Adieu à un géant de la plume !

Par Salim Oussaci5 min de lecture
Adieu à un géant de la plume !
Résumé IA

Le journaliste et écrivain algérien Hamid Tahri, figure emblématique de la presse écrite et ancien vice-président de la Fédération de boxe, est décédé vendredi après un mois d'hospitalisation en soins intensifs à Alger.

Ancien directeur de l'hebdomadaire sportif Olympic et chroniqueur apprécié pour son style élégant et sa liberté de ton, il avait notamment contribué à l'aventure olympique de 1992 à Barcelone où l'Algérie remporta le bronze grâce à Hocine Soltani.

Ce natif de Sétif, resté profondément attaché à sa ville d'enfance, laisse le souvenir d'un homme de conviction, conseiller bienveillant et passeur de mémoire pour plusieurs générations de journalistes et de sportifs.

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Je me suis souvent demandé pourquoi le regretté Hamid Tahri me demandait invariablement des nouvelles de Sétif chaque fois que je le rencontrais à Alger. Ce n’est que plus tard que j’ai appris qu’il était passé par cette ville, qu’il y avait vécu et qu’il en avait gardé, malgré les années, un souvenir indélébile. Hamid n’avait jamais oublié Sétif de son enfance.

Il avait une anecdote à raconter à chaque coin de rue, à chaque quartier. Et chaque fois que l’occasion lui était donnée de revenir dans la capitale des Hauts-Plateaux, il tenait absolument à faire un détour par le quartier du centre-ville où il avait vécu. Comme pour renouer avec une partie de son histoire, celle d’une jeunesse sétifienne qu’il portait toujours en lui. A l’époque où il dirigeait Olympic, l’hebdomadaire sportif, filiale d’El Watan, dans les années 1990, nos rencontres étaient toujours empreintes de cette bienveillance qui le caractérisait. A chacun de mes passages à Alger, notamment lors de mes missions arbitrales, il ne manquait jamais de m’encourager et de me prodiguer ses conseils. Il m’exhortait surtout à résister aux mauvaises influences et aux mauvais exemples qui sévissaient alors dans le milieu sportif et qui, selon lui, ne pouvaient conduire qu’à une seule issue : le mauvais chemin. Hamid était ainsi. Il observait, il analysait, mais surtout il savait conseiller. Avec franchise, sans détour, mais toujours avec cette élégance qui était la sienne. Lors de nos rencontres, il me chargeait également de transmettre ses salutations à plusieurs figures du sport sétifien, parmi lesquelles Abdelhamid Salhi, Bouzid Cheniti et Laïd Nouaoui. Ce dernier avait été directeur des équipes nationales de boxe algérienne à l’époque où Hamid Tahri occupait le poste de premier vice-président de la Fédération algérienne de boxe. C’était en 1992. Cette année-là, ils avaient travaillé ensemble à l’occasion des Jeux olympiques de Barcelone et contribué à l’aventure qui allait permettre à l’Algérie de décrocher une médaille de bronze grâce au regretté Hocine Soltani. Un souvenir qui, manifestement, était resté profondément gravé dans la mémoire de Hamid. A chacune de ses visites à Sétif, il était souvent accompagné de son grand ami et confrère Yazid Ouahib. Je garde notamment en mémoire cette mémorable journée pluvieuse du samedi 23 novembre 2019, lorsque Hamid se trouvait aux côtés de son fidèle ami Yazid, à l’occasion de la vente-dédicace du livre écrit par ce dernier consacré à la légende du football algérien Hacène Lalmas, organisée au Park Mall de Sétif. Profitant de cette rencontre avec les lecteurs, Hamid avait également mis en vente Portraits, son beau livre aux personnalités multiples. Un ouvrage à son image : riche, singulier, foisonnant, à l’image de la personnalité de celui qui l’avait conçu. En plus des éditos à portée politique, plus récemment encore, durant toute la période de la Coupe du monde 2026, les lecteurs d’El Watan avaient suivi avec un vif intérêt, durant un mois, ses chroniques et ses analyses sportives en relation avec le football. Une fois encore, Hamid avait démontré l’étendue de son talent, avec ce style rédactionnel peu commun, cette liberté de ton et cette capacité rare à aller au fond des choses sans jamais sacrifier l’élégance de l’écriture. Il venait pourtant, sans que nous le sachions, de livrer l’un de ses derniers grands combats avec la plume. Peu après la fin du Mondial, un malaise l’a conduit au CHU Mustapha-Pacha d’Alger, où il est resté durant plus d’un mois au service de cardiologie en soins intensifs.

Vendredi soir, Hamid Tahri s’en est allé rejoindre son Créateur

Avec lui disparaît une grande figure de la presse écrite algérienne, une plume passionnée, libre, engagée et, surtout, profondément humaine. Une plume incomparable qui aura marqué plusieurs générations de lecteurs et de journalistes. Pour ceux qui l’ont connu, Hamid n’était pas seulement un confrère ou un journaliste de talent. Il était un homme de conviction, un conseiller, un passeur de mémoire et un amoureux du sport et de ses hommes. Et pour moi, il restera aussi cet homme qui, malgré les années et la distance, n’oubliait jamais de demander : «Alors, comment va Sétif ?»
Cette question, désormais, résonnera autrement.
Adieu Hamid !
Adieu Oustad !
Adieu l’artiste de la plume !

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