Célébration de la journée du moudjahid : Aux origines du Congrès de la Soummam

Par Akram El Kebir8 min de lecture
Célébration de la journée du moudjahid : Aux origines du Congrès de la Soummam
Résumé IA

L'année 1956 voit le FLN confronté à un déficit de direction centralisée malgré l'extension de l'insurrection à travers le territoire national.

À Alger, Abane Ramdane impulse la structuration politique avec la création du journal El Moudjahid et l'élaboration d'une plateforme institutionnelle en vue d'un congrès national.

Les travaux préparatoires d'avril à juillet, nourris par les expériences de terrain, aboutissent au Congrès de la Soummam d'août-septembre qui dote le FLN et l'ALN de structures, d'une direction et d'un programme unifiés.

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La période qui précède le Congrès, d’avril à juillet, paraît avoir été un moment important de réflexions, de rencontres, d’échanges d’expériences, liés aussi à tous ces efforts d’extension de l’insurrection déjà relevés.

Hiver et printemps 1956. Voilà déjà 14 ou 15 mois que la lutte pour l’indépendance du pays bat son plein. Les maquis s’étendent à travers tout le territoire national et les réseaux n’ont de cesse à se multiplier, sans compter le syndicalisme qui se développe chez les travailleurs algériens. L’opinion algérienne s’engage elle aussi de manière de plus en plus ostentatoire et prend fait et cause pour l’indépendance du pays.
Mais en dépit de tous ces hauts faits, comme l’atteste le livre La Guerre d’Algérie, sous la direction d’Henri Alleg (1984), le FLN, moteur de tout ce mouvement, n’a pas encore de véritable direction. En cette année 1956, elle était encore formée des états-majors qui se sont constitués autour des premiers responsables, chose qui peut s’expliquer aisément du fait que le Front s’est construit dans «l’action». Depuis novembre 1954, ces états-majors ont acquis de l’expérience et ont multiplié, à souhait, les initiatives, mais force était alors d’admettre que l’organisation, quelque part victime de son succès, risquait de présenter de graves faiblesses. «Les liaisons entre les zones actives sont rares et précaires. Il n’y pas de direction effective, de base doctrinale guidant l’action du Front et servant à l’analyse des grands problèmes : cela risque d’aboutir à des prises de position divergentes, à des initiatives malencontreuses, à une situation quelque peu anarchique, dont l’adversaire pourrait tirer profit», explique l’historien Pierre Haudiquet, qui précise que «la conscience des problèmes posés semble bien avoir été partagée par tous les dirigeants du Front». Et c’est finalement d’Alger que vont venir les initiatives à même de doter le FLN et l’ALN de structures, d’une direction et d’un programme, le tout dans un grandiose congrès, qui sera tenu en août et en septembre, dans la vallée de la Soummam.
Mais avant, petit tour d’horizon du contexte de cette année-là. Qu’en est-il des 9 figures à l’origine du déclenchement de la Guerre de Libération ? Didouche Mourad a été tué, Rabah Bitat est en prison, deux autres sont à l’intérieur du pays, Krim Belkacem à la tête de la Wilaya de la Kabylie et Mostefa Ben Boulaïd, après s’être évadé de manière spectaculaire, dirige depuis peu la Wilaya I (les Aurès). Malheureusement, il tombera au champ d’honneur avant le Congrès de la Soummam, un 27 mars 1956, dans une explosion instiguée par les services spéciaux français. Les 5 autres qui restent, à savoir Ahmed Ben Bella, Mohamed Khider, Hocine Aït Ahmed, Mohamed Boudiaf et Larbi Ben M’hidi, sont à l’étranger, chacun missionné pour une tâche précise, notamment pour le ravitaillement en armes et faire connaître la cause algérienne au monde entier. Il y a également la délégation du FLN au Caire, qui se trouve riche en personnalités connues : Ferhat Abbas, Ahmed Francis, Ahmed Tewfik El Madani, Abderrahmane Kiouane. Durant la même période, les 5 leaders historiques (les deux autres, Mostefa Ben Boulaïd et Belkacem Krim étant, eux, à l’intérieur du pays) se sont réunis pour examiner avec profondeur la situation d’alors, à plus forte raison à l’aube d’élections en France, et que des changements dans l’Hexagone pouvaient avoir lieu et pouvaient se répercuter sur l’Algérie. Les réunions s’enchaînent jusqu’au 20 février. Ainsi, Larbi Ben M’hidi, regagnant ensuite Alger, a dans ses bagages le rapport et les propositions de ce qui s’apparente à une «codirection», qui serait assurée par les 6 leaders de l’extérieur et 6 leaders de l’intérieur.

«Résistance algérienne»

A Alger, Abane Ramdane, prenant la place de Rabah Bitat (emprisonné dès février 1955), y joue un rôle central. «Rebbah Lakhdar décrit Abane travaillant douze heures, vingt heures, parfois la nuit entière, puis le lendemain, épuisé par le travail, étendu tout habillé sur le lit avec, à côté de lui, un petit pistolet à crosse en nacre, un cadeau ; se nourrissant de croûtons de pain trempés dans de l’eau (il avait un ulcère), mais fumant cigarette sur cigarette», écrit-on. «Ce n’étaient pas des conversations, dit-il. Ce n’étaient pas des “machins” idéologiques. Ce qui comptait, c’était d’organiser, tenir le coup, aider les maquis à partir d’Alger, avec un unique objectif, la libération, l’indépendance.» Mais du fait que tout se déroule à présent à Alger, la capitale, l’action ne peut se départir de la politique.
«Un souci constant de l’organisation d’Alger a été la lutte pour assurer la représentativité exclusive du Front, afin d’ôter aussi au gouvernement français toute possibilité de manœuvrer. Elle a multiplié les contacts pour rallier les autres forces politiques à son combat, elle a pris les mesures nécessaires pour ‘‘torpiller’’ les travaux de l’Assemblée algérienne, rendre les élections impossibles, provoquer les démissions massives d’élus. Elle a lutté contre toutes les tentatives d’implantation du MNA.» Mohamed Benyahia a d’ailleurs spécifié : «L’orientation générale, fin 1955-début 1956, c’était d’apporter un soutien politique au FLN et de s’afficher officiellement comme étant pro-FLN. A l’époque, c’était très important, ce qui explique certaines prises de position publiques de la part de l’Ugema qui, tactiquement, au niveau de la lutte contre le colonialisme français, pouvaient apparaître comme étant des erreurs, mais qui, en fait, ont été des décisions voulues. Parce que le plus important, à l’époque, était de montrer que le FLN représentait la masse des Algériens. Et ce qui était encore plus important, c’était de montrer aussi que les intellectuels étaient pour le FLN.» C’est aussi à cette époque, où notamment on cherchait à connaître les positions du FLN en cas d’éventuelles négociations, ce dernier, qui répondait jusque-là par tracts dans les colonnes d’Action (journal tunisien) ou Résistance algérienne, il a été éprouvé le besoin de créer rapidement un journal algérien représentant la voix de l’Algérie qui aspirait à son indépendance. Ainsi naquit le journal El Moudjahid. «Le FLN n’avait alors comme publication que des tracts, des documents temporaires, des reprises d’interviews, ou des déclarations publiées dans des journaux extérieurs», explique Abdelmalek Temam. «Résistance algérienne, publication antérieure à El Moudjahid, était insuffisante et ne pouvait être considérée comme l’organe officiel, en raison de son édition en France. Avec l’avancée de la Révolution, le besoin d’un porte-parole devint d’une absolue nécessité.» Le premier numéro d’El Moujahid est alors paru en juin. Ce que les dirigeants d’Alger proposaient alors, c’est que la plateforme et les nouvelles institutions du Front puissent émaner d’un congrès où se réuniraient les chefs de Wilayas. La rédaction de la plateforme politique, d’étude des institutions a alors débuté, sous la plume d’Amar Ouzegane d’Abane et de Lebjaoui. Ils se sont, de l’avis des historiens, «visiblement attachés à intégrer certains éléments du rapport politique de l’extérieur».
La période qui précède le Congrès, d’avril à juillet, paraît d’ailleurs avoir été un moment important de réflexions, de rencontres, d’échanges d’expériences, liés aussi à tous ces efforts d’extension de l’insurrection déjà relevés. Cela permet d’affirmer que, quelles que soient les lacunes, les travaux du Congrès ont résulté d’une élaboration relativement collective, ont été du moins nourris des nombreuses expériences déjà accumulées.

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