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Une dette astronomique qui ne fait pas trembler Washington

Par Cherif Lahdiri4 min de lecture
Brifa
Résumé IA

La dette publique américaine a franchi le seuil historique de 40 000 milliards de dollars sans provoquer de panique, grâce au statut de monnaie de réserve mondiale du dollar qui garantit une demande permanente pour les bons du Trésor.

Le service de cette dette dépasse désormais 1 000 milliards de dollars par an, soit plus que la dette totale de 1981, et grignote une part croissante du budget fédéral au détriment de l'éducation, de la santé et de la défense.

Les rendements obligataires ont atteint leur plus haut niveau depuis vingt ans sous l'effet des tensions géopolitiques, forçant le Trésor à doubler ses rachats d'obligations longues, une mesure palliative qui ne résout pas la dynamique d'endettement.

La confiance des investisseurs reste le véritable talon d'Achille du système : tant qu'elle tient, les États-Unis vivront à crédit, mais l'inflation persistante et la quête d'alternatives au dollar par les puissances émergentes fragilisent cet équilibre.

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El Watan

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La dette publique américaine a franchi, ce 18 août, le seuil des 40 000 milliards de dollars. Vingt-cinq ans de guerres, de crises financières et de relances tous azimuts ont produit cette montagne ; passée de 20 000 milliards en 2017 à 30 000 en 2022, puis à 40 000 en quatre ans et demi à peine. Un rythme d’endettement sans précédent dans l’histoire du pays, quand il avait fallu près de deux siècles pour atteindre le premier trillion, en 1981.
Et pourtant, aucune panique à Wall Street. C’est là tout le paradoxe américain : un pays qui emprunte comme aucun autre sans jamais payer le prix classique du surendettement. La raison tient en un mot : le dollar. Monnaie de réserve mondiale, il confère à Washington ce que l’on nomme depuis des décennies un «privilège exorbitant». Le monde entier a besoin de billets verts pour commercer, épargner et se couvrir contre les crises. Cette demande structurelle garantit un débouché quasi permanent aux bons du Trésor américain. Mieux, les Etats-Unis empruntent dans leur propre monnaie, celle-là même qu’ils émettent. Le risque de défaut classique, celui qui terrasse les économies émergentes surendettées en devises étrangères, ne les concerne donc pas. Cette architecture explique aussi pourquoi Washington n’a nul besoin de rembourser sa dette en capital. L’Etat fait rouler ses échéances ; il emprunte à nouveau pour solder les créanciers arrivés à terme. Une pratique banale, partagée par la majorité des économies développées, et soutenable tant que la croissance économique progresse plus vite que l’endettement, diluant ainsi son poids relatif.
Mais ce privilège a un plafond. Le service de la dette a désormais dépassé les 1000 milliards de dollars sur les dix premiers mois de l’exercice budgétaire ; davantage que ce que le pays tout entier devait en 1981. Cette facture dévore une part croissante du budget fédéral au détriment de l’éducation, de la santé ou de la défense ; un effet d’éviction que redoutent les économistes. Le ratio dette/PIB, qui avait reculé à 115,6% en 2023 après un pic pandémique à 123,7%, est remonté à 122,6% cette année, signe que la dynamique reste mal maîtrisée.
Les tensions géopolitiques, notamment avec l’Iran, ont récemment propulsé les rendements obligataires à leur plus haut niveau depuis vingt ans, contraignant le Trésor à doubler ses rachats d’obligations longues ; un pansement, non un remède. Car la planche à billets n’est pas la martingale imaginée. La Fed ne finance pas directement le Trésor par simple création monétaire illimitée ; une dérive en ce sens nourrirait une inflation incontrôlable et saperait la confiance des créanciers étrangers. C’est précisément cette confiance qui constitue le véritable talon d’Achille du système. Tant que les investisseurs croient en la puissance américaine, ils continueront d’acheter du papier américain. Mais l’inflation persistante, les rivalités géopolitiques et la quête d’alternatives par plusieurs puissances émergentes poussent le système vers des équilibres de plus en plus fragiles. Le privilège exorbitant protège l’Amérique ; il ne l’immunise pas.
Toutefois, il est à se demander si un jour la confiance vacillerait pour de bon. Des voix, en Chine comme au sein des BRICS, plaident pour une diversification hors du dollar, sans qu’aucune alternative crédible n’émerge encore à la hauteur de l’économie américaine. En attendant ce basculement hypothétique, les Etats-Unis continueront de vivre à crédit, portés par la conviction qu’ils resteront toujours solvables ; jusqu’au jour où cette conviction deviendra elle-même la variable la plus instable de l’équation budgétaire mondiale.

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