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Amar Belani à propos du Maroc : «Une volonté de mépris du droit et de la stabilité»

Par Chahreddine Berriah6 min de lecture
Amar Belani à propos du Maroc : «Une volonté de mépris du droit et de la stabilité»
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Amar Belani, diplomate algérien, dénonce dans une publication Facebook la stratégie « machiavélique » du Maroc qui instrumentalise les flux migratoires et contourne le droit international sur le Sahara occidental pour s'imposer comme puissance régionale.

Il souligne l'utilisation cynique de la détresse de la jeunesse marocaine — un quart des 15-24 ans sans emploi ni formation selon Amnesty International — comme levier de pression sur l'Europe, notamment via les crises répétées à Ceuta.

Belani pointe aussi le rapprochement militaire avec Israël depuis 2020 et la normalisation d'une occupation au Sahara occidental, contrastant avec la répression intérieure documentée par Human Rights Watch et Amnesty International.

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Dans une contribution publiée le 19 août sur sa page Facebook, Amar Belani, diplomate algérien, démonte la stratégie machiavélique du Makhzen. «Le Maroc ne recule devant aucune compromission, fût-elle des plus viles, y compris avec les régimes criminels de Tel-Aviv et d’Abou Dhabi, pour tenter de se forger l’image d’une puissance régionale montante.

Mais derrière cette façade diplomatique se dessine une stratégie dont les fondements posent question : instrumentalisation cynique des flux migratoires comme moyen de pression sur l’Europe, contournement méthodique du droit international sur la question du Sahara occidental et logique d’accumulation des rapports de force qui, loin d’apaiser les tensions régionales, contribuent à les aggraver», écrit-il sans prendre de gants. Rappelant la dernière tentative stupide des autorités marocaines pour faire pression sur l’Espagne, il explique que «la position géographique du Maroc lui confère, vis-à-vis de l’Europe, un pouvoir de négociation dont Rabat a appris à se servir sans détour ni état d’âme. Les crises à répétition autour de Ceuta, dont celle, spectaculaire, de juillet 2026, ne sont pas de simples accidents migratoires. Elles s’inscrivent dans une logique où le contrôle des frontières devient une monnaie d’échange. Chaque relâchement, réel ou toléré, de la surveillance côtière produit un afflux qui met l’Espagne et l’Union européenne sous pression, au moment jugé opportun par Rabat».
Une instrumentalisation machiavélique qui est d’autant plus problématique qu’elle repose sur la détresse réelle d’une jeunesse marocaine sacrifiée sur l’autel de cette stratégie. «Amnesty International rappelle qu’environ un jeune de 15 à 24 ans sur quatre n’est ni en emploi, ni en formation, ni scolarisé, un désespoir social que le pouvoir marocain, au lieu de le traiter comme un problème de fond, le traite comme une ressource géopolitique mobilisable. Instrumentaliser la souffrance de sa propre jeunesse comme levier de pression sur ses voisins européens relève d’un calcul cynique, que la diplomatie faussement feutrée peine à masquer.»

Instrumentalisation : flux migratoire et Sahara occidental

Evoquant la question du Sahara occidental, il estime en substance que «le second pilier de cette stratégie consiste à substituer, méthodiquement, le fait accompli colonial au droit international. Rabat s’emploie, depuis des décennies, à le vider de sa substance, misant sur l’occupation effective du terrain, l’implantation économique et l’accumulation de soutiens diplomatiques ponctuels et versatiles plutôt que sur le respect du cadre juridique international».
Il rappelle «la reconnaissance américaine de 2020, obtenue dans des circonstances scandaleusement opportunistes, en contrepartie de la normalisation avec Israël, puis le ralliement de la France, de l’Espagne et, plus prudent, du Royaume-Uni, ne changent rien au fond : aucun de ces soutiens ne repose sur le processus incontournable d’autodétermination du peuple sahraoui». La résolution 2797 du Conseil de sécurité, en octobre 2025, soutient-il, «illustre bien cette dérive : en avalisant le plan d’autonomie marocain comme  »base de négociation », elle entérine un rapport de force plutôt qu’elle ne tranche une question de droit. La Cour de justice de l’Union européenne l’a d’ailleurs rappelé sans ambiguïté en 2024, en jugeant que les accords commerciaux entre l’UE et le Maroc ne pouvaient s’appliquer au Sahara occidental sans le consentement de son peuple, un rappel que Bruxelles s’empresse pourtant, dans une énième forfaiture, de contourner au nom de ses intérêts migratoires, diplomatiques et commerciaux».
M. Belani indique que «ce que Rabat présente comme une  »marocanité » historique du Sahara occidental relève, en réalité, d’une entreprise de normalisation d’une occupation : plus le temps passe, plus le Maroc consolide sa présence, plus il devient politiquement difficile de revenir sur un statu quo qu’il a lui même façonné à son avantage. Cette logique de rapport de force ne se limite pas au seul Sahara occidental. Le rapprochement militaire avec Israël depuis 2020, drones, cybersécurité, renseignement, dote le Maroc de capacités qui dépassent largement les besoins d’une simple coopération sécuritaire, et qui sont perçues, légitimement, à Alger comme une menace directe. Que Rabat s’en défende ne change rien à l’effet recherché : un déséquilibre militaire croissant et déstabilisant dans une région déjà fracturée par des décennies de rivalité».
Ce qui frappe, en définitive, selon le diplomate algérien, «c’est le contraste entre l’agressivité de la stratégie extérieure marocaine et la réalité intérieure du pays. Human Rights Watch et Amnesty International documentent, année après année, des restrictions visant journalistes, militants et manifestants ; les mobilisations sociales sont réprimées ; le chômage des jeunes demeure massif. Un pouvoir qui investit autant dans l’affirmation de sa puissance régionale, armement, diplomatie, alliances, tout en négligeant les causes profondes du malaise social qu’il inflige à sa jeunesse fait, à l’évidence, le choix de ses priorités».

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