20 août ne doit pas se limiter à un devoir de mémoire. Elle constitue également, a-t-il souligné, une occasion de «renouer avec une exigence, celle de penser l’Algérie, de consolider ses institutions et de préparer son avenir». Atmane Mazouz a estimé que les défis auxquels fait face la génération actuelle ont changé de nature. «Nous ne menons pas une guerre de libération contre une puissance coloniale», a-t-il relevé, tout en insistant sur la responsabilité historique de construire une Algérie forte. «Nous portons une responsabilité historique tout aussi importante : faire vivre une Algérie pleinement indépendante dans ses institutions, dans ses choix et dans la souveraineté de son peuple.» Les nouveaux défis, selon lui, sont «ceux de la liberté, de la démocratie, de l’Etat de droit, du développement, de la justice sociale, de la compétence, de la transparence et de la dignité citoyenne, mais ils sont aussi ceux d’une jeunesse qui refuse de considérer l’exil, le désespoir ou le silence comme les seules perspectives possibles».
Evoquant les potentialités du pays, Atmane Mazouz a mis en avant les ressources de l’Algérie, sa jeunesse instruite ainsi que les compétences de sa diaspora. Malgré ces atouts, il constate l’existence d’une «crise profonde de confiance» entre la société et les institutions. Pour sortir de cette situation, le président du RCD a plaidé pour l’ouverture d’un véritable dialogue national. Un dialogue qu’il veut «sérieux, ouvert et responsable», permettant de poser les problèmes du pays «sans tabou et de rechercher collectivement des solutions». Revenant sur la dimension historique du Congrès de la Soummam, Atmane Mazouz a estimé que cet épisode majeur de la Guerre d’Algérie «rappelle la nécessité de dépasser les intérêts particuliers pour penser la nation dans sa globalité». Le président du RCD considère ainsi que «le meilleur hommage à rendre aux hommes et aux femmes qui ont porté le combat pour l’indépendance consiste à faire vivre leur idéal au-delà des cérémonies commémoratives». «Prolonger leur œuvre», selon lui, passe par la construction d’une «République démocratique, libre, apaisée et prospère», faisant de la commémoration du 20 Août non seulement un regard sur le passé, mais également une réflexion sur l’avenir de l’Algérie. N. D.
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