Quand le Kitsch défigure l’histoire : Le scandale des ronds-points à Tiaret

La ville de Tiaret est en émoi après l'installation d'édicules métalliques jugés hideux sur ses ronds-points majeurs, notamment au carrefour mythique du Regina où l'œuvre a été retirée puis réinstallée à Mechraa-Sfa.
Le projet, budgété à 18 millions de dinars pour trois ronds-points, soulève des interrogations sur la gestion des deniers publics et l'absence de consultation d'artistes ou d'architectes avant validation.
Des milliers de citoyens réclament la création d'une commission consultative d'éthique urbaine, des appels à projets transparents ancrés dans le patrimoine local et l'association des habitants aux décisions d'aménagement.
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El Watan
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Tiaret, cité millénaire, berceau de la dynastie Rustumide et capitale indissociable du pur-sang arabe, assiste aujourd’hui à un bien triste spectacle. A l’heure où les progrès en design urbain et en architecture contemporaine sont fulgurants à travers le monde, la ville semble piégée dans une dérive esthétique stupéfiante. L’installation récente d’édicules métalliques hâtifs sur les carrefours majeurs de la commune a déclenché une vague d’indignation et de colère collective chez les citoyens et les artistes locaux.
L’élément déclencheur de cette vive polémique réside dans la pose d’une structure métallique au design très controversé. D’abord installée au niveau du carrefour mythique du Regina au centre-ville, l’œuvre a suscité une ire telle chez les Tiarétis qu’elle a rapidement été retirée… pour être aussitôt réinstallée au rond-point de Mechraa-Sfa. Sur les réseaux sociaux comme dans les cafés de la ville, l’indignation a rapidement fait place à l’ironie amère. Signe révélateur du bricolage ambiant et du rejet populaire : au niveau du rond-point de Mechraa-Sfa, la bordure de l’aménagement a été enduite d’huile de vidange pour empêcher les piétons de s’y asseoir. Un expédient archaïque qui transforme l’espace public en une zone hostile et maculée. L’installation se présente sous la forme d’un édicule métallique vertical néo-rétro, composé d’une tour verte et argentée coiffée de quatre cadrans d’horloge et flanquée du nom «Tiaret» sur chaque face. Le corps intermédiaire s›évide sur quatre colonnettes forgées métalliques, le tout posé sur un simple fût cylindrique en mosaïque clair au milieu d›un terre-plein en galets. Un assemblage hétéroclite de ferblanterie qui tranche singulièrement avec le cadre architectural environnant. Au-delà de la faillite esthétique, la gestion budgétaire et administrative soulève de lourdes interrogations. Selon des indiscrétions concordantes, l’APC de Tiaret devait aménager trois ronds-points en ville, dont celui du Regina, pour une enveloppe globale de 18 millions de dinars algériens.
L’énigme du «don» à Mechraa-Sfa
L’aménagement du carrefour de Mechraa-Sfa aurait été réalisé «à titre gracieux» par un investisseur privé. Un mécénat qui rend l›opinion publique particulièrement sceptique quant au contrôle de la qualité architecturale exercé par la municipalité. La réutilisation du module rejeté au Regina démontre un manque absolu de vision globale. Cette dérive touche même d’anciennes stèles historiques, où certains sont allés jusqu’à déposer un tonneau, témoignant d’une absence totale du sens des formes et des objets. Nos tentatives de joindre le chef de daïra de Tiaret pour obtenir la version officielle des autorités sont restées vaines. Sollicité une première fois par nos soins pour apporter des éclaircissements sur ce dossier, le responsable a invoqué une visioconférence programmée avec le ministre de l’Intérieur. Lors de notre seconde relance, nos appels téléphoniques sont demeurés désespérément sans réponse. «Le problème n’est pas seulement de savoir si l’œuvre est belle ou laide, car le goût est subjectif. Mais lorsqu’il s’agit d’espace public et de deniers publics, le citoyen a le droit légitime de demander : qui a choisi ce design ? Sur quelles bases a-t-il été retenu ? Et des spécialistes ou artistes ont-ils été consultés avant son exécution ? L’art dans l’espace public n’est pas un simple remplissage de vide», explique un artiste avéré. L’argent du peuple est une amabilité sacrée, et la beauté de nos cités est une responsabilité collective. Il ne s’agit pas de critiquer pour le plaisir de condamner, mais d’exiger une rupture nette avec l’improvisation urbaine. Pour que cette crise serve de déclic positif, la gestion de l’espace public à Tiaret doit s’organiser autour de trois principes fondamentaux : «Création d’une Commission consultative d’éthique et d’esthétique urbaine : composée d’architectes, d’artistes plasticiens, d’historiens et d’urbanistes pour évaluer et valider chaque projet avant son lancement, lancement d’appels à projets transparents permettant aux architectes et talents locaux de proposer des œuvres monumentales ancrées dans le patrimoine local de la région et associer les citoyens et respecter le regard des usagers de la ville», plaident les milliers d’internautes.
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