Affaire des visas Espagne à Alger : l'enquête judiciaire prend une nouvelle tournure

L'enquête sur le trafic de visas au consulat d'Espagne à Alger s'étend à la société BLS, la juge María Tardón vérifiant si ses employés ont participé à la fraude.
Éclaté en avril 2026, le scandale a valu l'arrestation du chancelier Vicente Moreno, des familles payant jusqu'à 25 000 euros pour des visas Schengen obtenus via de faux documents.
L'instruction examine aussi le blanchiment avec saisies de 11 000 euros, matériel informatique, un bien à Madrid et produits financiers gelés.
Cinq chefs d'accusation sont retenus, dont association de malfaiteurs et trafic d'influence, des entrepreneurs ayant alerté dès 2025 sur le blocage des visas de travail.
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L'enquête sur le trafic de visas au consulat général d'Espagne à Alger s'étend désormais à la société BLS, prestataire privé chargé de la gestion administrative des demandes. La juge María Tardón, de l'Audiencia Nacional, cherche à déterminer si des employés de cette structure ont participé au système frauduleux. Des familles algériennes auraient versé jusqu'à 25 000 euros pour obtenir un visa pour l'espace Schengen.
L'Audiencia Nacional, qui instruit ce dossier de corruption et de criminalité organisée, s'intéresse désormais au rôle joué par les entreprises privées prestataires chargées des opérations administratives et de la prise de rendez-vous. Parmi ces sociétés figure en première ligne la société indienne BLS, qui gère la réception physique des dossiers et la logistique opérationnelle pour le compte du consulat d'Espagne à Alger.
L'instruction menée par la juge María Tardón vise désormais explicitement des "plateformes de traitement de type BLS", selon des sources juridiques citées par le site The Objective. La justice cherche à déterminer si du personnel travaillant au sein de ces structures intermédiaires a participé à la constitution des dossiers, au tri ciblé des demandeurs, ou s'il a tiré un profit personnel de cette activité illégale.
À ce stade de l'instruction, rien ne permet d'affirmer que l'entreprise elle-même, en tant que personne morale, soit impliquée. L'enquête cible avant tout la participation potentielle d'individus ou de réseaux de collaboration internes à ces plateformes.
Un trafic organisé au sein du consulat d’Espagne à Alger
L'affaire avait éclaté en avril 2026. Les autorités espagnoles avaient alors procédé à l'arrestation de Vicente Moreno, chancelier et numéro deux de la représentation diplomatique à Alger, ainsi que de Mohamed Boutouchent, un travailleur local employé au consulat. L'épouse du chancelier, de nationalité algérienne, a été placée sous le statut de mise en examen sans faire l'objet d'une incarcération immédiate.
L'enquête conjointe de la Police nationale, à travers ses unités spécialisées dans la délinquance économique et la lutte contre l'immigration illégale, et du parquet anticorruption (Fiscalía Anticorrupción) a permis de mettre en lumière un mécanisme complexe contournant les procédures légales. Les sommes exigées par le réseau aux familles candidates à l'expatriation ou au voyage pouvaient atteindre 25 000 euros par foyer.
En échange de ces versements occultes, les bénéficiaires, qui ne remplissaient souvent pas les conditions réglementaires, obtenaient des visas grâce à des documents non vérifiés, voire falsifiés. Les dossiers de demandeurs respectant les critères légaux, formulés notamment pour des motifs professionnels ou de formation, ont été relégués ou ignorés au profit des clients solvables de la filière.
Des ramifications financières et des saisies
L'apparition de BLS dans le périmètre de l'instruction illustre la volonté de la justice de ne pas limiter ses investigations au seul cercle des fonctionnaires de la chancellerie. Les éléments recueillis suggèrent que des collaborateurs externes ont exploité leur position pour contrôler l'accès aux rendez-vous, fabriquer ou appuyer des demandes, et orienter les flux en dehors des circuits de contrôle officiels.
L'enquête explore également la dimension financière et le blanchiment de capitaux. Les pots-de-vin, payés en espèces, étaient collectés par des intermédiaires chargés de redistribuer les fonds au sein de la hiérarchie occulte. Une partie de cet argent illicite était réinjectée dans l'économie légale en Espagne, notamment par le biais d'achats de véhicules.
Lors des perquisitions menées à Sagunto (Valence) et Torrevieja (Alicante), les enquêteurs ont saisi près de 11 000 euros en liquide, plusieurs téléphones portables, des ordinateurs et dix-sept clés USB. Un bien immobilier situé à Madrid et divers produits financiers ont également été visés par des demandes de blocage.
Cinq chefs d'accusation retenus
Sur le plan pénal, la juge Tardón impute aux mis en cause cinq chefs d'accusation : appartenance à une organisation criminalisée, trafic d'influence, blanchiment de capitaux, falsification documentaire continue par fonctionnaire public et délit contre les droits des citoyens étrangers.
En 2025, plusieurs chefs d'entreprise espagnols avaient adressé des courriers formels au ministère des Affaires étrangères pour alerter sur un blocage systématique et injustifié des visas de travail destinés à des ressortissants algériens. Ces lettres pointaient déjà l'existence d'un circuit parallèle et d'une structure opaque au sein de la légation. L'enquête se poursuit pour déterminer l'ensemble des responsabilités dans ce dispositif frauduleux.